CORPUS HISTORIQUE ÉTAMPOIS
 
Léon Terrier
L’école en plein air de Guinette
Abeille d’Étampes du 30 juillet 1927
 
L'école de pleine air de Guinette (juillet 1927)
Entrée de l’école d’aviation militaire d’Etampes (cliché Jolivet)
 
     Merci à Chantal Breton qui a saisi au bénéfice de tous le texte de cet intéressant témoignage sur les innovations pédagogiques d’une institutrice étampoise en 1927, madame Genestie.
Bernard Gineste, mai 2016
 
Léon Terrier 
L’école en plein air de Guinette
Abeille d’Étampes du 30 juillet 1927

Photos Jolivet            
Pour la santé des petits français
L’Ecole en plein air de Guinette


     Vacances! Vacances!
     Comme il sonne joyeusement, ce mot, aux oreilles des écoliers! Vacances! On va pouvoir enfin, tous les jours de la semaine, jouer au grand air, s’emplir les poumons de l’air pur des champs et des bois....
     Vacances!.... La vision de la salle où il faut se tenir sans trop bouger, durant d’interminable heures, s’efface pour faire place à celle, combien plus agréable, de la carrière de sable, du bois ombreux où l’on peut donner libre cours à son exubérance...
     Vacances!... Quel enfant, fût-il le modèle des écoliers studieux, ne sent son cœur bondir de joie en voyant approcher la date!...
     Eh bien, Je connais une cinquantaine de petits diablotins, blonds ou  bruns, filles ou garçons, qui ne sont pas contents, oh! mais pas contents du tout, de voir approcher les vacances. Pour eux, la date du 1er août sera tout le contraire de ce qu’elle sera pour les autres...
     Adieu le sable; adieu, Guinette; adieu la vie au grand air, à l’air pur des bois et des champs.
     Pour beaucoup, ce sera de longues heures d’ennui, dans des chambres plus ou moins claires, plus ou moins saines.
     Je veux parler des cinquante petits écoliers de l’école enfantine de la rue Saint- Antoine, des cinquante bambins à qui leur directrice, Mme Genestie, vient de donner, par une initiative et un dévouement dont on ne la louera et la remerciera jamais assez, deux grands mois de bonheur et provision incalculable de bonne santé.... Des cinquante bambins de l’école en plein air....
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L'école de pleine air de Guinette (juillet 1927)
Une partie de quille au rond-point des Maronniers.
     Depuis longtemps, Mme Genestie s’inquiétait des épidémies infantiles dans son école. Rougeole, coqueluche, scarlatine, toutes les petites misères qui accablent l’enfance. On ne cessait, chez elle, de désinfecter...
     Ayant eu l’occasion de visiter des écoles de plein air, dans la Marne, puis notamment à Rouen, elle pensa que tout son petit monde gagnerai en santé à être, chaque jour, conduit dans les champs, dans les bois. Elle soumit un projet à la Municipalité qui approuva. Un terrain idéal s’offrait: celui du bois de Guinette, propriété de notre distingué maire, M. Marcel Bouilloux-Laffont. L’autorisation d’y installer l’école enfantine fut bien vite donnée! Et au mois de mai, l’expérience commença.
     M. Jousset, notre actif voyer, fit construire rapidement un baraquement spacieux; M. et Mme Léauté s’ingénièrent à le meubler; il y eu bien vite une cuisine complètement installée. Enfin quelques généreuses personnes procurèrent des ressources — 170 francs en espèces et de nombreux dons en nature — à Mme Genestie qui sut les employer à l’achat judicieux de pliants, petites chaises, bibelots rendant plus confortable la vie en plein air.
     Naturellement, les parents des bambins se montrèrent très enthousiastes et s’empressèrent de verser la modique somme de 1 fr 25 qui leur fut demandée pour le repas de midi.
     Mme Genestie, aidée par son adjointe, Mme Lavail et par Mme Porthault, à qui incomba le soin de la cuisine, fit des merveilles.
     Elle organisa la vie quotidienne de son petit monde de façon parfaite. Départ le matin à 9 heures. Déjeuner à 11 heures; goûter à 16 heures; retour à 18 heures. Comme exercice: travaux manuels, jeux, chants. Il y a aussi une séance de repos dans cet endroit exquis qu’est le rond-point des Marronniers...
     Résultat, le 5 juillet, c’est à dire au bout de deux mois, la plupart des enfants avaient gagné 1 kilo en poids, et de 3 à 4 centimètres en taille et en développement de la poitrine. La constatation officielle était faite à la Mairie,  chaque enfant ayant une fiche de santé qui sera remise aux parents.
     Il y a quelques jours, une fillette était atteinte d’une pneumonie très grave; en peu de temps, elle triompha du mal, et le docteur put assurer qu’elle le devait à la robustesse acquise à l’école en plein air.
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L'école de pleine air de Guinette (juillet 1927)
     Nous avons eu le plaisir de visiter l’installation sous la conduite de Mme Genestie. Nous avons vu l’ordre régnant partout; nous avons admiré une propreté qui fait honneur à la cuisinière. Et nous pensons qu’il est intéressant de publier le menu substantiel et sain que la dévouée directrice — une maman pour tous ces petiots — parvient à donner avec les modiques ressources dont elle dispose:
     Lundi, potage au lait, nouilles au gratin, dessert, confitures. — Mardi, bouillon, pomme de terre ou œufs en sauce blanche, jambon, desserts, gâteaux secs. — Mercredi , potage au vermicelle, riz au lait sucré, fromage frais. 
Vendredi, potage à l’oignon passé, purée de pois ou lentilles, pain d’épices. — Samedi, bouillon d’os et légumes, pommes de terre en purée, crème ou figues.
     Il arriva même un jour qu’on donna de la poule au riz!
     Ce fut un succès, bien entendu.
     A régime là, il faut voir les bonnes couleurs roses qui enjolivent toutes les gentilles frimousses! L’enfant ne boude plus, comme trop souvent il le fait, à la maison devant un menu qui n’est pas à sa convenance. Deux heures de plein air constituent le meilleur des stimulants... Et quel appétit encore lorsque à 16 heures, tout ce petit monde se réinstalle à table pour le goûter: bananes, tartines de confitures, tartines de beurre, que les mamans ont glissé au départ, dans le petit panier....
     Maternelle elle aussi, Mme Lavail place devant chacun la tasse d’eau sucrée qui aide à digérer les tartines... des tartines d’une dimension parfois bien grandes pour de si petites bouches!....
     Avec Mme Genestie, nous avons pu constater que, pour parfaite  que soit l’œuvre, il pourrait, il devrait encore y être apporté des améliorations: agrandissement des lavabos, vestiaire, parquetage du baraquement, aménagement pour le repos  du rond-point des Marronniers, acquisition de mobilier, de jouets, etc.
     Il serait également fort intéressant d’organiser pour le retour, un service  d’auto-car; car si l’ascension du matin est un exercice parfaitement sain, la descente, après dix heures de plein air, constitue pour les dames dévouées comme pour les enfants, une réelle fatigue.  Le ministère de la Guerre — en l’espèce l’aviation qui possède de superbes camions — ne pourrait-il venir en aide à l’instruction publique?
     Ne doutons pas, en tous cas, que la Municipalité et les nombreux philanthropes que compte notre ville n’aident l’œuvre de l’école en plein air, qu’il faudrait voir se généraliser aux trois écoles maternelles étampoises.
     Santé, physique d’abord, et ensuite santé morale — car un peu d’idéal pénètre et restera dans l’âme des enfants élevés au contact de la nature — c’est le résultat certain de cette œuvre excellente. Et lorsque la dépopulation supprime chaque année, comme le disait M. Lecuyer, trois villes de l’importance d’Etampes, il est utile au moins de sauver les enfants vivants et conserver au pays des forces vives, des cœurs sains, des intelligences fécondes.
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L'école de pleine air de Guinette (juillet 1927)
Grandes tartines... petites bouches...
     Par ce que nous venons d’écrire; par ce que les photographies de notre ami Jolivet montrent, il est aisé de comprendre que les vacances ne seront pas un attrait pour les enfants en question — dont les parents habitent pour la plupart les rues Basse de la Foulerie, la place Saint Gilles, la rue de la Juiverie.
     Il faudrait organiser une garderie de vacances, nous as expliqué Mme Genestie. Les parents, dont quelques-uns occupent des situations commerciales assez aisées, sont tout prêts à augmenter l’indemnité quotidienne; mais il faudrait tout de même assurer un salaire fixe et justement rémunérateur aux trois dames qui durant un mois nous remplaceraient...
     Le problème consiste donc à trouver trois dames de bonne volonté — dont une institutrice habituée aux enfants et deux femmes de charge — et un petit budget.
     Il ne doit pas y avoir de solution impossible quand il s’agit de préserver la santé des petits français.

L.T.M.
L.T.M. pour Léon Terrier-Mugnier, ce dernier nom étant celui de son épouse (B.G.)
   
L'école de pleine air de Guinette (juillet 1927)
Une partie de quille au rond-point des Maronniers.
Source: l’Abeille d’Étampes du 30 juillet 1927 (saisie de Chantal Breton en 2016)
BIBLIOGRAPHIE

     Léon Terrier, «L’école de plein air de Guinette», in Abeille d’Étampes 116/31 (30 juillet 1927), p. 1.

     Chantal BRETON [éd.], «Léon Terrier: L’école de plein air de Guinette (Abeille d’Étampes, 30 juillet 1927)», in Corpus Étampois, www.corpusetampois.com/che-20-19270730ecoleenpleinairdeguinette.html
, 2016.
 
     CORPUS ÉTAMPOIS, «Histoire de lÉducation au Pays d’Étampes: base de données en construction», in Corpus Étampois, www.corpusetampois.com/cbe-histoiredeleducation.html, depuis 2007.

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