CORPUS HISTORIQUE ÉTAMPOIS
 
Léon Guibourgé
Le Collège d’Étampes
Étampes ville royale, chapitre III.8
1957
 
Le Collège Geoffroy Saint-Hilaire en 1903 (carte postale Berthaud frères n°26)  
Le Collège Geoffroy-Saint-Hilaire en 1903 (carte postale Berthaud frères n°26)
 
ÉTAMPES, VILLE ROYALE
Étampes, chez l’auteur, 1957
chapitre III.8, pp. 109-120.
Le Collège d’Étampes
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Léon Guibourgé      PREMIÈRES ÉCOLES, AUTORISATION D’UN COLLÈGE, INSTALLATION D’UNE MAISON, SECOURS ROYAUX, RECONNAISSANCE A CHARLES IX.  

     Au XIIe siècle, le pape Luce III donna aux chanoines de la Collégiale Sainte-Croix à Étampes, le droit de désigner un maître pour la direction des écoles. Les chanoines de Notre-Dame revendiquèrent également le privilège. Nous voyons ainsi les premières traces d’un enseignement public à Étampes. Ces deux chapitres de chanoines peuvent donc être considérés comme les premiers qui s’occupèrent de l’enseignement de la jeunesse dans notre ville. Ce sont eux qui choisirent les maîtres. Ainsi en 1557 [lisez: 1357 (B.G.)], le doyen du chapitre de Notre-Dame établit Jean Thomas maître de grammaire. Les maîtres font ordinairement la classe chez eux. Les élèves versent une rétribution scolaire. Quelques-uns d’entre eux, les élèves pauvres peuvent obtenir des bourses octroyées par les chanoines. Cette situation dura jusqu’au XVIe siècle 

Narcisse Berchère: Rue Magne et Collège (1889)      Nous sommes à l’époque de François Ier, à qui on a donné le titre de «Père des Lettres». L’historien Dom Fleureau nous dit qu’à ce moment, en 1514: «Les habitans d’Etampes se résolurent d’avoir un lieu et des maîtres gagés pour y faire instruire gratuitement leur jeunesse; ils eurent recours au roy et obtinrent de sa majesté le pouvoir d’employer une partie des deniers qu’il leur avait octroyés pour les fortifications de leur ville, à acheter ou à faire bâtir une maison commode pour y tenir les [p.111] écoles; estimant que leur ville serait mieux défendue par des citoyens instruits aux bonnes lettres, avec la connaissance desquelles on acquiert aussi la prudence, que par des murailles et autres fortifications; ils obtinrent encore des rois ses successeurs de semblables bienfaits...» 

     Le roi donna son autorisation. La ville s’occupa de trouver une maison. Déjà, elle en possédait une à l’angle de la rue Saint-Antoine et de la rue du Pont-Quesneaux, aujourd’hui rue Magne. Cette maison avait été donnée à cet effet par un habitant d’Étampes, mais elle était en mauvais état. Dès l’année 1560, il fallut faire des réparations urgentes. La ville dépensa 600 livres, mais ce n’était pas suffisant. Elle demanda des secours au roi, alors François II. Le 20 avril 1560, celui-ci accorda la même somme, 600 livres, sous condition d’une expertise de la part des maçons et charpentiers. L’expertise n’eut lieu que le 14 juillet de l’année suivante, en présence du bailli d’Étampes, Nicolas Peteau. 

     Les experts constatèrent que le bâtiment était en très mauvais état et qu’il fallait le reconstruire à neuf. La dépense était grande et les ressources octroyées insuffisantes. La ville fit un nouvel appel au roi. C’était alors Charles IX, frère de François II qui régnait. Par une charte datée de Saint-Germain le 1er novembre 1561, il accorda 1.200 livres à toucher en deux fois. La maison fut réparée et les élèves affluèrent. 

     Les Étampois, reconnaissants envers le roi Charles IX, avaient fait mettre en bas de la tourelle, que l’on voit encore de nos jours, à l’angle de la rue Magne et de la rue Saint-Antoine, une plaque de marbre avec une inscription latine. 

Place de l'inscription      Cette inscription rappelait la bienfaisance du roi. La voici: 

    «Caroli noni regis galliarum christianissimi 
    In stampenses scolas beneficentia. 
    Munere structa tuo quod habent haec tecta camenae 
    Justitia ut regnes et pietate rogant.»
     Nous la traduisons largement en vers pour les lecteurs qui ne connaissent pas le latin: 
      «Charles, roi de France, 
      C’est ta bienfaisance, 
      Ta générosité, 
      [p.112] Qui voulut abriter 
      Les Muses en ces lieux 
      Sous ton règne glorieux.»
  
     DONS DIVERS, LE PREMIER PRINCIPAL M. CHARRIER, INCAPACITÉ DE  VUAFLARD, RECOURS AUX BARNABITES.  

     En 1556, grâce aux libéralités royales, de Charles IX en particulier, le Collège était prêt à recevoir des élèves, mais l’argent manquait pour payer les maîtres. 

     C’est alors que le maire et les échevins demandèrent au roi de leur accorder une prébende du chapitre de Notre-Dame, prébende qui était devenue vacante par la mort de son titulaire le chanoine L. Guibourg. On appelle prébende un revenu attribué à un chanoine, et dans la circonstance elle valait 300 livres par an. Le roi consentit à la donation de ce revenu au Collège. Mais le frère de L. Guibourg, son héritier, réclama et poursuivit le maire devant la justice, et par arrête du Parlement, la donation fut annulée. 

     Le maire ne se découragea pas et se tourna d’un autre côté. Il pensa aux revenus de la maladrerie Saint-Lazare, maladrerie située sur la route de Paris, à l’entrée de la ville, au hameau de Saint-Michel, et qui n’abritait plus que quelques lépreux. Il se fit donc donner le 15 septembre par le roi Henri III la somme de 300 livres prise sur les comptes de cette maladrerie, à la condition que cette somme serait employée à la nourriture et à l’entretien d’un précepteur, de deux régents et deux enfants pauvres. 

     Le maire reçut en outre quelques dons particuliers. Le Collège pouvait donc fonctionner normalement. En conséquence, par un acte du 29 novembre 1576, le premier principal du Collège fut nommé. Il s’appelait Nicolas Charrier. Dans cet acte, il était dit qu’on lui confiait les élèves d’Étampes et des environs «à la charge de les instruire et faire instruire es bonnes mœurs et vie, suivant l’institution de l’église catholique, apostolique et romaine, en la cognoissance des lettres et A.B.C., lire, escrire, jetter comptes tant au get qu’à la plume, en la grammaire, premiers rudimens, langue latine, et lettres humaines, etc...» 

     Pendant un demi-siècle le Collège semble avoir bien fonctionné. Il y avait environ 120 élèves et 3 ou 4 régents. En 1626, à la mort du principal Jehan Albert, l’acte de nomination pour son remplaçant Claude Vualfard, donne des renseignements intéressants, [p.113] surtout du point de vue religieux. Dans cet acte, il est dit: «que ledict Vualfard aura intendance sur la maison afin que les maîtres instruisent bien et duement leurs enfants à la religion chrétienne et es bonnes vie et mœurs et sans scandales. Comme aussi ledict Vualfard conduira ou fera conduire, en toute modestye et honnesteté, ses escoliers aux processions généralles et au service divin de la paroisse Sainct-Bazille, afin qu’ils ne fassent pas scandalles, et sera fait défense à toutes personnes de tenir escoles publiques pour instruire enfans en langue latine sans le congé et consentement dudict Vaulfard, principal...» 

     Mais le principal Vualfard ne répondit pas à la confiance de la ville. Dès son installation, des plaintes sont portées contre lui. On l’accusait d’être incapable pour instruire, violent et brutal avec les élèves, la maison restait fermée la plupart du temps. 

     Pendant ce temps les Étampois réclamaient un nouveau principal. En octobre 1628, on signifia au principal sa révocation. Celui-ci refusa de l’accepter. On lui envoya alors le 9 septembre 1628, par le sergent royal Retté, la sommation de quitter les lieux. Le 15 septembre l’affaire fut appelée devant le bailli d’Étampes, qui donna raison à la ville. Vualfard ne se tint pas pour battu. Il en appela au Parlement de Paris. Le procès ne se termina qu’en 1629, gagné par la ville. 

     Devant ces résultats, la ville nomma un certain Soudais de Saint-Amand. Mais celui-ci ne garda pas longtemps la charge, presque toujours absent. De fait, le Collège périclitait. Il n’y avait plus que 12 élèves et pas un seul régent. Alors les parents des élèves insistèrent auprès du bailli, qui donna l’ordre à la ville de pourvoir le plus vite possible à la vacance. 

     Sur ces entrefaites Jacques Peteau, alors lieutenant général du bailliage, petit-fils de Nicolas Peteau dont nous avons déjà parlé comme bienfaiteur du Collège, légua par testament 8.000 livres pour le Collège. Grâce à ce don important, le maire et les échevins pensèrent à donner la direction du Collège aux religieux Barnabites, qui avaient à cette époque un collège très florissant à Montargis, non loin d’Étampes. 
 

     LES BARNABITES, INSTALLATION A L’HÔPITAL SAINT-ANTOINE, DOM BASILE FLEUREAU, UN RÉGENT INCAPABLE.

Blason des Barnabites (dessin de Léon Marquis, 1881)      Avant de parler de l’installation des Barnabites au Collège d’Étampes, il convient de dire qui étaient ces religieux qu’on appelait ainsi. Cette congrégation avait été fondée en Italie, à Milan [p. 114] vers 1530, par Antoine-Marie Zaccharia et deux autres confrères, sous le nom de Clercs réguliers de la Congrégation de Saint-Paul. En 1538, ils s’établirent au cloître de Saint-Barnabé à Milan, d’où leur nom populaire de Barnabites. Leur but était la prédication et l’éducation. En 1608, Henry IV les fit venir en France. Ils se répandirent bientôt dans notre pays, où ils avaient au milieu du XVIIe siècle, quatorze maisons. Le Collège d’Etampes fut une de ces maisons. 

     Voyons maintenant comment ils s’installèrent à Étampes. Le 5 septembre 1629 une réunion eut lieu à l’Hôtel de Ville entre les Barnabites de Montargis et la municipalité d’Étampes qui les avait convoqués. Il fut convenu qu’on donnait aux religieux la maison de la rue Saint-Antoine qui servait de Collège. Il était dit dans les accords «que les R. Pères s’obligent de faire résidence actuelle dans ledit Collège et prendre le soing de l’instruction de la jeunesse es lettres, piété et bonnes mœurs. Et à cet effet, contenir dans ledit Collège deux régents pour régenter et faire leçon en iceluy tant de grammaire grecque que latine et autres sciences humaines. Et, d’autant que dans ledit Collège, il n’y a aucune chapelle, lesdits maire et échevins consentent que lesdits Pères puissent entrer en possession de la maison et chapelle Saint-Antoine, situées vis-à-vis du Collège, pour y faire les fonctions ecclésiastiques.» 

     Ces conventions furent signées le même jour devant notaire par les intéressés, ratifiées le 9 septembre par l’archevêque de Sens. Le duc de Vendôme et d’Étampes donna son consentement le 30 avril 1633. Et le roi confirma le tout en novembre 1634.  

     Les habitants d’Étampes, heureux de cet événement apportèrent des dons au Collège. Le don le plus généreux fut celui de Mme Jolly, sœur du Barnabite Dom Fleureau, qui en deux fois donna 950 livres pour aider à la construction d’une chapelle au Collège. 

     Nous avons vu précédemment que Jacques Peteau, dans un testament, avait légué au Collège 8.000 livres «pour y bastir un logis au lieu désigné etdans la salle d’ycelui une chapelle». Mais les Barnabites installés provisoirement à l’hôpital Saint-Antoine, firent remarquer qu’il n’était pas convenable d’installer une chapelle dans une salle et qu’il n’y avait rien de prévu pour les dépenses de cette chapelle et pour le traitement du chapelain, de sorte qu’ils continuèrent à résider à l’hôpital Saint-Antoine. Cela n’empêcha pas le Collège de fonctionner à la satisfaction des parents. 

     A partir de 1644, les Supérieurs étaient nommés pour 3 ans. [p.115] Le plus célèbre d’entre eux est Dom Basile Fleureau, bien connu par son fameux ouvrage: Les Antiquités de la Ville et du Duché d’Étampes, ouvrage fort rare à l’heure actuelle. Il fut supérieur pendant deux triennats, c’est-à-dire pendant six ans. Il était né en 1612 à Étampes, où son père était procureur. Il mourut en 1674 sous le principalat de Dom Faget, et fut enterré dans la chapelle Saint-Antoine. Son livre ne fut édité qu’après sa mort en 1683, grâce aux subsides fournis par sa sœur, Mme Jolly, bienfaitrice du Collège. 

     Un autre Barnabite est à citer. C’est le Père Gavinet. Il fut procureur, c’est-à-dire économe, pendant 37 ans, de 1686 à 1723, année de sa mort, et Supérieur pendant 12 ans.  
     C’est pendant son administration que mourut le frère Jean-André Foucquemberg, barnabite âgé de 99 ans. Il se souvenait très bien de la mort de Henri IV. Le journal de l’époque: Le Mercure galant, en 1702, rapporte «qu’il travaillait encore au jardin, à la sacristie, et à tout ce qui regardait son état. Il cousait même sans lunettes à la simple lumière d’une chandelle. Toute sa vie il eut une santé toujours bonne. Il mourut à la suite d’une chute. Il reçut tous les sacrements, et il rendit l’âme sans peine, sans douleur et sans aucune convulsion.» 

     En 1732, un siècle environ après l’arrivée des Barnabites, des plaintes commencèrent à s’élever contre eux. Jusque-là, ils avaient administré le Collège au grand contentement des habitants. Les plaintes portent sur l’incapacité des professeurs ou régents. Les religieux Barnabites à cette époque n’étaient plus que quatre, et ils avaient recours à des régents laïcs. D’après l’enquête, un des régents était «un Suisse qui avait du mal à s’expliquer en français et qui fournit à des écoliers, déjà trop dissipés, des occasions de rire, par des phrases et des mots barbares qui n’ont jamais sonné à leurs oreilles.» 

     Les plaintes étaient-elles fondées? Toujours est-il que ce professeur nommé Barthélemy Pezant s’intitulait en 1720: «maître écrivain occupant le Collège» et de 1734 à 1743 «maître de pension au Collège des Barnabites», ce qui prouve qu’il y est resté malgré les rapports fâcheux faits sur son compte. Il mourut en 1746 et fut enterré au cimetière Saint-Basile. [p.116] 
 

     PLAINTES DE LA VILLE. LE PRINCIPAL BONNET, LA RÉVOLUTION, LE DÉPART DES BARNABITES.

     Nous avons vu que les Barnabites prirent la direction du Collège d’Étampes en 1629. Pendant plus d’un siècle ce Collège fut prospère. Mais vers 1732, le nombre des Barnabites diminua et des élèves aussi. De plus le professeur d’origine suisse fut l’occasion de plaintes de la part de la ville. Pour se défendre, les Barnabites firent rédiger un mémoire, accusant le maire d’alors, Leroy de Gomberville, d’agir pour des vues particulières avec le dessein de renverser l’établissement des religieux. 

     Dans ce mémoire il est dit notamment: 
     «La ville d’Étampes n’est pas en état de fournir beaucoup de pensionnaires. Les habitants commodes et aisés préféreront toujours l’éducation de Paris à celle qu’on donne dans leur ville; ceux qui ne sont pas riches se contentent que leurs enfants aillent comme externes au Collège. Cette pension ne peut être utile qu’aux habitants de la campagne par les facilités qu’ils trouvent avec le maître de pension qui se paye en denrée.» 

     Les plaintes pour le moment cessèrent. Les Barnabites craignant sans doute d’être dépossédés veillèrent à remplir leurs fonctions avec plus d’exactitude. 

     En 1762, nouvelle plainte de la ville, à cause du mauvais état des bâtiments du Collège, du manque de Régents et d’élèves, et surtout de l’obstination de certains maîtres de pension établis en ville, enseignant la langue latine sans envoyer leurs élèves au Collège. 

     Les Barnabites se défendent. Ils énumèrent leurs revenus, montrent qu’ils sont insuffisants pour l’entretien du Collège et protestent qu’ils ont toujours rempli leurs obligations. Que si le Collège n’est pas aussi fréquenté qu’il pourrait l’être, c’est la faute de certains maîtres de pension qui ne veulent pas y envoyer leurs écoliers. 

     Le 27 août 1770, le Parlement intervient. Les Barnabites sont confirmés dans leur possession du Collège, et défense est faite aux maîtres de pension de la ville d’enseigner le latin. 

     Le 8 janvier 1779, meurt le R. Père Guyot, Supérieur. Les Barnabites se réduisent à trois membres. Ils cessent alors leurs fonctions au Collège, mais demeurent toujours dans leur maison, anciennement l’hôpital Saint-Antoine. 

     Le 1er février de la même année, la municipalité, d’accord [p.117] avec les Barnabites, confie l’administration du Collège à M. Bonnet, qui devient principal. 

     Arrive la Révolution. Le Collège considéré comme un bien national, est confisqué. M. Bonnet doit s’en aller. Dans les archives de la ville, on trouve cette note élogieuse à son sujet: 
     «M. Bonnet, qui a été le dernier principal, et n’a quitté qu’au moment de la Révolution, avait porté le Collège au plus haut degré de splendeur qu’il put atteindre; on en acquiert la conviction par le compte qu’il a rendu du résultat de ses travaux à l’administration du District le 4 octobre 1790. Dans une période de 10 années, il a eu entre autres vingt-huit élèves, qu’il a signalés pour leur application au travail et qui au sortir du Collège ont obtenu à l’Université de Paris et dans les autres collèges de la capitale des prix et des accessits, et qui dans la suite ont obtenu des places honorables ou se sont distingués dans leur profession ou négoce.» 

     Cette même année 1790, les derniers Barnabites, dans une lettre adressée aux officiers municipaux, leur font remise du Collège: 
     «Messieurs. L’assurance où nous sommes, vu les circonstances actuelles réunies à notre âge, de ne plus pouvoir opérer aucun bien dans le Collège confié à notre sage vigilance, et ce motif, messieurs, après en avoir conféré entre nous, nous détermine à vous prier de nous permettre de vous en remettre, avec les biens, la totale administration. Espérant que vous voudrez bien nous accorder la permission de nous retirer avec les effets de nos chambres, que nous accordent les décrets de l’Assemblée Nationale, soit chez nos parents ou nos amis, assurant avec vérité n’avoir rien détourné en titres et papiers et meubles, qui appartiennent à cette maison. 
     «Nous sommes avec respect vos très humbles et obéissants serviteurs. Les Supérieur et religieux des ci-devants Barnabites d’Étampes. Signé: Delage, Supérieur; Camusat, Peschard.» 

    Les Pères Delage et Peschard quittèrent Étampes, après avoir prêté le serment exigé à cette époque. Le Père Camusat y resta jusqu’à sa mort, le 9 novembre 1796. Il ne prêta pas le serment et n’échappa à une arrestation que grâce à son état de santé. Nous sommes en 1790, en pleine Révolution. Le Collège d’Étampes est fermé. 

     Nous devons rendre hommage aux R. Pères Barnabites, qui depuis 1629 l’ont maintenu jusqu’à la Révolution, malgré les difficultés suscitées par la tourmente révolutionnaire qui se préparait [p.118] 
 
 
     OCCUPATION DU COLLÈGE, RÉCLAMATIONS DE LA VILLE, RÉOUVERTURE.

     Que deviennent les bâtiments du Collège? Ses bâtiments, ainsi que la maison Saint-Antoine où logeaient les religieux Barnabites, ont été déclarés biens nationaux. Les premiers sont vendus, mais la maison Saint-Antoine est revendiquée par la ville d’Étampes, alors que l’État en réclame aussi la possession. En attendant une décision, la maison sert de réunions publiques qui se font dans la chapelle, elle sert également de caserne pour les gendarmes, de magasin militaire, le district y installe ses bureaux. Il n’y a toujours pas de décision. La ville décide d’en faire le siège de la Mairie. Elle vient s’y installer et abandonne l’Hôtel de Ville aux gendarmes. 

     Entre temps la révolution a pris fin. Napoléon est devenu empereur des Français. Le maire d’Étampes, alors le général Romanet, pense à ouvrir de nouveau le Collège dans la maison des Barnabites. Nouvelles démarches auprès des autorités. Enfin, le 6 août 1806 le sous-préfet écrit au maire: 
     «Je vous transmets copie d’un décret impérial du 2 juillet dernier, qui autorise la ville d’Étampes à établir une école secondaire communale dans la maison des ci-devant Barnabites qui lui est concédée à cet effet. 

     «Au Palais de Saint-Cloud, le 2 juillet 1806, Napoléon, Empereur des Français et roi d’Italie, sur le rapport de notre ministre de l’Intérieur, nous avons décrété et décrétons ce qui suit: 
     «La ville d’Étampes, département de Seine-et-Oise, est autorisée à établir une école secondaire communale dans la maison des ci-devant Barnabites de cette ville, qui leur est concédée à cet effet, à la charge par ladite commune de remplir les conditions prescrites par les arrêtés concernant l’établissement d’écoles secondaires.» 

«Signé: Napoléon.»        
 
Narcisse Berchère: Rue Magne et Collège (1889)      Il était donc possible maintenant de rouvrir le Collège. Mais il fallait libérer les locaux. La municipalité retourne à l’Hôtel de Ville. Les gendarmes s’installent dans l’ancien séjour royal. Il ne restait plus qu’à aménager les locaux, à organiser le personnel, à régler le plan d’études, à fixer les détails du budget et ce qui concernait les futurs élèves. 

     Le 12 septembre 1807, M. Romanet fait un rapport où il [p.119] expose que les bâtiments sont prêts, les traitements fixes, les professeurs choisis, les classes organisées, et l’uniforme même des élèves choisi. Cet uniforme comprendra «un habit en drap vert doublé de même, colet et parement ponceau, boutons blancs en métal portant au milieu les mots: école secondaire, et autour en légende: Étampes, une redingote idem, deux gilets et deux culottes, un chapeau rond jusqu’à 14 ans, chapeau français après cet âge.» 
  
     Une invitation pour la cérémonie de l’inauguration est envoyée aux Étampois pour le 5 novembre 1807. Les archives municipales nous ont conservé le compte rendu de cette inauguration. En voici quelques passages: 

     «L’inauguration a eu lieu avec la pompe et la solennité que l’utilité de l’établissement exigeait. M. le Sous-Préfet présidait la cérémonie; les membres du Tribunal, MM. le Maire et les adjoints, à la tête des élèves tous les fonctionnaires publics, civils et militaires, et un grand nombre de citoyens se sont rendus à l’Église Notre-Dame. 
     «Une décharge d’artillerie a précédé le Veni Creator. M. le Curé a prononcé un discours de circonstance. La Messe a été terminée par un Te Deum, suivi aussi d’une décharge d’artillerie. Le cortège s’est ensuite rendu dans la maison de l’école secondaire, où l’inauguration civile a été faite par M. le Sous-Préfet qui a prononcé un discours qui a laissé dans l’âme des auditeurs cette douce émotion qu’inspirait le motif de ce discours et les grâces dont il est orné... 
     «Le même jour, il y a eu un banquet chez M. le Maire. Celui-ci a porté les santés suivantes: la première à l’Empereur, protecteur des lettres; la deuxième à M. le Préfet et M. le Sous-Préfet, au Conseil Municipal; la troisième à MM. les Directeurs et Professeurs de l’école secondaire d’Étampes.» 

     A la chute du jour la façade du Collège a été illuminée Au-dessus de la porte, sur un transparent on lisait: «Vive Napoléon le Grand, restaurateur et protecteur des sciences».
 

Le Collège Geoffroy Saint-Hilaire en 1903 (carte postale Berthaud frères n°26)

     Et depuis le Collège continue sous le nom de «Collège Geoffroy-Saint-Hilaire».
 
     Pourquoi l’appelle-t-on ainsi? Geoffroy Saint-Hilaire était un savant naturaliste. Né à Étampes le 19 juin 1784, il fut élevé au Collège et termina ses études à Paris. Son père le destina à l’état ecclésiastique. A 12 ans, il était clerc tonsuré. A 19 ans, sans être prêtre, il obtenait le titre de chanoine de la
[p.120] Collégiale Sainte-Croix d’Étampes. A 21 ans, il ouvrit au Muséum le premier cours de zoologie, fit partie de la commission scientifique attachée à l’expédition d’Égypte, fut membre de l’Académie de Sciences. Sa célébrité est d’avoir fondé l’anatomie philosophique. A la fin de sa vie il devint aveugle et mourut à Étampes le 19 juin 1844. Il fut enterré au Père-Lachaise. Une rue de Paris porte son nom dans le 5e arrondissement. Étampes décida de lui élever une statue et de donner son nom au Collège. Le Collège d’Étampes peut en être fier et nous lui souhaitons de donner beaucoup de savants comme le grand Geoffroy Saint-Hilaire.
 
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BIBLIOGRAPHIE

Éditions

Léon Guibourgé      Brochure préalable: Léon GUIBOURGÉ (chanoine, ancien archiprêtre d’Étampes, officier d’Académie, membre de la Commission des arts et antiquités de Seine-et-Oise, vice-président de la Société artistique et archéologique de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix), Étampes, la favorite des rois [in-16; 64 p.; figures; plan et couverture en couleur; avant-propos de Barthélémy Durand, maire; dessin de couverture de Philippe Lejeune], Étampes, Éditions d’art Rameau, 1954.
     Première édition de ce chapitre:
Léon GUIBOURGÉ, «Le Collège d’Étampes, son histoire», in Bulletin de la Société Historique et Archéologique de Corbeil, d’Étampes et du Hurepoix (1957), pp. 11-20.
     Édition intégrale princeps: Léon GUIBOURGÉ, Étampes, ville royale [in-16 (20 cm); 253 p.; armoiries de la ville en couleurs sur la couverture; préface d’Henri Lemoine], Étampes, chez l’auteur (imprimerie de la Semeuse), 1957.
    
Réédition en fac-similé: Léon GUIBOURGÉ, Étampes, ville royale [réédition en fac-similé: 22 cm; 253 p.; broché; armoiries de la ville sur la couverture; préface d’Henri Lemoine], Péronnas, Éditions de la Tour Gile, 1997 [ISBN 2-87802-317-X].
    
Édition électronique: Bernard GINESTE [éd.], «Léon Guibourgé: Étampes ville royale (1957)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-20-guibourge1957etampesvilleroyale.html (33 pages web) 2004.
     Ce chapitre: Bernard GINESTE [éd.], «Léon Guibourgé: Le Collège d'Étampes (1957)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-20-guibourge1957etampes308college.html, 2004.

Pour aller plus loin

     CORPUS ÉTAMPOIS, «Vers une Histoire de lÉducation au Pays d’Étampes: base de données (depuis 2007)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cbe-histoiredeleducation.html, depuis 2007.

Toute critique ou contribution seront les bienvenues. Any criticism or contribution welcome.
Source: Léon Guibourgé, Étampes, ville royale, 1957, pp. 110-120. Saisie: Bernard Gineste, février 2002.
    
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