À tire d’ailes
Étampes en 1920
On dit des peuples
heureux qu’ils n’ont pas d’histoire... Nous en déduirons que les habitants
de l’arrondissement d’Étampes connurent, en 1920, le bonheur à
peu près parfait; d’histoires à sensation, politiques ou criminelles,
il n’y eut pas chez eux: villes, villages, hameaux jouirent d’une quiétude
complète; citoyennes, citoyens de droite, du centre ou de gauche,
de la ville ou des champs, vécurent en bonne harmonie...
Mais, du coup, la tâche de fin d’année du
Chroniqueur se trouve singulièrement simplifiée. Que peut
lui rappeler la lecture de son agenda? Rien... ou si peu de choses!
Rayon politique: des élections sénatoriales
se déroulant dans une lassitude manifeste; quelques meetings socialistes
contre la vie chère; de courtes grèves de solidarité
(fonderie Lory, usine du Cadenas, ateliers du P.-O.), enfin, au 1er mai,
pacifique défilé de citoyens pacifistes... Aucun incident
grave; pas une seule fois, les autorités locales n’eurent à
intervenir...
Rayon judiciaire: quelques cambriolages de peu d’importance,
un peu partout; des querelles de poivrots, ici et là; des détournements
de matériaux à Villesauvage; de petits et de gros scandales
de ménage; le pillage de l’église de Lardy; un tamponnement
de chemin de fer à Chamarande; une tentative de meurtre à
Milly; des autos qui éventrent des fûts de pinard; des chiens
qui se promènent sans muselière; des vagabonds qui meurent
sur les routes; quantité de faits divers, en résumé,
nécessitant l’intervention de nos actifs gendarmes, mais ayant leur
dénouement devant notre tribunal correctionnel.
Rayon des fêtes : celui-ci est beaucoup plus chargé;
la plupart des communes érigèrent un Monument à leurs
morts de la Grande Guerre et célébrèrent solennellement
le Cinquantenaire de la République et l’Anniversaire de l’Armistice.
De leur côté, les Sociétés locales sportives,
musicales, de sapeurs-pompiers, de commerçants se réorganisèrent
et offrirent à leur jeunesse bals,
concerts et promenades; nous bénéficiâmes
de joyeuses Sainte-Cécile et Sainte-Barbe; à Milly, à
Maisse, à Étampes, à Angerville, il y eut de belles
manifestations sportives organisées par l’A. S. E., l’U. S. M., les
boys-scoots, les cyclistes; les bons tireurs de la région se donnèrent
rendez-vous aux concours organisés par les «Enfants de Guinette»
et la «Contre-Attaque» de Morigny; grande activité de
la Société colombophile d’Étampes-Morigny; belles manifestations
artistiques et de bon goût organisées sur notre scène
municipale par la Musique d’Étampes, la section théâtrale
de l’A. S. E., la tournée Baret; à La Ferté-Alais,
charmants concerts dus à l’heureuse initiative de l’Union des Commerçants;
à Milly, séances récréatives du Patronage Jeanne-d’Arc
et de l’A. S. M.; à Méréville, gros succès
du Théâtre de Verdure! Partout, enfin, on dansa, ici, au son
d’excellents orchestres symphoniques, là, plus modestement, au son
des pianos mécaniques et des accordéons!...
Ceux qui aiment les voyages purent aller à Nice,
avec la Société «Les Enfants de Guinette», admirer
la «Grande Bleue»; les enfants des écoles d’Étampes,
de Méréville, de Guillerval furent conduits, en patriotique
pèlerinage, à Verdun, à Reims. Ceux qui se contentent
des plaisirs locaux eurent une Saint-Michel des plus animées; et
la Coupe Gordon-Bennett, grande épreuve aéronautique courue
d’Étampes à Orléans, leur procura le plaisir, devenu
fort rare, de voir évoluer des avions au-dessus de leur vieille tour;
enfin, le «clou» de l’année fut sans contredit l’important
Comice agricole et horticole qui amena en notre cité étampoise,
M. Ricard, ministre de l’Agriculture; M. Reibel, sous-secrétaire
d’État à la présidence du Conseil, et la plupart des
représentants du département au Parlement.
Ce Comice agricole et horticole qui transforma les pelouses
de notre Marché-Franc, durant une bonne semaine, en une vaste «ferme
industrielle», synthétise, en quelque sorte, la vie de notre
arrondissement en 1920: année de travail; travail à l’usine,
travail aux champs, travail des organisateurs. Chacun s’efforça,
avec ses petits ou ses grands moyens, de participer à l’œuvre de
relèvement national, en même temps qu’à l’enrichissement,
au développement de sa petite cité; et si tous les efforts
ne furent pas couronnés de succès, c’est que la vie chère,
les difficultés de transport du début de l’année, le
défaut de force motrice — restriction du gaz et innombrables pannes
d’électricité — paralysèrent les bonnes volontés.
À signaler toutefois, deux améliorations d’importance : les
rues d’Étampes sont éclairées la nuit et les ménagères
ne voient plus fuir le gaz quand elles en ont le plus besoin; le C. G. B.
a repris son service quotidien entre Étampes et Milly! — pour quand
la liaison avec La Ferté qui reste regrettablement isolée du
chef-lieu d’arrondissement?...
On travailla individuellement; on travailla aussi en
commun; nos assemblées municipales se trouvèrent aux prises
avec de grosses difficultés; la guerre et la vie chère ont
creusé de véritables gouffres dans les budgets; néanmoins,
les édiles, anciens et nouveaux, furent à la hauteur de
leur tâche et évitèrent d’écraser d’impôts
les contribuables.
Mêmes labeurs soutenus de la part des présidents
et présidentes de Sociétés de secours mutuels et patriotiques:
grâce à leur dévouement, à leur inlassable
activité, les Sociétés des Ouvriers d’Étampes,
de Sainte-Marthe, du «Lendemain», des Vétérans
et Anciens Combattants, des Mutilés, de la Croix-Rouge prospérèrent,
augmentèrent leurs effectifs et leurs ressources, exercèrent
leur bienfaisante action sur les humbles.
Enfin, d’intéressantes et utiles conférences
nous furent données par les hommes actifs et érudits que
groupent la Société d’agriculture et d’horticulture et les
«Amis du Musée».
Et nous aurons terminé cette revue des événements
de l’année achevée en indiquant que M. Viguié, sous-préfet,
nommé à Corbeil, fut remplacé par M. Moine; que M.
Reynaud, commissaire de police, nommé à Aix-les-Bains, fut
remplacé par M Cayen; enfin, que nous eûmes à regretter
la mort de plusieurs de nos concitoyens les plus aimés de nos cités,
notamment Mme Marchand, la centenaire étampoise; M. Laurens, notaire
honoraire à Angerville; M. Froville, huissier à Étampes,
etc...
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L’année 1921 s’annonce sous les meilleurs auspices:
baisse de prix, abondance de toutes choses utiles! Souhaitons qu’elle
tienne ses promesses; qu’elle soit agréable et propice à
nos concitoyens et qu’elle fournisse dans cinquante-deux semaines une
chronique plus abondante et plus heureuse.
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L’Abeille d’Étampes 110/2 (8 janvier 1921), p. 1
(article non signé).
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