CORPUS ARTISTIQUE ÉTAMPOIS
 
Maxime Legrand
Narcisse Berchère intime
Notes biographiques et bibliographiques
1909
 
Portrait de Berchère (1919-1891) par son ami Gustave Moreau
 © Musée d’Étampes 2002

Conférence des Sociétés savantes, littéraires et artistiques de Seine et Oise. Compte-rendu de la quatrième réunion,
Étampes, Flizot, 1909, pp. 143-152.
 
 
Maxime Legrand
Narcisse Berchère intime
Notes biographiques et bibliographiques


Narcisse Berchère intime
Notes biographiques et bibliographiques
    
   
     Il serait regrettable — tout le monde, je le crois, sera de cet avis — que dans un Congrès de Sociétés savantes, tenu à Étampes, le nom de Narcisse Berchère ne soit pas, au moins, prononcé.   

     C’est dans cette louable pensée que le zélé secrétaire de la Conférence est venu faire appel à mes souvenirs. Nul n’est moins apte que moi cependant, — et je n’hésite pas à l’avouer humblement —  à faire l’éloge de l’illustre orientaliste dont Étampes s’enorgueillit, et, n’était l’amitié qu’il avait bien voulu me témoigner depuis mon enfance, je n’aurais pas osé parler de lui dans cette assemblée. Pourtant, il me semble que les plus vulgaires sentiments de gratitude nous obligent, nous autres Étampois, à commémorer devant nos hôtes l’homme qui dans ces dernières années a le plus honoré sa ville natale, tant par son génie que par la constance de l’affection qu’il avait vouée à sa petite patrie de prédilection.   

     Voilà pourquoi je me hasarde à vous signaler dans son œuvre considérable, un petit coin peu connu sinon tout à fait ignoré.   

     Narcisse Berchère est bien un des nôtres. Né à Étampes le 11 septembre 1819, il appartenait par sa mère à l’une des familles les plus nombreuses et les plus honorables de notre région: la famille Darblay. En effet, Marie Adèle Dubois, née le 28 juillet 1799 et morte le 14 mars 1882 était la fille de cet Étienne Stanislas Dubois qui épousa Marie Adélaïde Darblay. Devenue veuve en 1822 de Pierre Narcisse Berchère, qu’elle avait épousé le 14 septembre 1818, Marie Adèle Dubois se remaria à Louis Marcille le 20 décembre 1824 ainsi qu’il résulte des actes inscrits dans nos registres municipaux.   
    
     Notre illustre compatriote vit le jour dans une maison portant le n°5 de la rue de l’Île-Maubelle, où son père exerçait la profession bien étampoise de «marchand-meunier». Si nous en croyons la [p.144] topographie actuelle des lieux, ce n°5 aurait existé sur l’emplacement du grand immeuble de rapport dont le rez-de-chaussée est occupé maintenant par le «Café de l’Île-Maubelle». Lorsqu’après de longues absences il revint à Étampes, la maison familiale n’existait plus. Sa mère, une seconde fois veuve, habitait alors une maison portant le n°20 de la rue Basse. C’est là qu’il établit son atelier. Campé, comme aux beaux jours de ses excursions lointaines, dans une petite construction sise en bordure de cette Promenade des Prés qui devait plus tard prendre son nom, au milieu des fleurs, des arbres, de la verdure, seul avec sa vieille gouvernante, la «fidèle Victoire», il aimait à se reposer du bruit de la capitale et à en oublier pour un temps les agitations. Le Pont de Pierres, l’allée à Bonnevaux, Vouroux... tous ces coins charmants et pittoresques étaient à sa portée; il les avait sous la main pour ainsi dire et le travail lui devenait ainsi facile. C’est dans cette solitude qu’il aimait aussi à revivre ses jeunes années et à en fixer les souvenirs.   

     Plus d’un illustre confrère, plus d’un ami célèbre, vint partager avec lui l’hospitalité de ce home d’artiste et parmi eux, Gustave Moreau, également son intime et son admirateur.   

     C’est dans ce petit coin perdu de notre antique cité que, gravement atteint déjà, Berchère vint passer ses dernières vacances et c’est de là enfin que ses amis éplorés le virent partir pour Asnières où il devait s’éteindre, trop tôt hélas! pour l’art, dans les bras de sa fille chérie et de son gendre M. C. Manen, le 28 septembre 1891.   

     Étampes! Aucun nom pour lui n’avait plus de charmes; il en aimait l’aspect vieillot, les monuments curieux, et par-dessus tout, les environs si pleins de pittoresque. Il fallait l’entendre parler de sa vallée, avec les accents d’un tendre fils parlant de sa mère. C’est à Étampes qu’il avait commencé ses fortes études qui, selon l’expression de M. Bernard Prost, son biographe, «développèrent chez lui d’heureuses aptitudes et le mûrirent de bonne heure». C’est d’Étampes qu’il était parti comme à regret pour faire ses débuts à Paris dans l’atelier Renoux, puis chez Charles Remond qu’il quitta pour entrer aux Beaux-Arts. A chaque étape de sa vie il y revenait, avec bonheur, se retremper aux sources vivifiantes du sol natal.   

     D’ailleurs tout l’attirait dans notre ville. Sa famille y était apparentée avec tout ce que le pays comptait de vieilles familles: les Blavet, les Bourgeois, les Floréat-Préaux alliés aux de Banville, les Chevallier, les Mainfroy, etc... etc... Il y avait laissé lui-même des amis nombreux qui lui furent fidèles jusqu’à la fin, les Chaudé, les Bourdeau... et tant d’autres.   

     [p.145] La notoriété artistique de Narcisse Berchère parmi les peintres de l’époque contemporaine est assez grande, assez bien établie, pour qu’il me soit inutile d’insister sur le caractère particulièrement remarquable et original de son talent. D’autres l’ont fait et non des moindres parmi les critiques et les écrivains les plus renommés du siècle. Arsène Houssaye, Henri Vermot, Théophile Gauthier, Maxime Du Camp, de Lépinois, Paul Mantz, Paul de Saint-Victor, H. Dumesnil, Léon Lagrange, Olivier Merson, Edmond About, P. Challemel-Lacour, Ch. Clément, A. de Pontmartin, Paul-Casimir Périer, Émile Bergerat, Louis Énault et tutti quanti, ont célébré à l’envi, la puissance et l’étrangeté de son coloris, la profondeur de sa science du dessin, la poésie de ses inspirations et la mélancolie de ses aperçus. Lisez le Catalogue illustré des œuvres de N. Berchère publié par la Librairie d’art en 1885 sous le n° 9 du Dictionnaire illustré des Beaux-Arts et la signature de M. Bernard Prost et vous vous en rendrez compte (1).   

     Ce que le biographe n’a pas su, c’est la précocité véritablement remarquable de cette irrésistible vocation. Dès l’enfance, Berchère cultivait avec passion l’art du dessin qui devait plus tard lui procurer tant d’intimes jouissances. M. Dujardin me communiquait naguère avec sa bienveillance habituelle un pastel qu’il croit être le premier tableau de notre compatriote. C’est une corbeille de pêches et raisins portant cette dédicace: Offert à ma mère le jour de sa fête XV Août 1832. Berchère né en 1819 n’avait pas encore à cette date 14 ans!   

     Émule de Fromentin, dont il était l’ami, maniant comme lui avec une égale facilité, un égal bonheur, la plume et le pinceau, il a su se faire, dans l’orientalisme, à côté des Ziem, des Pasini et de tant d’autres, une renommée qui a pu être égalée mais qui, à mon avis, n’a pas été surpassée. Sa manière est tellement personnelle, tellement spéciale qu’elle se reconnaît à la première inspection et qu’on ne peut la confondre avec aucune autre. Son originalité le classe dans cette phalange d’artistes qui, rompant courageusement avec la convention, avec le procédé, s’efforcèrent en s’affranchissant des règles étroites, de rendre leur pensée d’une façon claire et réellement «vraie». Sa sincérité en matière d’art, comme dans toutes les circonstances de sa vie, lui a valu et lui vaudra toujours les suffrages des gens de bonne foi.   

     Ceux qui ont eu le bonheur d’approcher ce que j’appellerai le [p.146] «Berchère intime», ont pu se rendre compte de l’harmonie profonde qui lie l’homme à ses productions. Plus que tout autre, peut-être, on peut juger Berchère à ses œuvres. Doux, modeste à l’excès, presque timide, un tant soit peu taciturne et renfermé, ce travailleur inlassable, toujours replié sur lui-même, toujours épris d’idéal et confiné dans un rêve sans fin, était ce qu’on peut appeler un «triste». D’une activité pour ainsi dire maladive, jamais satisfait de lui-même, toujours en quête d’un nouvel effort, il a beaucoup produit. En dehors de ses nombreux tableaux dont le Dictionnaire illustré des Beaux-Arts nous offre la copieuse nomenclature, l’artiste a exécuté un nombre incroyable d’aquarelles d’une exquise finesse et d’une remarquable luminosité. Quantité de ces œuvres ont passé qui le détroit, qui l’Océan, et se retrouvent en Angleterre et en Amérique chez des amateurs délicats qui ont su de bonne heure apprécier son talent. Ce sont en général des motifs tirés de ses œuvres principales, des répliques d’un même sujet traitées de manières diverses. Les bords du Nil lui ont ainsi fourni des scènes ravissantes qui se répètent avec une telle diversité que jamais elles ne fatiguent. Telle aussi sa Rue du Caire qui, de 1851 à la fin de sa carrière, lui a procuré mille aspects séduisants et d’innombrables sujets d’études (2). Jusqu’aux dernières années, jusqu’aux derniers jours, pouvons-nous dire, de sa vie, le travail a été sa grande jouissance; labeur opiniâtre parfois sans récompense, mais qui fut avec les sentiments chrétiens dont il s’honorait la suprême consolation de déboires inévitables. Quelle vie d’artiste ne les a pas connus! Les siens ont peut-être dépassé la mesure ordinaire. Trop fier pour solliciter, il n’a certes pas reçu toutes les récompenses auxquelles il était en droit de prétendre. Aimant la solitude, il s’est peut-être trop tenu à l’écart et n’a connu que peu ce grand «succès» que d’aucuns à force d’intrigues arrivent rapidement à enchaîner. Il fallut lui faire violence pour le faire entrer aux Tuileries où l’Empereur Napoléon III, très amateur de son talent, l’attendait. La faveur [p.147] de la Cour ne l’éblouit pas autant que le soleil d’Orient. Aux Tuileries, il préféra le «Désert de Suez».   

     S’il n’a pas connu la Renommée tapageuse, il n’a surtout pas arrêté sur son chemin cette aveugle Fortune sur les pas de laquelle tout un peuple avide se précipite. Jamais il ne rencontra de ces Mécènes qui couvrent d’or des œuvres parfois banales mais que le snobisme exalte démesurément. Pour lui, qu’importe? Sa gloire n’en est pas moindre, car l’œuvre qu’il a laissée se charge d’immortaliser sa mémoire.   

     Peintre, écrivain, poète, Berchère fut tout cela.   

     Écrivain délicat — il l’a prouvé dans une suite de lettres charmantes, dont le style original, les aperçus pittoresques, les appréciations justes avaient su mériter la haute approbation de M. de Lesseps (3). Poète à ses heures, Berchère était un rêveur dans toute l’acception du terme, mais un rêveur qui pouvait, privilège aussi rare que précieux, fixer ses rêves et leur donner un corps. Ce qui l’avait séduit dans l’Orient, ce n’était ni l’éclat brutal des coloris, ni l’ardeur irrésistible du soleil, ni la puissance invincible — presque féroce — de la lumière, dans ce pays où elle ruisselle de partout. Non. Ce qui l’avait charmé surtout, c’était, avec l’harmonie des couleurs se jouant dans la pureté d’une atmosphère idéale, le vague flottant des horizons baignés par de mystérieuses effluves, le charme enivrant de la nuit orientale, la poésie et surtout, oui surtout, la mélancolique majesté des ruines. Voilà pourquoi, plus que tout autre, l’Égypte a été sa terre de prédilection. Littérateur, il a décrit avec l’impartialité de l’historien mais aussi avec l’imagination de l’artiste, cette contrée particulièrement mystérieuse dont la Compagnie du Canal de Suez lui avait à bon escient confié la glorification; poète, il a chanté avec sa palette et son pinceau ses incomparables monuments, ses monstres énigmatiques, ses hypogées troublantes [sic], et c’est incontestablement du royaume mystérieux des Pharaons qu’il a rapporté les impressions les plus saisissantes de sa carrière d’artiste.   

     Poète, il a également chanté son pays natal dans une gamme chromatique étourdissante de dessins et d’aquarelles où la note triste domine toujours, cette note qui souvent tinte comme un glas dans le concert des souvenirs qu’il évoque. Chant du cygne au surplus, puisque la collection que possède notre musée local est la dernière œuvre du grand artiste.   

     Pour louer celle-là, point de critiques fameux, point de littéra[p.148]teurs en renom, point de publications luxueuses: une modeste suite d’articles publiés après la dernière vente dans un journal local: «Le Postillon d’Étampes» de Décembre 1891 à Février 1892.   

     Après avoir rappelé à grands traits dans une première série de numéros les glorieuses étapes de la vie publique de l’artiste étampois, analysé ses principales productions, énuméré ses succès bien gagnés, l’auteur, qui se bornait à recopier le jugement des grands critiques dont je viens de parler, étudie pièce par pièce l’incomparable ensemble légué par l’illustre enfant d’Étampes à sa ville natale. Je ne puis qu’y renvoyer pour faire connaître tout ce qu’a d’intéressant et de précieux pour nous cette collection inestimable que chacun peut admirer dans la salle du musée où le conseil municipal, se conformant au vœu du donateur, l’a fait déposer.   

     D’aucuns nous feront constater que l’œuvre dernière du maître se ressent de sa maladie, de sa fatigue; que ce n’est plus... l’Orient des grands jours. Peut-être! Mais pour quelques touches «vieillies» que de ressouvenirs des jeunes années!   

     Enfermée modestement dans un meuble ad hoc, cette ultime collection se trouve, là où elle est, en bonne compagnie. Elle y voisine notamment avec cette toile impressionnante «Après le simoun, presqu’île du Sinaï» (Arabie) datant de 1864 (4), une nature morte magistralement brossée, la jolie aquarelle provenant du Legs Poisson, un «Café au Caire», un «Campement à Amalachouk» (1862),  une «Vue de Saint-Malo» (1865) etc.. etc..   

     La série d’articles publiés par le Postillon, alors rédigé par M. Émile Penot, neveu de l’artiste, suivait de près la vente qui avait dispersé à Drouot la collection particulière du maître, ensemble qui comprenait quelques jolis dessins, aquarelles et tableaux, notamment de J. L. Brown, Corot, Fromentin et Ziem. Cette vente jetait aussi au feu des enchères une quantité d’études personnelles formant pour ainsi dire le solde de ce que l’artiste avait conservé de la période active de son existence. Croquis originaux, impressions prises sur le vif, notes fugitives fixées à la hâte un beau soir au bord du grand fleuve ou à l’ombre de quelque palmier séculaire, compositions ébauchées... tout cela se pressait dans la grande salle de l’Hôtel transformée en exposition rétrospective, souvenir d’un passé qui allait bientôt tomber dans l’oubli des choses. C’est à cette dernière exhibition que sont venus s’approvisionner largement les fidèles du maître, ses fervents, tout heureux de pouvoir emporter avec eux [p.149] un souvenir de l’illustre concitoyen, de l’ami regretté, de l’artiste préféré. Nombreux sont les salons Étampois fiers d’étaler aux yeux des visiteurs une toile, une aquarelle, une sépia, une mine de plomb revêtues de la signature aimée et portant l’empreinte de ce talent si original. Qu’il soit modeste ou somptueux, chacun est fier de «son Berchère» et cette note toute simple a bien sa valeur dans la biographie de notre concitoyen (5) 
     Le catalogue de la vente faite les 12, 13 et 14 novembre 1891 sous la direction de M. Henri Lechat, commissaire priseur et de MM. J Chaine et Simonson, experts, contient une courte nécrologie résumant fort laconiquement les travaux de l’artiste et relatant avec une brutale concision ses principaux succès. Rien d’inédit, rien de nouveau dans cette notice, dernières fleurs semées par une main amie sur une tombe à peine fermée. Seules quelques notes intimes nous rappellent l’origine du maître.   

     Avec la consciencieuse et substantielle étude de M. Bernard Prost, dont la nécrologie ci-dessus s’est inspirée, avec les articles des grands quotidiens: Soleil, Figaro, Gaulois, Autorité, Gil Blas, Temps, France nouvelle, etc. etc., et ceux de nos feuilles locales: Abeille, Postillon, Réveil d’Étampes, c’est là à ma connaissance ce que l’on peut appeler la «Bibliographie» de Narcisse Berchère. C’est peu, et pourtant ces évocations répétées d’un jugement à la fois envié et redouté, celui de la Gazette des Beaux-Arts dont M. B. Prost s’est fait l’écho fidèle, de ce jugement impartial auquel notre compatriote attachait tant de valeur, peut suffire à sa gloire.   
    
     En dehors de «l’Œuvre» pour ainsi dire officiel du maître,  œuvre dont la critique s’est emparée, il est un à côté, plus modeste, [p.150] mais non moins intéressant pour nous. C’est cette suite de dessins et d’aquarelles que lui ont inspirée la ville et les environs d’Étampes, les souvenirs rapportés de ses voyages et les feuilles détachées de ses carnets de touriste, toutes choses qui n’ont point passé dans le public. Au sein de ces pages intimes, il en est une que je me permets de signaler à l’attention de la Conférence parce qu’elle est encore absolument inédite. C’est un Album de famille où l’artiste a réuni pour une parenté affectionnée des croquis de voyage, des impressions familières, des souvenirs de jeunesse, des pochades exécutées au cours de ses promenades, des maquettes ou des répliques de ses œuvres principales.   

     L’Album en question s’ouvre précisément sur une maquette de l’Éclaireur, cette magistrale composition exposée au salon de 1866: «ralliement des Caravanes à la Halte de Nuit. Ouady-el-Had (Haute-Nubie)» acquisition du Luxembourg. On sait par quels éloges cette toile fut accueillie par l’unanimité des critiques d’art, au salon de 1866 où elle mit en valeur le nom de notre concitoyen (6).   
    
     Quel magnifique frontispice pour cet incomparable «Recueil» où l’artiste a mis quelque chose de sa tendresse familiale et de son amour du sol natal!   

     A sa suite, comme une caravane immense qu’éclaire le Chamelier arabe, se déroulent et défilent tour à tour à nos yeux ravis, une longue théorie de dessins pris à Brunehaut, à Vauvert, à Brières-les-Scellés, au Larry, au cimetière d’Étampes sur la tombe des Florat-Préaux, etc., etc., en un mot, autour de nous. Puis ce sont des croquis rapportés du Canal de Suez, de Thèbes, du Nil; tels Les Colosses de Memnon en plaine de Thèbes pendant l’inondation, avec ses monstres figés dans leur attitude hiératique, l’Étiage du Nil et [p.151] ses hâleurs, Thèbes et ses ruines fantastiques (salon de 1852), Femmes Fellahs au bord du Nil, que sais-je? Toute la série des souvenirs de la grande époque, toutes les ébauches des succès des salons (7). Tout cela se trouve mêlé à des souvenirs de côtes Bretonnes et Normandes, à des vues de Saint-Malo, de Saint-Servan, d’Anelles, d’Arromanches, de Port-en-Bessin, (voyage dont je faisais partie et dont je me souviens), à des dessins pris en Suisse en 1866: à Zurich, Lucerne, Altorff, Constance, ainsi qu’en Allemagne, à Bade et... un peu partout.   
  

Narcisse Berchère: Après le Simoun (1864)
Fig. XIV. — N. BERCHÈRE. Après le Simoun. Presqu’île du Sinaï, en Arabie. Salon de 1864. 
(Gravure extraite d’Étampes pittoresque, par Max. LEGRAND). 

     Après cette randonnée nous revenons à la Juine pour repasser bientôt d’un bond en Égypte où l’auteur nous montre ses Enfants Fellahs chassant les oiseaux, tableau dont l’original fut acquis pour le Musée d’Orléans par le conservateur d’alors, M. Marcille, parent de Berchère. Un feuillet de plus, et voici la terrifiante vision du Simoun, le terrible Kamsin-Abasieh, puis le mirage enchanteur des minarets et des mosquées du Caire... ou d’ailleurs.   

     [p.152] Ces dernières aqua-teintes, ces sépias rehaussées de plume, ces crayons de diverses couleurs avec des mines de plomb où l’on retrouve les Portereaux à côté des vues de Dinan, de Granville, de Saint-Père et même du Mont-Saint-Michel.   

     Souvenirs que tout cela; souvenirs intimes où l’artiste a mis tout son talent et où l’homme, je l’ai dit, a laissé quelque chose de son cœur; souvenirs émotionnants qui restent là comme des témoins muets de sa vie familiale!   

     Telle est la composition de cet Album qui n’était nullement destiné à sortir du cercle étroit de la famille et qu’une pieuse pensée m’a destiné. La modestie de Berchère, son horreur pour toute réclame, son aversion pour la publicité, — sentiments qui l’ont poussé à défendre la reproduction de ses aquarelles Étampoises — m’incitaient à ne pas mettre au jour ce coin ignoré de son œuvre. Avant de le faire j’ai bien hésité; pourtant sa mémoire n’en peut être offensée et je suis sûr que son indulgence pardonnerait aux motifs qui m’ont déterminé. J’ai été heureux, en effet, de faire connaître à des érudits, ce Berchère intime que nous avions appris ici tous à respecter et à aimer, dans l’espoir que connaissant mieux l’artiste, nos voisins s’uniront à nous pour mieux apprécier l’homme privé.   

 
NOTES DE MAXIME LEGRAND
[renumérotées]


     (1) Artistes modernes. Dictionnaire illustré des Beaux-Arts, N. Berchère. Photogravure Goupil et Cie. Libraire d’Art. L. Baschet, éditeur, 125, Boulevard Saint-Germain. Paris 1885.   

     (2) Rue du Caire, Marchands au Caire, etc., ces titres fourmillent dans la nomenclature de ses productions. M. H. Quignon, professeur au lycée de Beauvais, en me rappelant l’exode de ces aquarelles, qui a précédé l’entente cordiale, a bien voulu me signaler en l’accompagnant d’une reproduction photographique une jolie aquarelle qu’il possède et qui est intitulée: «Intérieur d’une cour de marchand au Caire, (0,40X0,27), filiale, évidemment, de la belle toile de 1851. — Parmi les autres sujets qui ont fourni d’abondants motifs: Thèbes, le Simoun, la plaine de Gizeh, le Nil. Nombreuses sont ses Caravanes, et ses Fontaines sont légion. Dans chacune de ces pseudo-répliques on trouve une note spéciale qui leur donne une existence propre et en fait un véritable original.   

     (3) Le Désert de Suez. Cinq mois dans l’Isthme. Paris, Hetzel (1861-1862). Dédié à Eugène Fromentin. [dont nous avons réédité quelques extraits: «Narcisse Berchère: Le Désert de Suez [trois extraits]», in Corpus Étampois, 2002 (B.G.)].  

     (4) Salon de 1861 et Exposition Universelle de 1867. Dessin de l’auteur reproduit dans l’Autographe au salon de 1864. Gravé hors texte au Dictionnaire précité.   

     (5) Nous pouvons citer notamment dans cet ordre d’idées : 1° chez M. O. Lecesne une des plus remarquables compositions de N. BERCHÈRE, Coup de vent sur le Nil après l’inondation. Salon de 1875. (Acquis à la 1re vente du 2 avril 1885. Catalogue dressé par M. Jules Chaine, expert et M. Henri Lechat, comre priseur). Gravé hors texte. Marché au Caire (aquarelle). Vaisseau dans le Port du Havre (id.). 2° chez M. le Dr Pasturaud. Les Pyramides de Gizeh (même vente). 3° chez M. Leproust, Une mosquée au bord du Nil, réplique de l’une de ses compositions les plus fréquentes. 4° chez M. Henri Thomas: Ruines de la Mosquée du Kalife Hakem. Salon de 1869. Vente de 1885. Gravé hors texte au Dictionnaire, etc. etc.   
     Je possède en outre: Étude prise dans la plaine de Gizeh (legs particulier de l’auteur). Chamelier à la Fontaine (aquarelle); Femmes Fellahs, bords du Nil. Réplique du tableau de 1871. (Id. Don de l’auteur). Le Haut Nil à Midi (aquerelle). Le Rhamesseion de Thèbes (id.). Vol de flamants roses (Étude provenant de la vente Barré), Les Falaises à Port-en-Bessin (2 aquarelles), La Terre repose (id.) don de M. G. Manen, Bierville (aquarelle), La maison d’Anne de Pisseleu (dessin). De nombreuses aquarelles et d’intéressants dessins ont été acquis par M. Chéron de Lardy (Le château de Gillevoisin), par M. Amédée Dufaure, M. Falcimaigue, M. Collin, M. Pierret et tout une phalange d’amateurs Étampois.   

     (6) Le Ralliement des Caravanes à la Halte de Nuit, dit M. Maxime Du Camp, est un tableau dont l’ordonnance ne laisse rien à désirer. Il exprime précisément ce qu’il représente avec une probité qui s’impose à l’attention. La caravane a marché tout le jour; le soir est venu, puis la nuit est arrivée rapide et comme empressée de rafraîchir ces pays brûlés du soleil. Des retardataires sont loin encore qui peuvent s’égarer et ne plus entendre le cliquetis des sonnettes suspendues au cou des chameaux conducteurs. Un homme alors, penché sur un dromadaire, la main armée d’une branche enflammée, monte sur une colline. Il appelle vers les quatre points cardinaux en agitant son brandon lumineux. A ce signal qui s’entend et se voit de loin, toute la caravane se rassemble et se groupe autour d’un feu pour y passer la nuit autour d’un feu après avoir fait les ablutions de sable prescrites par le prophète lorsqu’on voyage dans les contrées où il n’y a pas d’eau. L’instant choisi avec discernement, par M. Berchère, est celui où le Kébril, du haut de son dromadaire arrêté, lève le flambeau et pousse le cri de ralliement. Sur le fond obscur de la nuit l’homme et l’étrange animal se détachent en tons plus clairs et forment avec le fond une harmonie sombre qui n’est pas sans grandeur, etc.. Dictionnaire précité, p. 25, 26 et 27.   

     (7) La plupart de ces dessins sont reproduits dans la notice de M. Bernard Prost au Dictionnaire illustré des Beaux-Arts.   
 

     Source: édition numérique en mode image par la BNF de la Conférence des Sociétés savantes de Seine et Oise de 1908. Saisie en mode texte: Bernard Gineste, 2002.
 
 
 Narcisse Berchère dans le Corpus Étampois
  
 
     Narcisse BERCHÈRE, Le Désert de Suez. Cinq mois dans l’Isthme [recueil épistolaire dédié à Eugène Fromentin], Paris, Hetzel, 1863 [dont nous avons réédité quelques extraits: «Narcisse Berchère: Le Désert de Suez [trois extraits]», in Corpus Étampois, http://corpusetampois.com/cle-19-berchere-suez.html, 2002].   

     Maxime LEGRAND, «Narcisse Berchère intime. Notes biographiques et bibliographiques», in Conférence des Sociétés savantes, littéraires et artistiques de Seine et Oise, Compte-rendu de la quatrième réunion [réunion de 1908; 264 p.], Étampes, Flizot [«Conférence des Sociétés savantes, littéraires et artistiques de Seine et Oise»  4], 1909 [édition numérique (en mode image) de la BNF, gallica.bnf.fr (2001), N066434; dont une saisie numérique en mode texte par Bernard Gineste, in Corpus Etampois, http://corpusetampois.com/cpe-19-berchere-legrand, 2002], pp. 143-152.  
   
     Philippe LEJEUNE, «Berchère d’Étampes, Berchère l’Égyptien» [avec un Avant-propos de Clément WINGLER, p. 21], in ARCHIVES MUNICIPALES D'ETAMPES, Le Portail Royal de Notre-Dame d’Étampes, suivi de: Berchère d’Étampes, Berchère l’Égyptien [brochure illustrée, 24 p.], A.M.E., Étampes, 1996, pp. 21-24 [dont une saisie numérique par le Corpus Étampois, http://corpusetampois.com/cae-20-lejeune-berchere.html, 2002].   
   
      Clément WINGLER, «Un homme, une rue: Boulevard Berchère, Centre-Ville» [remaniement du texte de 1996], in Étampes-Infos 556 (13 décembre 2002), p. 5 [dont la présente saisie numérique: «Narcisse Berchère», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois/cpe-19-berchere-wingler, 2002].  

     Bernard GINESTE, «Quelques œuvres de Narcisse Berchère», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cae-19-berchere.html, 2002.  
   
     Bernard GINESTE, «Narcisse Berchère. Bibliographie dynamique», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cbe-berchere.html, 2002. 

 

   
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