CORPUS HISTORIQUE ÉTAMPOIS
 
L’Illustration 
Grivellerie en gare d’Étampes
4 avril 1846 
 
Pharamond Blanchard: Vue générale d'Etampes en 1846 (gravure pour l'Illustration du 28 mars 1846)  
Vue d’Étampes tirée du numéro précédent de L’Illustration
 
     A l’occasion de l’inauguration de la ligne de chemin de fer de Paris à Tours le 26 mars 1846, le journal L’Illustration avait publié une description de cet itinéraire que nous avons mise en ligne; dans le numéro mis sous presse après l’événement, l’Illustration rend compte d’un événement curieux survenu en gare d’Étampes, qui ne fait pas honneur à la notabilité de cette monarchie de Juillet finissante.
 
L’Illustration VII.162 (samedi 4 avril 1846), pp. 51-62
Inauguration du chemin de fer de Paris à Bordeaux.

PREMIÈRE SECTION, DE PARIS A TOURS
.

[extrait, pp. 65-66]


     Nous tenons notre promesse: nous avons rapporté de Tours un souvenir illustré; le dessin qui accompagne cet article représente la scène principale de cette belle fête à laquelle nous avons eu le bonheur d’assister, et dont nous allons, à notre tour, faire un court récit. Du chemin et de ses merveilles, — châteaux, points de vue, travaux d’art, — il ne nous reste absolument rien à dire. Nous avons déjà tout décrit et tout montré d’avance dans notre précédent numéro. Jeudi dernier l’illustration était, sinon dans toutes les mains, du moins dans tous les wagons. Elle inaugurait dignement son numéro spécial destiné à servir, pendant de nombreuses années, de guide pittoresque à tous les voyageurs qui iront de Paris à Tours. Elle a été récompensée de ses efforts par un succès complet; les éloges qu’elle a recueillis ne lui feront rien perdre de sa modestie passée, ils lui inspireront seulement le désir d’en mériter d’autres, et de se surpasser, si cela lui est possible.

     Dès six heures du matin les abords de la gare du chemin de fer d’Orléans présentaient un aspect inaccoutumé. De tous les points de Paris accouraient des voitures, d’où descendaient avec empressement à l’entrée de l’embarcadère des invités, surpris de se voir à une pareille heure et craignant, non de s’être fait attendre, — les chemins de fer bouleversent tous les rapports et tous les usages sociaux, — mais de n’avoir pas été attendus. Plus de mille cartes avaient été distribuées, et un petit nombre des privilégiés avait résisté, par nécessité ou par indifférence, à la tentation de faire, ce que personne n’avait encore fait en France, un voyage de cent vingt lieues dans un seul jour, en moins de dix-huit heures.

     A sept heures précises, un premier convoi est parti; il emportait plus de cinq cents voyageurs. Une demi-heure après, le second convoi se mettait en route; il était encore plus considérable

     Le trajet de Paris à Orléans s’est effectué en trois heures et demie. Il n’a offert qu’un incident digne d’une mention. Une halte d’un quart d’heure avait été accordée à Etampes. A cette nouvelle, quatre cents personnes environ se sont abattues comme un essaim bruyant de sauterelles affamées dans la salle du restaurateur de la station, C’était un spectacle curieux. Tout ce qui paraissait, je ne dirai pas bon à boire et à manger, mais propre à servir de nourriture ou de boisson dans un cas pressant, a disparu en un clin d’œil.  Nous devons relever un fait odieux, car nous espérons inspirer des remords salutaires à plus d’un honnête pète de famille qui s’est rendu involontairement coupable d’un délit prévu et puni par le code pénal. Quand la cloche a donné le signal du départ, chacun s’est précipité vers son wagon. Oserons-nous l’avouer! des députés, des pairs de France se sauvaient sans même remercier de son hospitalité le restaurateur un peu trop cher dont ils venaient de dévorer le chocolat et le jambon on d’avaler le bordeaux. Ils s’enfuyaient, persuadés peut-être que ce déjeuner anticipé leur était offert par la compagnie... Des réparations sont dues. Nous ne doutons pas que les coupables n’échappent aux remords qu’ils éprouveraient bientôt, et ne réduisent la justice au silence, en réglant promptement les comptes de leur estomac et de leur conscience.


     Tandis que nous déplorions ces incroyables erreurs d’une société choisie, trois excellentes machines nous emportaient au galop dans cette plaine si parfaitement unie de la Beauce où la nature est plus riche que belle; des nuages montaient à l’horizon et commençaient à intercepter les rayons du soleil. Mais le ciel avait perdu sa monotonie avec sa pureté, et ses aspects variés contrastaient heureusement avec le spectacle uniforme présentait la terre.

     A onze heures nous entrions dans la gare d’Orléans, d’où nous repartions à onze heures et demie. Bien que nous eussions pris de nouveaux invités, une seule machine nous conduisait; elle était montée par M. Félix Tourneux, aujourd’hui ingénieur en chef du chemin de fer de Tours à Nantes. M. Woodhouse, l’ingénieur en chef du chemin de fer d’Orléans [p.66] à Bordeaux, s’était chargé de conduire le second convoi, le convoi des princes, qui nous suivait de près. LL. A. R. monseigneur le duc de Nemours et monseigneur le duc de Montpensier avaient passé la nuit à Orléans, où un bal magnifique leur avait offert par la ville. Ils ont été reçus dans la gare d’Orléans par M. le duc de Mouchy, président du chemin de fer d’Orléans à Bordeaux, qui leur a présenté les membres du conseil d’administration: MM. le baron Sarget, Bourlon, Barres, le comte de la Pinsonnière, Teste, le colonel W. de Bathe, Gladstone, Luzarches, Monternaut, Bénat de Saint-Marsy, le baron de Richemont, le vicomte de Cussy. Après cette présentation, les princes sont montés dans le wagon royal, magnifique voiture qui sort des ateliers de M. Gettingue.

     Au moment où le convoi royal sortait de la gare d’Orléans, nous nous arrêtions à Beaugency pour nous approvisionner d’eau. Nous avions déjà franchi presque un quart de la distance qui sépare Orléans de Tours. Etc.


 
 
BIBLIOGRAPHIE PROVISOIRE

Éditions

     ANONYME, «Inauguration du chemin de fer de Paris à Bordeaux», in L’Illustration. Journal universel VII/162 (samedi 4 avril 1846), pp. 65-66 [avec une gravure de Pharamond Blanchard p. 1: «Inauguration du chemin de fer de Paris à Tours. — 26 mars 1816. — Bénédiction des machines, par mons. 1’archevêque de Tours.»].


     Bernard GINESTE [éd.],  
«L’Illustration du 4 avril 1846: Grivellerie en gare d’Étampes (26 mars 1846)», in Corpus Étampois, www.corpusetampois.com/che-19-18460404illustration.html, 2005.

Numéro précédent

     ANONYME, «Chemin de fer de Paris à Bordeaux», in L’Illustration. Journal universel VII/161 (samedi 28 mars 1846), pp. 51-62 [avec 41 gravures de Philémon Blanchard et Adrien Dauzats et 4 cartes], dont une réédition partielle par le Corpus Étampois, www.corpusetampois.com/che-19-18460328illustration.html, 2005 [le texte concernant les environs d’Étampes est pp. 54-55 & les gravures concernant Chamarande et Étampes pp. 53 & 56-57].
 
Toute critique, correction ou contribution sera la bienvenue. Any criticism or contribution welcome.
     Source de l’image: L’Illustration du 4 avril 1846.
 
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