Corpus Littéraire Étampois
 
Georges Vannier
Raoust
chanson étampoise, 1945
 
C. Vannier: Raoust (chanson à l'occasion de la Libération d'Etampes, 1944)


Américains et Etampois après la Libération      Merci à Jean-Claude Pommereau, dÉtréchy, de nous avoir communiqué, au bénéfice de tous, le texte de cette chanson étampoise composée vraisemblablement en 1945, témoignage intéressant sur les misères de l’Occupation. Elle paraît être de Georges Vannier, qui travaillait alors à l'imprimerie La Semeuse et à qui l’on doit plusieurs productions de ce genre, marquées au sceau de la bonne humeur, dont certaines ont été interprétées sur la scène du Petit Théâtre dÉtampes.
     Nous remercions ici entre autres Fernard Minier, qui nous a aidés à élucider quelques allusions locales. Tous les témoignages ou impressions seront les bienvenus: interrogez vos aînés!
   
   


RAOUST


Couplets de G. Vannier          

     Raoust est une graphie populaire française pour l’interjection allemande Raus!, «Dehors!» (avec contamination de l’interjection française Ouste!), fréquemment mise dans la bouche de l’occupant et symbolisant dans l’imagination populaire la brutalité avec laquelle s’exerçait son autorité, comme Schnell!, «Vite!» et Achtung! «Attention!» Elle lui est ici retournée ironiquement, ce qui donne le ton du début de la chanson.

1er Couplet


Pendant près de cinq ans
Messieurs nos occupants
Souriants, pour nous plein de tendresse
Veillaient avec amour
Sur nous la nuit le jour
De Saint-Pierre aux Belles-Croix sans cesse
Grâce à eux un bon ravitaillement
Donna de la sveltesse aux bedonnants.

     L’occupation allemande d’Étampes a duré du 15 juin 1940 au 22 août 1944, soit 4 ans, 2 mois et 7 jours.

     Le quartier Saint-Pierre et la rue des Belles-Croix représentent ici les deux extrémités d’Étampes au long de l’ancienne Route Nationale 20, l’une en direction de Paris, et l’autre dans celle d’Orléans.

1er Refrain


Partout le rutabaga fut roi
On en mangea un deux même trois
La Rosaline nectar des Dieux
Nous fit entr’voir les cieux
On trouva aux rats l’goût
Du mouton en ragoût
De Barbier à prix doux
On mangea les bons petits toutous
Partout ce n’était que festins
Où l’on se bâfrait du soir au matin.

     Le rutabaga (ou chou-navet) autrefois utilisé pour les animaux remplaçait pendant l’Occupation la pomme de terre. Henri Amouroux, dans La France et les Français de 1909 à 1945 (Paris, Armand Colin, 1970) a précisément donné pour titre à l’un de ses chapitres «Le rutabaga-roi».

     La rosaline, selon Fernand Minier, était un succédané local de boisson alcoolisée à base d’extrait de framboise, de saccharine et d’eau gazeuse.

     Le père Barbier, selon le même Fernand Minier, était sous l’Occupation un personnage pittoresque résidant au Petit-Saint-Mard que la rumeur publique accusait de voler des chiens, et surtout de les manger.

2ème Couplet


Au Grand Courrier, des Boches
Les Chefs étaient conviés.
Place Romanet au Grand Monarque
Alourdi de pilliers, [sic]
Dans des fauteuils d’osier
Se prélassaient des Friquets de marque
.
Les pensionnaires de la rue d’enfer
Exhibaient toutes le portrait d’Hitler

     Le Grand Courrier était un hôtel situé au n°65 de la rue Saint-Jacques, où avaient fait étape notamment Victor Hugo et Juliette Drouet le 22 août 1834. Il a été détruit lors du bombardement anglais de juin 1944.

     L’Hôtel du Grand Monarque est au n°1 de la Place Romanet. Sous l’Occupation, c’était l’Offizierkasino, c’est-à-dire le mess des officiers. Il s’agirait donc ici selon Clément Wingler d’un jeu de mots, les officiers allemands étant ici qualifiés de «piliers de casino». Friquets était l’un des sobriquets appliqués aux occupants (avec Boches, Chleuhs, Frigolins, Frisons et Fritz).

     Il y avait sous l’occupation, rue d’Enfer, une maison close destinée à la soldatesque allemande (puis étatsunienne).
 
2ème Refrain


Les Etampois devant l’Escargot
Pouvaient ramasser les beaux mégots
Que gentils ces messieurs laissaient choir
Tout le long du trottoir.
Tous corrects, prévoyants,
Ils avaient c’est charmant,
La bien douce manie:
D’expédier, là-bas, en Germany
En souvenir de nous amis chers
Tous nos trésors par chemin de fer.

     L’hôtel de l’Escargot est situé au n°71 de la rue Saint-Jacques.

     On notera cette bizarre orthographe de Germanie, à l’anglaise, qui indique peut-être la prononciation souhaitée par l’auteur, pour signifier que désormais l’ancien occupant est lui-même occupé par les Sammies et les Tommies.
     Quelqu’un a-t-il un témoignage à fournir sur des pillages opérés par les Allemands à Étampes?

3ème Couplet

Mais Sammies et Tommies
Ces rasés nos amis
D’un saut franchirent de l’Atlantique
Le grand mur si fameux
Et ça en moins de deux.
Les F.F.I. armés de leurs triques,
Leur donnant un fameux coup de main
Au Boches firent repasser le Rhin.

     Sammies et Tommies étaient des sobriquets appliqués aux soldats respectivement étatsuniens et britanniques. Quelqu’un peut-il nous dire l’expression rasés avait un sens ou une connotation précise à cette époque?

     Le Mur de l’Atlantique est comme l’on sait un gigantesque ensemble de fortifications cotières élevées par l’occupant à partir de 1942 depuis le Pas-de-Calais jusqu’au Pays Basque, et qui fut enfoncé par le débarquement des alliés en Normandie du 6 juin 1944. Dès lors différents groupes de résistants purent enfin prendre la forme de troupes régulières sous le nom de FFI ou Forces Françaises de l’Intérieur.

     Le Rhin fut atteint le 19 novembre 1944 à Rosenau par le CC3 de la 1ère DB, ce qui date notre chanson de 1945 plutôt que 1944. 

3ème Refrain


Quittons maintenant ce ton badin
Unis travaillons avec entrain.
La «Riflette» a fait bien des dégâts,
Y’a du boulot les gars.
Desserrons cran par cran,
D’nos ceinturons le carcan.
Assez du marché noir,
Qui fait des pauvres le désespoir.
Soignons bien Prisonniers, Déportés,
Et crions: Vive la Liberté!

     D’une manière générale, comme nous le fait observer Jean-Claude Pommereau, Aller à la riflette c’est «aller au combat». Mais par «Riflette» il faut sans doute entendre ici plus précisément les mitraillages et bombardements subis par la ville en 1940 et 1944.  De fait la reconstruction des quartiers touchés ne se fit pas en un jour.

     Le retour des déportés n
eut lieu qu’en 1945. Notre chanson a donc bien  été composée en 1945 seulement, peut-être à loccasion des festivités du 9 mai. Quelqu’un a-t-il des données sur le nombre des Étampois prisonniers ou déportés durant cette période, sur la date de leur retour, et sur le marché noir à Étampes?


Source essentielle: Scan aimablement communiqué par M. Jean-Claude Pommereau (courriel du 16 mars 2005 19:15:19 );
sans parler des suggestions et et indications de Clément Wingler, Frédéric Gatineau, Fernand Minier et
du même Jean-Claude Pommereau.
 
 
 
BIBLIOGRAPHIE

Éditions

     G. VANNIER, Raoust  [chanson], Étampes (?),1945 (?).

     Jean-Claude POMMEREAU & Bernard GINESTE [éd.], «G. Vannier: Raoust (chanson, 1945)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cle-20-vannier1945raoust.html, 2005.     

Sur une autre chanson étampoise à l’occasion de la Libération

     VALIÈRE & Paul MALLET, Le Rire de Guinette. One Step [suivi de:] Le Vin, les femmes et la victoire pour les Américains  [27,5 cm sur 18; 4 pages; partition et texte s de deux chansons], Étampes, Société bigophonique d’Étampes (Imprimerie La Familiale), 1944.

     Jacques CORBEL & Bernard GINESTE [éd.], «Valière et Mallet: Le Rire de Guinette (chanson, 1944)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cle-20-malletvaliere-riredeguinette.html, 2004.

     Jacques CORBEL & Bernard GINESTE [éd.], «Paul Mallet: Le Vin, les Femmes et la Victoire pour les Américains (chanson, 1944)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cle-20-mallet1944levin.html, 2004.

Tout commentaire ou renseignement sera le bienvenu. — Any criticism or data welcome.
 
 
Explicit
   
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