CORPUS LITTÉRAIRE ÉTAMPOIS
 
 
  Sébastien Bredet
La Cantiade
1672
 
   
Enluminure d'une continuation flamande de la Légende dorée (Belgique, vers 1470), Mâcon, BM ms 0003, f°176v (© IRHT)
Can, Cantien et Cantienne (enluminure d’une continuation flamande de la Légende dorée, vers 1470, © IRHT) 

     En 1672, l’archevêque de Sens Louis-Henri de Gondrin, visitant en bon évêque la ville d’Étampes qui était de son diocèse, y procéda à la reconnaissance des reliques des saints martyrs Can, Cantien et Cantienne.
     L’année suivante, Sébastien Bredet, conseiller au bailliage dont il était lieutenant particulier et civil, en même temps qu’assesseur criminel en la prévôté, et que maire de la ville, publia un assez long poème, de bonne tenue, sur les saints patrons de la ville, intitulé la Cantiade.
     Ce récit de leur martyre
est des plus curieusement constitué de sonnets, forme très inaccoutumée dans un genre qui se rapproche de la poésie héroïque; sur le fond, le récit hagiographique se transforme en un curieux roman historico-politique bien dans le goût du temps.
     Bien plus que l’héroïsme des martyrs on célèbre ici la grandeur de leur naissance, et c’est le lieu de rappeler le propos qu’on prête à un ecclésiastique du début du XIXe siècle, suivant lequel notre seigneur Jésus-Christ n’était pas seulement le fils de Dieu: il était aussi, du côté de sa mère, d’excellente famille.
     Bredet fait précéder son poème d’une intéressante épître dédicatoire à l’archevêque de Sens, qui revient sur les festivités de l’année précédente, d’un Avis sur les reliques conservées à Étampes et d’une petite bibliographie; il le fait suivre de la liste des ossements et des autres reliques qui venaient d’être recensés et examinés par un médecin et un chirurgien de la ville.
     Enfin il donne le texte d’une très curieuse hymne latine à sainte Cantienne, d’auteur inconnu, qui semble avoir été composée à Étampes même au siècle précédent; ce curieux exercice mi-liturgique, mi-scolaire comprend autant de strophes qu’il existe de cas en latin, et chacune se termine par le nom de cette sainte à l
un dentre eux, dans l’ordre qu’on leur donnait alors dans le collège du lieu.
Bernard Gineste, 18 février 2010
                      
LA CANTIADE
OU L’ELOGE DES ILLUSTRES MARTYRS
Saints Can, Cantien, & Cantienne, Fréres & Sœu
r.


Composé par Me Sébastien Bredet, Conseiller au Bailliage d’Estampes,
Lieutenant Particulier, Civil, & Assesseur Criminel en la Prevosté, & Maire de la Ville.



A PARIS,
Janvier 1673.





     Épître dédicatoire à l’archevêque de SensAvis (sur les reliques de Can, Cantien et Cantienne) — Catalogue des auteursLA CANTIADEMémoire des ossements (liste de 1672) Hymnus Sanctæ CantianillæApprobation Annexe: Extrait de la Notice de Bonvoisin (1866).

A
MONSEIGNEUR
l’illustrissime, & Reverendissime
LOUYS HENRY DE GONDRIN,
Archevesque de Sens, Primat des Gaules, & de Germanie.



MONSEIGNEUR,

     Quoy que la France ait cet advantage d’avoir des Roys que Dieu a tousjours chery (& dont ils disent tenir leur Sceptre) jusques à leur témoigner son amour par l’envoy de l’Oriflame (1) & de la Sainte Ampoule (2), dont le Baume Celeste a esté divinement destiné pour les sacrer, & qui depuis ce temps ont toujours esté vainqueurs de leurs ennemis: Neantmoins, comme le Peuple Hebreux autrefois si chery de Dieu, ne gagnoit pas [p.4] tousjours des Batailles, si ce n’estoit lors que Moïse eslevoit ses bras au Ciel, & que ses prieres en attiroient le secours (3); Je puis dire, MONSEIGNEUR, que si nostre triomphant Monarque a cette année (4) tant remporté de Victoires, tant conquis de Places, & abbaissé si fort l’orgueil des Holandois, que les armes ont esté secondées par vos prieres, comme par celles d’un autre Moïse, ce qui m’obligea de faire ce Distique à vostre Grandeur, le vingt-six du mois de Juin dernier, en ces termes,
Israël ut vicit cum oraret filius Amram,
     Gondrinus cum orat Borbonius superat.
(5)
Car ce fut dans ce temps que vous ordonnate les Prieres des Quarante Heures (6), non seulement par tout vostre Dioceze, mais particulierement dans toutes les Paroisses & Monasteres de la ville d’Estampes, au cours de vostre Visite (7); & c’est dans ce mesme temps que nostre Invincible Prince prenoit les villes aussi-tost qu’il se presentoit devant elles; Ce fut, dis-je, lors que vous témoignates avec tout le peuple d’Estampes, par un Te Deum solemnellement chanté, la joye inconcevable [p.5] de la Naissance du second Fils de France, Monseigneur le Duc d’Anjou (8); Ce fut lors que vous honorates les Feux de la ville (9) de vostre presence, & que vostre Grandeur voulut bien allumer avec le flambeau que je luy presentay en qualité de Maire; Et ce fut enfin, ce mesme jour que vous fites ouverture de l’incomparable Chasse de vermeil doré, dont l’Eglise de Nostre-Dame d’Estampes est depositaire (10), doù vous tirates & fites voir à tout le peuple les sacrez Ossemens des trois Martyrs, Can, Cantien & Cantienne, Freres & Sœur, enfans de l’Empereur Carinus, & Neveux, ou petits Fils de l’Empereur Carus, de la famille des Aniciens, à la loüange desquels j’ay composé ce petit Poëme du nom de Cantiade que j’oze presenter à vostre Grandeur, en qualité de,
     (1)  L’oriflamme était la bannière de l’abbaye de Saint- Denis, qui était portée devant les rois de France quand ils allaient à la guerre, jusqu’en 1415 où elle fut perdue à Azincourt . — (2) La Sainte Ampoule, dont on entend parler à partir du IXe siècle, aurait été apportée à saint Rémi par une colombe pour opérer le sacre du premier roi de France, Clovis, en 481. — (3) Livre de l’Exode, XVII, 8-13. Lors de la bataille de Réphidim, Josué triomphe des Amalécites pour autant que Moïse continue à tendre les mains vers Dieu.— (4) La guerre de Hollande a été commencée par Louis XIV le 6 avril 1672. Le roi et Condé prennent Orsoy, Wesel, Rhinberg, Burick et passent le Rhin le 12 juin. Dès le 16 les Hollandais proposent de céder les villes du Rhin, Maastricht, le Brabant et la Flandre hollandaise plus de dix millions de livres, mais Louis XIV veut plus et réclame le rétablissement de la liberté du culte catholique; le 20 les Hollandais rompent les écluses de Muyden et provoquent l’inondation du pays.

     (5) “De même qu’Israël l’emporta tant que priait le fils d’Amram (Moïse), quand prie Gondrin triomphe Bourbon (Louis XIV)” (trad. B.G.). —

     (6) Dans la liturgie catholique on appelle quarante heures certaines prières extraordinaires continuées jour et nuit devant le Saint-Sacrement. Gondrin avait publié un Mandement ordonnant des prières de ce genre le 8 février 1652 à l’occasion des troubles de la Fronde, “prescrivant les prières des quarante-heures pour la pacification du royaume” (catalogue de la BNF). — (7) Gondrin est arrivé à Étampes le 12 mai 1672 (cf. Georges Dubois, Henri de Pardaillan de Gondrin, archevêque de Sens, 1646-1674, Alençon, veuve Félix Guy, 1902, p. 339; la date du 7 juillet, donnée par Jacques Gélis, Cahier d’Étampes-Histoire n°7, 2005, p. 22, doit correspondre à un second passage dans cette ville; Gélis s’est surtout intéressé à un incident qui eut lieu au cours de cette visite entre l’archevêque et les capucins d’Étampes).(8) Louis-François de France, fils de France, duc d’Anjou, né le 14 juin 1672, mourut la même année le 4 novembre. — (9) Il s’agit de toute évidence de feux de joie à l’occasion de la naissance du duc d’Anjou: la Rapsodie de Nicolas Plisson, éditée par Charles Forteau, Annales du Gâtinais 23 (1909), pp. 259-260, mentionne des feux de joie de ce genre, également après un Te Deum, en 1660 (paix avec l’Espagne), 1678 (paix de Nimègue), début 1679 (nouvelle paix avec l’Espagne) et 22 mai 1679 (paix avec l’Empereur). — (10) Le 26 juin 1672.
MONSEIGNEUR,

Vostre tres-humble & tres-obeissant serviteur,
BREDET.        

 

ADVIS.

TOUS ceux qui ont écrit le Martyre des Saints Can, Cantien & Cantienne, freres & sœur, de l’illustre famille des Aniciens, petit fils & enfans des Empereurs Romains Carus & Carinus, n’ayans pas lû lorsqu’ils ont composé leur Histoire tous les Autheurs qui en ont parlé, m’ont obligé pour satisfaire à la curiosité de nos successeurs d’en adjouster à ce discours le Catalogue, ausquels on aura recours pour s’instruire de la verité, & pour apprendre comme Estampes possede une grande partie des leurs precieuses Reliques, desquelles le Roy Robert, fils de Hugues Capet a enrichy l’Eglise de Nostre-Dame, dont il est le fondateur; les Breviaires de Sens & de Paris le publient; ces Saintes Reliques furent données à ce grand & pieux Monarque, peu de temps apres l’an mil, au voyage qu’il fit à Rome, & duquel le Pape Benoist VII. ou selon d’autres VIII. du nom, fait mention dans une de ses Lettres aux Evesques de Bourgogne & d’Aquilée, rapportée au 4. Tome de l’Histoire de Duchesne, page 170. Il y a contestation pour la possession des sacrez Ossemens de nos Saints Martyrs, entre l’Eglise de Milan & d’Aquilée, parce que chacune semble vouloir [p.7] s’attribuer les Corps entiers; mais Ferrarius est d’opinion que l’Eglise de Milan possede seulement quelques insignes parties de ces sacrées dépoüilles, que l’on appelle par une figure dite Synecdoche, corps entiers; Il est vray que l’Eglise de Milan a une particuliere veneration pour ces Saints Martyrs; ce qui donna sujet au grand S. Ambroise, qui en estoit Archevesque, de faire un Sermon à leur loüange que l’on void entre ses œuvres. Ces sacrées Reliques ont reposé en un vase de Porphire, dans une Eglise dediée à Dieu, sous le nom de S. Denys, Confesseur, située hors de la porte Orientale de la mesme ville, jusques à ce que cette Eglise estant devenüe presque entierement ruïnée par la suite des temps, Antoine de Leva, Gouverneur de l’Estat de Milan, pour l’Empereur Charles V. se résolut d’achever de la faire destruire. L’on enleva tous les Corps Saints qui y reposoient, au mois de Fevrier 1528.* & on les transporta dans l’Eglise Metropolitaine; ceux des glorieux Saints Can, Cantien & Cantienne estoient gardez dans un Vaze en ovale, de Porphire tres-fin, lequel fut dedié à servir de Baptistaire dans la mesme Eglise, comme l’a remarqué Jean Baptiste Ville, Livre 7. des Eglises de Milan, ils reposent aujourd’huy dans un lieu dit Confessio, ou Scurole (c’est une Chapelle qui est soubs le maistre Autel de [p.8] cette Eglise Metropolitaine, l’une des merveilles d’Italie, ainsi qu’est la Chapelle de Sainte Geneviefve de Paris, soubs le maistre Autel de la mesme Eglise) & l’on lit à leur Sepulchre l’inscription suivante, gravée sur un marbre, Robert le Pieux d'après un camée des années 1630
Robert le Pieux (camée des années 1630)


     


*
D’après le texte de l’inscription donné ci-après, il faut plutôt lire ici 1578 (B.G.).
Corpora Sanctorum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ, fratrum & Maximi Martyrum: Nonæ, Dionisii & Galbini Archiepiscoporum Mediolani, Confessorum. Cineres aliquot Sanctæ Pelagiæ Virginis & Martyris. Os unum Sancti Juliani Episcopi Cenomanorum Confessoris.
     Primum inspecta est [lisez: et] recognita Carolus S. R. Presbiter Cardinalis tituli Sanctæ Praxedis, Archiepiscopus Mediolanensis reposuit.
     Kalendis Februarii M.D.LXXIIX.*
C’est au mesme sens que l’Eglise de Milan, que celle de Nostre-Dame d’Estampes se console de posseder les Corps des Saints Martyrs, d’autant qu’elle n’en possede que des parties insignes, que l’on a veu de temps en temps, dont les Procez verbaux ont esté dressez. Il y a eu deux translations des Saintes Reliques de ces glorieux Martyrs à Estampes; La premiere, le quatriéme jour d’Aoust, de l’an 1249. le Pape Innocent IV seant à Rome du reigne du Roy Saint Loüis, par Gillon, ou Gilles, Archevesque de Sens, de l’illustre maison des Cornu, Seigneurs de Villeneufve, pres Montreau Fautyonne, qui avoit eu l’honneur destre consacré à Lyon des propres mains du mesme Pontife Romain, l’an [p.9] 1244. ce Prelat emporta la Machoire de Sainte Cantienne, pour enrichir son Eglise Cathedrale, oû elle est conservée dans une Chasse eslevée derriere le grand Autel; Il est probable que c’est luy qui ordonna ensuite qu’à l’advenir on celebreroit la Feste de ces Saints Martyrs par toute la Province Senonoise, & qu’il fit cette Ordonnance dans un Concile Provincial, autrement ses suffragans ne se seroient pas soumis à faire celebrer cette Feste dans leurs Dioceses. Il y en a qui ont écrit que Gillon ayant douté de la verité des Sainte Reliques, il tomba dans l’aveuglement, & qu’aussi-tost qu’il eust recours à l’intercession des mesmes Saints, il recouvra la veuë; Il est vray qu’il faut qu’une raison tres-puissante ait excité ce Prelat à faire celebrer la Feste de ces Martyrs dans toute sa Province, & qu’un semblable miracle pourroit bien luy avoir porté. Quant à la seconde translation, le temps qui consume toutes choses, ayant apporté de la corruption au coffre de bois qui soutenoit l’argenteri de la Chasse, laquelle on avoit aussi volonté d’enrichir et de redorer, on obtint commisson de Monseigneur Jean David Duperron, Archesque de Sens, en datte du premier jour de Juillet 1620. par laquelle il commit Messire Guy de Verambrois, Prestre, Maistre és Arts en l’Université de Paris, Doyen de la Chrestienté d’Estampes, & Curé de la Paroisse de S. Martin, les vieilles Estampes, pour faire l’ouverture de la Chasse, & environ dix [p.10] mois apres la translation solemnelle de ces Saintes Reliques fut faite, lesquelles furent remises dans la Chasse de nouveau reparée & enrichie, par Reverendissime Pere en Dieu Messire Henri Clausse, Evesque d’Aure, & Coadjuteur de Chaalons, designé successeur, dont il dressa son Prcez verbal l’an 1621. le jour avant les Ides d’Avril (c’est le 12. de ce mois) la seconde Ferie de Pasques, Gregoire XV. estant Souverain Pontife, Jean David Duperron, Archevesque de Sens, du reigne de Loüis XIII Roy de France & de Navarre, d’heureuse mémoire; lesquelles Saintes Reliques depuis ce temps ont esté tousjours renfermées jusques au 26. Juin de la presente année 1672. auquel temps Monseigneur Loüis Henry de Gondrin, Archevesque de Sens, dans le cours de sa visite fit ouvertures des Chasses, dont il adressé son Procez verbal, contenant le nombre des Ossemens des Saints Martyrs, & autre Reliques qui s’y sont trouvez.
     * Corps des saints martyrs Can, Cantienne et Cantienne, frères, ainsi que Maxime; des archevêques de Milan Nona, Denis et Galbin, confesseurs de la foi. Quelques cendres de sainte Pélagie vierge et martyre. Un os de saint Julien évêque du mans confesseur de la foi. Après les avoir inspectés et vérifiés, Charles S. R. cardinal-prêtre du titre de Sainte-Praxède, archevêque de Milan, les a remis en place, le premier février 1578 (trad. B.G.).
 


CATALOGUE DES AUTHEURS
tant anciens que modernes, qui ont écrit sur le sujet de ces Saints Martyrs.*


* Pierre, Evesque d’Aquilée.
* Les registres de la mesme ville, contenans neuf Leçons.
* Saint Ambroise.
* Saint Maximin. [p.11]
* Bede.
* Usuardus.
* Adon.
* Philippes Ferrarius.
* Jean Baptiste Ville.
* Le RPF Paul Morige Giefvat.
* Guy, ou Guidon, Abbé de Saint Denis.
* Surius.
* Monbrice.
* Baronius.
* Venantius Fortunatus.
* Un ancien Poëme gaulois anonime.
* L’auteur H. B. T.
* Maistre Pierre Legendre, Advocat.
* Monsieur du Saussay, Evesque de Toul.
* Monsieur Chauvin, Conseiller des Monnoyes.
     * Sur ce catalogue sommaire et quelque peu brouillon, je me permets de renvoyer à l’esquisse bibliographique que j’ai donnée en annexe à mon édition du chapitre des Antiquitez de la Ville et du Duché d’Estampes que dom Basile Fleureau a consacré à ces reliques (cliquez ici) (B.G.).


* Dom Basile Fleureau, de la Congregation de Saint Paul*.
* Les Breviaires de Sens, de Paris & de Chartres.
* L’Office particulier des Saint Martyrs.
* Les Procez verbaux des Chasses faits és années 1282. 1570. 1620. 1621. & 1672. [p.12]

     * On remarquera que dom Basile Fleureau, mort en mars 1574, est alors encore vivant, et que ses Antiquitez ne seront publiées qu’en 1683. Sébastien Bredet a donc eu entre les mains le manuscrit original de Fleureau, apparemment tout entier rédigé dès 1668 (B.G.).




LA CANTIADE.



SONNET Premier.

Entre un nombre infini d’Illustres personnages
Issus de noble sang des grands Aniciens
*,
Se trevent
** trois Martyrs qu’on nomme Cantiens,
Deux freres, une sœur, tous égaux en courage.

Quantité de Consuls ornoit leurs  parentages
Un grand nombre de Saints & beaucoup de Chrestiens,
Et si nous lisons bien l’Histoire des anciens,
Les titres d’Empereurs devenoient leurs partages.

La Naissance donnoit à ces nobles germains
***
Ce que leur pere avoit, le Sceptre entre les mains,
Si Diocletian
**** n’eust envahi l’Empire.

Mais afin d’en frustrer les freres & la sœur,
Il leur fit à tous trois endurer le martyre,
Et s’en rendit ainsi paisible possesseur
*****.


Monnaie de Dioclétien * Aniciens, francisation approximative du nom latin des Anicii, membres de la gens Anicia, famille romaine connue surtout à la fin de l’Empire où elle occupa de hautes charges; elle donna même des empereurs tels que Pétrone Maxime et Olybrius; mais rien n’indique qu’en aient jamais fait partie ni les empereurs Carus et Carin, ni surtout nos trois martyrs. Le typographe a oublié le s de grands.

** Il faut sans doute lire “se treuvent”, c’est-à-dire “se trouvent”.

*** Germains, latinisme pour “frères”.

**** Gaius Aurelius Valerius Diocletianus , alias Dioclétien (vers 245-313), empereur romain (284-305), responsable d’une persécution antichrétienne mythique dans la littérature martyrologique. Envahi signifie “usurpé”

***** Paisible possesseur, locution technique de la langue du droit, où l’on reconnaît la plume d’un lieutenant du bailliage tel que l’était Bredet.

II. SONNET.

Mais pour bien colorer cet acte tyrannique,
Et commetre ce crime en cette Region
*,
Il donna son pretexte à leur Religion,
Pour les faire mourir en la foy Catholique,
[p.13]

Se figurant tousjours ce malheureux Ethnique
**
Que son sort dependoit d’une telle action,
Et que pour satisfaire à son ambition,
Il devoit entreprendre un dessein si tragique.

Pour s’affermir au Trosne où jadis s’estoient veus
Leur pere & leur ayeul, Carus
& Carinus,
Dont le premier perit par un coup de Tempeste
***,
Il fit la guerre à l’autre, & lui perça le flanc
****,
Aux enfans & neveux il fit trancher la teste,
Et combla ses grandeurs en respendant leur Sang.


III. SONNET.

Ce Tyran orgueilleux & tout boüillonnant d’ire,
Se porta furieux contre la Chestienté,
Par d’injustes Edits remplis de cruauté,
Au premier pas qu’il fit pour monter à l’Empire.

Car pour tout écarter ce qui luy pouvoit nuire,
Son esprit de vengeance & de malignité
S’advisa d’attaquer la generosité*
De ceux qui pour un Dieu** souffrirent le martyre.

Au nombre glorieux*** de cent mille Chrestiens****
On adjoûta les corps des jeunes Cantiens,
Dont le cœur magnanime emporta la Victoire. [p.14]

D’où l’on peut inferer que ces nobles germains
Ont gagné dans le Ciel trois Couronnes de gloire,
Quoy qu’ils n’en ayent perdu qu’une chez les Romains.
* En cette Region. Il faut comprendre, sans doute, “relativement à des personnes d’une si haute dignité”. Ces motivations politiques, entièrement imaginées à ma connaissance par Sébastien Bredet, sont du plus grand intérêt romanesque; elles reflètent surtout l’idée que pouvait se faire en ce temps-là un officier royal étampois des finesses de la haute politique.

** Ethnique, hellénisme quelque peu forcé, signifiant “païen”.

Monnaie de l'Empereur Carus Monnaie de l'Empereur Carinus

*** Marcus Aurelius Carus, alias Carus (vers 230-283), empereur romain en 282 et 283, d’ascendance en réalité inconnue, laissant le gouverment de l’Occident à son fils Carinus, et parti conquérir la Mésopotamie, y serait mort frappé par la foudre dans sa tente.

**** Marcus Aurelius Carinus, alias Carin, fils et successeur de Carus, empereur de 284 à 285, était en train de l’emporter sur son rival Dioclétien lorsqu’il fut poignardé par l’un de ses propres hommes.

* La générosité, “la noblesse”.

** Pour un Dieu, latinisme grammatical: “pour attester l’unicité de Dieu”.

*
** Au nombre glorieux, latinisme lexical: “à la troupe glorieuse”.

**** Cent mille: La littérature martyrologique a considérablement exagéré au cours des siècles le nombre des victimes des persécutions antichrétiennes.


IV. SONNET.


Lors qu’on eut publié deux Edits fort severes,
Portans injonction d’adorer les faux Dieux,
Qu’on les veid
* affichez en quantité de lieux,
Que leur bruit eut touché l’oreille de ces freres,

Leurs esprits éclairez des divines Lumieres
Que conduisoit tousjours le grand Docteur Protus
**
Au celeste Sentier de toutes les Vertus,
Quiterent avec luy ce lieu plein de miseres
:

Cette Troupe sacrée, ardente pour la foy,
Qui n’adoroit qu’un Dieu, qui n’aimoit que sa Loy,
Voyant Rome en desordre & toute desolée,

Pour ne pas du Tyran irriter le courroux
***,
Se mit aussi-tost au chemin d’Aquilée,
Dans l’espoir d’y trouver un air qui fust plus doux.








*
On les veid. “on les vit”.

** Protus, pédagogue des trois jeunes gens et martyr avec eux, ne semble jamais avoir intéressé les Étampois, qui n’ont jamais prétendu posséder ses reliques (bien qu’il ait été représenté sur la châsse, cf. Fleureau, Antiquitez, p. 364). La légende originelle, de plus, en faisait l’initiateur des jeunes gens au christianisme; mais Bredet laisse plutôt à entendre qu’ils descendaient des Empereurs Carus et Carinus (ce qui est très loin d’être avéré) eux-mêmes déjà chrétiens (ce qui ne l’est pas davantage) puisque nos martyrs auraient été, dit-il, chétiens dès le berceau.

***  Pour ne pas... Ce point du récit, la fuite des martyrs, est une difficulté traditionnelle à laquelle on donne toujours des explications plus ou moins embarrassées.
V. SONNET.

Mais les deux Gouverneurs, Ministres de sa rage,
Advertis du projet des ces Princes Romains,
[p.15]
Les font si bien chercher qu’ils tombent entre leurs mains
Au moment qu’ils croyaient éviter cet orage.

Loin que cet accident r’allentit leur courage,
Ils combattent sans peur ces Edits inhumains,
Et lors que les Sergens
* demandent leurs desseins,
A l’envy pour response ils tiennent ce lengage.

L’ordre de l’Empereur ne nous étonne pas,
Et nous sommes tous prests de souffrit le trespas
Plutost que de donner de l’encens aux Idoles,
Nous ne connoissons pas des Demons pour des Dieux
**
Et vous n’aurez de nous jamais d’autres paroles,
Puisque nous n’en offrons qu’au Monarque des Cieux.



V. SONNET.




*
Ce mot de sergent fleure bon aussi le terroir étampois, et plus généralement les institutions du début du XVIIe siècle, comme la périphrase qui suit. ministres de Justice, désignant Dulcidius et Sisinius.


**  On sait que les premiers chrétiens ne niaient pas proprement l’existence des dieux païens ni les prodiges qui leur étaient attribués: mais il les identifiaient à des démons, anges déchus qui égaraient volontairement l’humanité.
Vos Dieux sont des Rochers* & de vaines Idoles
Dont vostre aveuglement vous fait adorateurs,
Des hommes comme vous en sont les createurs,
Comment donc servez-vous des Deïtez frivoles?

Encor un coup voicy nos dernieres paroles
D’un seul Dieu tout puissant nous sommes amateurs
Qui ne doit point son estre à la main des Sculpteurs
Et nous l’avons apris en de bonnes Ecoles. [p.16]
* Cf. par exemple Deutéronome XXXII, 37: “Où sont leurs dieux, le rocher vers lequel ils se retiraient?”
Que Dulcitius sçache avec Sisinius**
Que nous n’entrerons point en de si grands abus,
Qu’ayant loué Jesus mesme dedans les Langes,
**  Le comte Sisinius était représenté sur la châsse (cf. Fleureau, Antiquitez, p. 363), châsse fabriquée à l’époque d’ailleurs où Étampes était un comté.

Dans les Drapeaux*** encore & dedans le Berceau,
Nous ne cesserons point de chanter ses louanges,
Et de parler de luy jusques dans le Tombeau.


***  Un drapeau est originellement une pièce de drap, dans laquelle spécialement on enveloppe les enfants, autrement dit rien d’autre qu’un lange.
VII. SONNET.


Alors ces menaçans ministres de Justice
S’en retournent sans fruit avec leur vain effort,
Et de tout ce discours vont faire le rapport,
Ensemble du refus de faire sacrifice:

Mais quoy que tout cecy regardast la Police,
Que le crime eust esté commis dans leur Ressort*,
Des Juges informez ne disent rien d’abord,
Et n’osent pas encor ordonner du supplice:

Ils n’osent pas punir ce crime, cette erreur,

Sans en avoir receu l’ordre de l’Empereur,
Vers qui sans perdre temps ils deputent un homme,

Pour l’instruire de tout ce qu’on leur avoit dit,
Et sur le fier refus d’obeïr à l’Edit,
Sçavoir les volontez & le desir de Rome. [p.17]



* A ces considérations on reconnaît bien à nouveau l’auteur, conseiller au bailliage d’Étampes, lieutenant particulier et civil, ainsi que surtout assesseur criminel en la prévôté.
Lettre du President Dulcitius, & du Conte Sisinius,
Gouverneurs d’Aquillée, envoyée à l’Empereur Diocletian.

Invincible Empereur, dont la vaillance extreme
       a vaincu tant de Roys,
Vangez les vrais autheurs de vostre Diademe
       en conservant vos Loix.

La race de Carin d’un vain orgueil enflée
       est venuë en ces lieux
Censurer vos Edits, suborner Aquilée
       & rire de nos Dieux.

Desja mil habitans de toute la Province
       suivent ces imposteurs,
Mandez sur ce sujet vostre dessein grand Prince
       à vos deux serviteurs.

          DULCITIUS, SISINIUS.






Monnaie de Dioclétien

Dioclétien au diadème
Response de Diocletian aux Gouverneurs d’Aquilée.

Mon poil se herissa, mon ame fut glacée
Lisant en peu de mots tant de meschancetez, [p.18]
Et l’amour que j’avois la tiendroit balancée*
Si je n’estois certain de vos fidelitez.

Enfin, sur ce sujet j’ay fait faire assemblée,
Où nous avons jugé comme les Senateurs**,
Qu’on executera l’Edit dans Aquilée
Pour vanger de nos Dieux tous les blasphémateurs.

Quant aux fils de Carin que l’Univers revere,
Tirez les par douceur de leur aveuglement,
Dites leur en faveur de Carus leur grand pere,
Que je seray soigneux de leur avancement,

Pourveu qu’en renonçans à l’horreur de leur crime,
Ils aillent presenter de l’encens à nos Dieux,
Mais s’ils sont refusant d’observer nos maximes,
Vous priverez du jour ces esprits vicieux.



VIII. SONNET.

Cependant ces germains s’eschapent à l’emblée*,
Montez dedans un Char traisné de trois mulets,
Sçachant qu’on leur tendoit de captieux filets,
Pour les perdre en secret dans la grande Aquilée.

Cette jeunesse, enfin, de Protus conseillée,
Ayant pour cette fin receu quelques billets,
Fuyant vid
** des Tyrans accourir les valets,
Et tomber une mule assez mal attelée.
[p.19]

A la chute de l’un de ces trois animaux,
Ils sortent de leur Char, previennent les Boureaux
***,
Comme advertis du Ciel du temps de leur victoire
****.

Suivez, leur dirent-ils, nous voulons preceder,
Retarder nostre mort, ce seroit retarder
Un temps trop precieux qui nous porte à la gloire.


X. SONNET.

En un mot ces germains sont conduits au supplice
Pour la foy de JESUS il y portent leurs pas,
Et ce lieu qu’on nommoit ad Aquas gradatas*,
Est appellé par eux le lieu de leurs delices.

Ils y blasment Juppin** nonobstant les malices
Des partisans des Dieux qu’ils ne connoissoient pas.
L’offre de Jovius*** n’eut pour eux point d’apas,
Ils pousserent à bout toutes leurs artifices.

Bref, ayant rejetté leurs presents & leurs Dieux,
Ausquels ils preferoient le Souverain des Cieux,
Sans craindre le peril ny la mort la plus grande.

On les decapita, prodigieux effet!
On demanda leur sang, ils donnerent du laict,
Mais laict qui leur acquis la celeste Guirlande****. [p.20]
* Et l’amour que j’avois la tiendroit balancée, “et l’amour que j’avais pour les fils de Carus ferait hésiter mon âme”.
** Dans cette vision de l’empereur qui prend conseil du Sénat, il semble entrer quelque chose des institutions de l’époque de Bredet, tant du conseil de bailliage d’Étampes que de la Cour de Parlement de Paris.
Mâitre de l'Autel de Kraj (vers 1520, Musée des Beaux-Arts de Vienne)
Kranj (Slovénie), vers 1520
* à l’emblée: “par surprise”. — ** Vid: “vit”.  — ***  Previennent les boureaux: “vont à leur rencontre”. — **** Du temps de leur victoire: “du moment où ils remporteront la palme du martyre”.

Les trois Martyrs Cant, Cantien et Cantianille (fin XVIIe siècle, église de Notre-Dame d'Etampes)
Notre-Dame d’Étampes, fin XVIIe siècle

* Ad aquas gradatas: lieu-dit de la banlieue d’Aquilée, “aux Eaux-en-Degrés”. — ** Ils y blâment Juppin: “Ils y blasphèment Jupiter”.  — ***  Jovius: nom du sergent qui les poursuit. — **** Qui leur acquis la celeste Guirlande. Allusion probable à la Voie lactée, elle-même synecdoque du Ciel et donc du séjour des bienheureux.




MEMOIRE DES OSSEMENS

des Saints Can, Cantien & Cantienne, & autres Reliques qui se sont trouvées dans les deux Chasses d’Estampes, veus & examinez de l’Ordonnance de Monsieur l’Archevesque de Sens, en sa presence, & d’un grand nombre de peuple, par les Sieurs Pichonnat, Docteur en Medecine*, & le Muret, Maistre Chirurgien**, le 26 Juin 1672.

* Premierement, un os de la jambe gauche, nomme Tibia.
* Un os du bras droit dit Humerus.
* L’omoplate gauche.
* L’os du coude gauche, dit Cubitus.
* La premiere vertebre du col.
* Un vertebre des Lombes.
* Six autres vertebres.
* Une autre vertebre en morceaux.
* Une partie de l’os de la teste, nommé Petreux, où Lapophise interne de l’oreille est entiere.
* Un grand morceaau de la teste, nommé Occipital.
* Un os du talon, dit Astragal.
* Une coste entiere.
* Un morceau de la machoire superieure, où il y a sept alveoles, ou trous de dents.
* Un autre morceau dudit os Petreux.
* Un autre morceau de la partie inferieure de l’os du bras, dit Cubitus.
* La moitié d’une coste.
[p.21]
* Sept morceaux de costes.
* Cinq autres petites esquilles de costes.
* Deux petits morceaux de vertebre, ou espine.


     * Michel Pichonnat, probablement fils de l’apothicaire étampois François Pichonnat (AD91 E. 3783 et E. 3791); nous le voyons nommé en 1697 “médecin, pour visiter les pauvres malades de l’hôtel-Dieu” (Archives municipales d’Étampes AA 185) ainsi que “médecin contrôleur de la gabelle d’Étampes” (Léon Marquis, Les Rues d’Étampes, 1881, p. 57). Avec le médecin et apothicaire François Descurain (grand-père de Jean-Étienne Guettard) et le curé de Notre-Dame Le Maistre, il formait une petite académie étampoise qui se réunissait en présence de la jeunesse du lieu, au témoignage de son petit-fils (cf. Marquis, op. cit., p. 349).

     ** Le chirugien étampois Michel Le Muret, probablement fils du chirurgien Ferry Le Muret (AD91 3855), nous est connu notamment par les archives des censives du Bourgneuf et de Longchamp (AD91 E. 3800 et 3804; E. 3906, 3911 et 3912).

* Un morceau de la peau de S. Jean Chrisostome.
* Une bourse dans laquelle il y a trois morceaux de fer.
* Un sachet couvert de taffetas blanc, où il y a cete inscription, Hic habentur pulvis de carne & ossibus beatorum Martyrum Cantii, Cantiani, & Cantianillæ
*.
* Un autre sachet semblable où est cette autre inscription, Hic habentur de indusiis & linteaminibus Sanctorum
**.
* Un autre sachet de satin rouge, où est écrit de la pierre du Tombeau de Nostre Seigneur, & plusieurs autres Reliques.
* Un petit flacon de plomb, où il y a une matiere comme de terre.

* Ici se trouve de la poussière de la chair et des os des saints martyrs Can, Cantien et Cantienne (trad. B.G.).

** Ici se trouvent une part des chemises et des linges des saints (trad. B.G.).
    

Hymnus Sanctæ Cantianillæ,

    & in fine cujuslibet versiculi invenitur ipsum nomen Cantiannilla declinatum.

Hymne de sainte Cantienne
 
     et à la fin de chaque strophe se trouve décliné le dit nom de Cantienne.
Notes à l’intention
des non latinistes


     On notera que le texte de cette hymne est visiblement corrompu par endroit.
Orbis exultans* resonnet tropheum,
Hanc diem stempæ** celebrent sacratam,
 virgo conscendit meritis olympum,
          Cantianilla. [p.22]
Le monde exultant chante cette victoire,
Étampes célèbre ce jour sacré:
Sur l’Olympe par ses mérites monte la vierge
          Cantienne.
Cantianilla au nominatif
(en fonction de sujet)
* Plusieurs hymnes anciennes commencent par ces mots: Orbis exultans celebret hoc festum, etc. — ** Cette orthographe Stempæ semble dater notre pièce du XVIe siècle.
Urget at Christum Jovius negare,
Fraustra* promissis crucæ frustra**, sistit,
Firmitas contra rigidum*** Tyrannum,
          Cantianillæ.
Jovius la presse de renier le Christ
En vain lui tend-il des [?bouts d’encens?]: elle tient bon
Contre l’inflexible tyran, la fermeté
          De Cantienne.
Cantianillæ au génitif
(en fonction de complément du nom)
* Fraustra = frustra — ** cruca: une des formes en bas latin du mot “crosse” (?); le texte porte frustra: Il faut peut-être corriger en auri frustis “des lingots d’or” (cf. Prudence, Psychomachia: auri sordida frusta rudis), ou plutôt en thuris frustis, “des morceaux d’encens”. — ***  Le texte porte erronément regidum.
Concinit vadens ad Aquas Gradatas,
Pro Deo fundit niveum cruorem*,
Est ne constanti similis puella,
          Cantianillæ.
Elle chante en gagnant les Eaux-Étagées,
Elle verse pour Dieu un sang de neige:
Il n’est aucune jeune fille semblable à la ferme
          Cantienne.
Cantianillæ au datif
(en fonction de complément de l’adjectif similis, semblable à)
* Niveus cruor, miracle: au lieu de sang, du lait aurait coulé de ses blessures.
Cernitur victrix hodie triumphat,
Et refert palmam superando, Christus,
Propter hæc cingit nitida corona,
          Cantianillam.
On la voit vaincre aujourd’hui, elle triomphe
Et remporte la palme par sa victoire: le Christ
Pour cela ceint d’une éclatante couronne
          Cantienne.
Cantianillam à l'accusatif
(en fonction de complément d’objet direct)
Martyr insignis rogitamus omnes
Voce communi triadem precari,
Supplicum fœlix memorare virgo,
          Cantiannilla.
Insigne martyre, nous te pressons tous
D’une seule voix de prier la Trinité
D’écouter nos suppliques, ô bienheureuse vierge,
          Cantienne!
Cantianilla au vocatif
(en fonction d’apostrophe)
Semper oremus sine fine numen,
Post neces ut nos radiantis axis,
Cum pia celsas* adeamus arces,
          Cantianilla.

             Amen. [p.23]
Prions sans cesse la divinité
Pour qu’après notre mort, du ciel rayonnant
Nous gagnions les sublimes hauteurs, avec la pieuse
          Cantienne.

            Amen!
Cantianilla à l’ablatif
(en fonction de complément circonstanciel d’accompagnement)
* Le texte porte erronément cellas.
 

APPROBATION

     Je certifie avoir leu exactement la Cantiade, ou l’Eloge des Martyrs Saints Can, Cantien & Cantienne, freres & sœur, composé par Maistre Sebastien Bredet, Conseiller au Bailliage d’Estampes, Lieutenant Particulier, Civil, Assesseur Criminel en la Prevosté dudit lieu, Maire de ladite ville d’Estampes; dans lequel Eloge je n’ay rien trouvé de contraire à la Foy Catholique, Apostolique, & Romaine. Fait à Paris en Sorbonne, le vingt-cinquiéme Septembre 1672. Signé, N. PETITPIED*, Docteur de la Société de Sorbonne.

* Nicolas Petitpied (1627-1705), canoniste français, docteur en Sorbonne, à ne pas confondre avec son neveu et homonyme plus connu, également docteur en Sorbonne (Nouvelle biographie générale, Paris, Firmin Didot, 1862, tome 39, p. 719).

 
ANNEXE
Abbé Bonvoisin
Sur la reconnaissance des reliques de 1672
Extrait de sa Notice de 1866


    Enfin les châsses furent ouvertes une dernière fois solennellement par Henri de Gondrin, archevêque de Sens, en 1672. Cet archevêque, en cours de visite, voulut s’assurer par lui-même de l’importance de ces reliques, objet d’une si grande vénération; il prit les précautions les plus minutieuses. Indépendamment des curés d’Étampes, des [p.52] chanoines de Notre-Dame et de Sainte-Croix, des échevins de la ville, des marguilliers de Notre-Dame, il appela les notables bourgeois et marchands du quartier, et se fit assister de maître Pichonnat, docteur médecin, et Michel Muret, maître chirurgien en cette ville. Il semble que la Providence permit cette visite, dont rien ne démontre humainement la nécessité, pour relier la chaîne des temps. Sans elle nous n’aurions aucune trace des reconnaissances de 1531 et de 1570. Il ne reste aucune pièce à cet égard, mais copie des procès-verbaux de ces visites avait été déposée avec les saintes reliques; c’est là aussi que se trouve le procès-verbal de l’évêque d’Aure, 1621.

     Mgr de Gondrin ordonna, pour en conserver la mémoire à la postérité, qu’il serait fait une copie de toutes les pièces trouvées dans les châsses pour être insérée, ainsi que l’attestation des médecins, dans le procès-verbal qu’il signa avec son secrétaire, [p.53] et sur lequel il fit apposer son sceau, portant ses armes et l’inscription: Ludovicus Henricus, archiepiscopus Senonensis (1).
     (1) Ce procès-verbal de seize pages, parchemin bien conservé, est classé dans les archives de la fabrique de Notre-Dame.
     Du reste, tout fut trouvé en cette visite comme il est dit au procès-verbal de 1621 les reliques insignes dans la grande châsse en vermeil, et les deux petits sacs de soie dans la petite châsse en bois doré, avec les inscriptions: Hic habetur pulvis ex ossibus sanctorum Cantii, Cantiani et Cantianillæ. Et sur l’autre: Hic habentur de indusiis et linteaminibus sanctorum.


     Abbé BONVOISIN (curé de N.-D. d’Étampes, chanoine honoraire de Versailles), Notice historique sur le culte et les reliques des saint martyr Cant, Cantien et Cantianille, patrons de la ville d’Étampes [14 cm sur 9; 127 p.; bibliographie pp. 3-4 & 121], Versailles, Beau jeune, 1866, pp. 51-53.
     Épître dédicatoire à l’archevêque de SensAvis (sur les reliques de Can, Cantien et Cantienne)Catalogue des auteursLA CANTIADEMémoire des ossements (liste de 1672) Hymnus Sanctæ CantianillæApprobation Annexe: Extrait de la Notice de Bonvoisin (1866).
Source: la texte original mis en ligne en mode image par la BNF, saisi en mode texte , annoté et illustré par Bernard Gineste en 2010.
 
       
Edition originale de la Cantiade (1673)
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
 

Éditions


     Sébastien BREDET (maire d’Étampes), La Cantiade, ou l’Éloge des illustres martyrs saints Can, Cantien et Cantienne, frères et sœur [in-12; 23 p.], Paris, sans mention d’éditeur, 1673.

     BNF [éd.], «Sébastien Bredet: La Cantiade (1673)»
[édition en mode image], http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54592158.r, en ligne en 2010.

     Bernard GINESTE [éd.], «Sébastien Bredet: La Cantiade (1673)» [édition en mode texte, illustrée et annotée], in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cle-17-bredet11673cantiade.html, 2010.

Sur le martyre et les reliques des saints Can, Cantien et Cantienne
 
     Bernard GINESTE [éd.], «Dom Fleureau: Des Reliques des Saints Martyrs Can, Cantien & Cantienne (1668)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-17-fleureau-c08.html, 2007.

     Bernard GINESTE [éd.], «Dom Fleureau: Description de la Châsse (1668)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-17-fleureau-c09.html, 2007.

     Bernard GINESTE [éd.], «Godefridus Henschenius: De sanctis Cantio, Cantiano, Cantianilla et sancto Proto (1681)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cls-17-henschen1681cantius.html, juin 2009.
 
     Bernard GINESTE, «Bonvoisin: Notice historique sur le culte et les reliques des saint martyr Cant, Cantien et Cantianille (1866)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/ che-19-bonvoisin1866notice.html, 2007.


 
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