CORPUS HISTORIQUE ETAMPOIS
 
 François Gombault, notaire
Contrat d’accensement de deux maisons à Étampes  
20 juillet 1480
     
Contrat d'accensement du 20 juillet 1480
 
     Voici un petit document de la fin du moyen âge étampois. C’est un contrat d’accensement de deux maisons dans l’actuelle rue de la République, passé à la prévôté le 20 juillet 1480. On y trouve quelques renseignements intéressants sur une période assez mal documentée, alors que la ville est encore en pleine reconstruction, vingt-trois ans après la fin de la guerre de Cent Ans.

      La saisie des textes anciens est une tâche fastidieuse et méritoire. Merci de ne pas décourager ceux qui s’y attellent en les pillant sans les citer.
     
Archives municipales d’Étampes, L 1.14. Contrat d’accensement de deux maisons

Introduction
Texte


1. Introduction
 
     On est mal documenté sur l’histoire d’Étampes pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453). A mon avis, c’est que la situation a été tellement catastrophique, surtout vers la fin de cette période, que l’autorité publique n’y jouait pratiquement plus aucun rôle, de sorte que la production d’actes écrits y avait presque disparu. Récemment (1) j’ai  défendu l’hypothèse que dans les toutes dernières années de ce conflit séculaire la ville s’était vidée d’au moins les deux tiers de sa population, sinon des trois quarts.

     L’amplitude de cette catastrophe démographique, l’étendue des dégâts matériels, la dévastation du paysage urbain nous sont révélées surtout indirectement, par quelques documents postérieurs, qui montrent qu’il fallut beaucoup de temps à la ville pour s’en relever. Ces documents sont assez rares, et dispersés dans différents fonds d’archives qui ont eux-mêmes souvent eu des histoires tourmentées.

       Cette modeste pièce-ci semble bien montrer que vingt-trois ans après la fin de cette guerre, on trouve encore des maisons en ruine en plein centre ville.

     (1) A l’occasion d’une conférence, le 17 octobre 2009,  faisant un premier bilan des premières données statistiques qui se dégagent de l’étude des censiers du fief étampois de Longchamp de 1268 à 1511, dont je prépare l’édition générale avec la précieuse assistance de Jean-Marc Warembourg.
1. Histoire du document

     Nous éditons donc ici un contrat d’accensement en date du 20 juillet 1480. Accenser un bien, c’est, pour un seigneur, le donner à fief à un particulier ou à une collectivité qui en aura désormais la jouissance héréditaire, moyennant le versement annuel d’une redevance seigneuriale appelée cens. En l’occurence le seigneur est ici le chapitre de Notre-Dame d’Étampes, qui est possessionné un peu partout en ville, et les preneurs nous sont connus par ailleurs comme un poêlier et un cordonnier.

     Ce contrat rédigé sur parchemin est conservé aujourd’hui aux Archives municipales d’Étampes sous la cote L.1.14, et provient d’un fonds du musée, lui-même d’origine indéterminée. Il porte au verso différentes inscriptions qui sont les traces de son utilisation comme preuve judiciaire au XVIe siècle, contre différentes personnes dont les noms ne sont plus toujours clairement lisibles. Voici l’une d’entre elles (où la lecture des patronymes est légèrement hypothétique): “Tiltre et constitucion de rente de l’œuvre et fabrique de Nostre Dame d’Estampes, contre Jacques Tiponneau mareschal, Loys Hersant et Jehan Tornu”; une autre: “Vedie”; une autre: “Jacques Tiponnea[u], Jehan Tornu et la veuve feu Piere Vedie”. Ce Pierre Védie est probablement un tabellion du même nom qu’un censier des dames de Longchamp nous montre actif à Étampes en 1511.

     Le parchemin porte de plus trois cotes distinctes et successives: au recto, “Vingthuitieme Cotte douze” (avec paraphe); au verso, “Cote 37”, et, sur une étiquette provenant de la collection du Musée, “L.14”. Outre cela, comme en raison de son format il était plié en deux, à un moment indéterminé de son histoire archivistique il a servi de couverture à une liasse et porte par suite cette inscription: “Cinq pieces concernant quelques rentes deues à l’œuvre”.

     C’est,
comme l’a noté une main postérieure en haut à gauche du recto  d’une pièce originale en date du “20 juillet 1480”. Elle a été rédigée et signée à la prévoté, à l’époque du prévôt Jean Laurent, par François Gombault, substitut du tabellion Pierre Fontaine, alors absent. Le garde du sceau, Étienne Lepiat, y a porté comme d’usage le sceau aux contrats, mais il ne reste plus aujourd’hui que la fente du parchemin par où passait le lacs auquel il était appendu.
Signature de François Gombault en date du 20 juillet 1480
Signature de François Gombault
     Il s’agit donc sans nul doute d’une épave de l’important chartrier de Notre-Dame d’Étampes, aujourd’hui presque totalement disparu. Ces archives avaient été confisquées au chapitre de Notre-Dame lors de la Révolution française. Mais, lors de la Restauration, après 1815, elles furent malheureusement récupérées par le clergé local, pour lequel elles ne représentaient plus en réalité aucune utilité pratique. Dès lors, elles furent livrées à l’abandon, et dispersées ou détruites dans des circonstances indéterminées. En 1905, lorsque les biens de l’église catholique furent à nouveau confisqués, le fonds récupéré par les autorités publiques s’élevait à peu de choses (2).  Il serait d’ailleurs nécessaire de faire un bilan de ce qui reste ici et là de cet ensemble documentaire capital pour l’histoire de la ville d’Étampes.

     (2) On en sauva heureusement une pièce majeure, à savoir un cartulaire de la fin du XVe siècle où avait été recopiées de nombreuses pièces anciennes, depuis lors conservé aux Archives départementales de Seine-et-Oise, à Versailles, et aujourd’hui à celles de l’Essonne, à Chamarande. Certaines pièces plus récentes ont été conservées par les autorités ecclésiastiques et se trouvent aujourd’hui aux archives diocésaines d’Évry.
2. Objet de ce contrat

     Quoi qu’il en soit, ce contrat d’accensement concerne un pâté de maisons de l’actuelle rue de la République, du côté des numéros impairs, entre les actuelles rues Baugin et du Ronneau. A l’époque qui nous occupe, cette section de la rue de la République s’appelait la rue de la Cordonnerie, nom du reste qu’elle a conservé jusqu’en 1935. Aujourd’hui, ce pâté de maisons comprend quatre unités d’habitation qui correspondent aux numéros 27 à 33; cinq si l’on y ajoute le pignon du numéro 20 de la rue Baugin.

     Il ressort des termes de notre document que peu avant 1480 cet espace était réparti en deux lots seulement. Le premier était accensé à la famille Serveau. Il touchait à la rue Baugin, et à la rue de la République, mais aussi à celle du Ronneau, enserrant donc par côté et par derrière le deuxième de ces lots, qui faisait pour sa part l’angle des rue de la République et du Ronneau.

     Que se passe-t-il donc en 1480 pour ce deuxième lot? Au premier abord, les choses ne sont pas très claires. Tout d’abord, le contrat dont nous éditons ici le texte
donne obligation aux deux preneurs d’édifier l’un de ces bâtiments, à savoir une masure, qui est pourtant présentée tout d’abord comme préexistante? Comment faut-il l’entendre? Par ailleurs il accense deux bâtiments bien distincts, à savoir une maison et ladite masure, sans que soit que soit précisé aucun lien spécial entre ces preneurs; or il n’est question que d’un seul cens, et l’obligation qu’on vient de mentionner repose explicitement sur chacun de ces deux tenanciers, de sorte que le lot semble bien donné en indivision.


3. Mise en contexte

     Ces deux obscurités sont levées par d’autres documents de la même époque.

      Il s’agit d’une part d’un autre contrat d’accensement, passé deux ans plus tôt par les chanoines, et dont le texte nous a été conservé par une copie contenue dans le cartulaire des chanoines. Relatif à certaines masures qu’il possèdent à Guibeville, près d’Arpajon, il mentionne pareillement que le preneur promet d’y faire bâtir une maison habitable, à raison de quoi on lui consent un rabais de 50% pour une période de six ans, à la condition que le lot retrouve ainsi sa valeur théorique (3).
     Les choses sont donc plus claires sur ce point: il s’agit bien de reconstruire, dans les deux cas, des bâtiments pour l’heure inhabitables. Le contrat dont nous éditons ici le texte nous met donc bien en présence d’une bâtisse misérable qui dépare le centre ville, vingt-trois ans encore après la fin de la guerre de Cent Ans.
     La ville est en train de se repeupler, comme le reste du bailliage, mais on n’est alors probablement à Étampes qu’à la moitié du chemin, comme on le voit aussi par les censiers de Longchamp pour l’an 1482, qui ne comptent que 17 censitaires en 1457, 82 en 1482, et 130 en 1498.

     (3) Cartulaire de Notre-Dame, éd. Alliot 1888, n°LXXXI, pp. 93-94: lequel de sa bonne volonté sans aucune contrainte recongnut et confessa avoir prins, accepté et retenu à touzjours [...] de vénérables et discrètes personnes Messigneurs les chantre et chappitre Notre-Dame d’Estampes [...] unes masures et appartenances dicelles [...]; et aultre a promis et sera tenu le dit preneur de bastir ou faire bastir sur le dit héritage une maison à demourer selon sa faculté, dedans ung an prochain venant, et tellement tenir, soubtenir et maintenir les dits héritages que le dit cens y soyt et puisse dorénavant estre prins et perceu chacun an, sans auchun déchet ou diminution, par les dits chantre et chappitre, et leurs successeurs en la dite esglise [...].
     Le deuxième point d’obscurité est en partie levé par un document postérieur de vingt ans, à savoir le censier de Notre-Dame pour l’an 1500. Nous le connaissons par une copie qui en fut faite en 1519 par la prévôté, aujourd’hui conservée aux Archives Nationales, et que je m’apprête à éditer en ligne (4).
     En 1500, ce même pâté de maison est clairement divisé en trois lots. Celui de la veuve et des héritiers de Simonnet Servau est passé à son probable fils Ambroise Serveau, sergent.
     L’autre est désormais clairement divisé en deux. La maison du milieu est tenue par Lyon Boivin, toujours vivant, mais désormais mentionné avec son fils Jean; nous apprenons alors que tous deux sont cordonniers, ce qui n’est pas très étonnant dans cette rue de la Cordonnerie (qui s’appelle aussi en 1500, alternativement, rue de la Savaterie).
     La maison qui fait l’angle de la rue du Ronneau est accensée pour sa part à la veuve et aux héritiers d’Hervy Sauvaige;  nous apprenons au passage qu’il était en son vivant poêlier, c’est-à-dire qu’il faisait commerce de tous les ustensiles de terre, de tôle ou de fer-blanc qui servent à chauffer ou à éclairer.  Cependant la maison est désormais habitée par un certain Jehan Touchard, boucher, soit qu’il s’agisse de son gendre, ou bien d’un simple locataire.
     Le montant du cens dû par ces deux nouveaux lots n’est pas précisé, mais il serait très étonnant et inhabituel qu’il ait été modifié: il a dû seulement être divisé entre les deux tenanciers au prorata de la valeur de leur s lots respectifs.

    (4) Censier de Notre-Dame pour 1500, éd. Gineste, n°76, n°77 et n°78: Ambroise Serveau, sergent de monsieur le conte d’Estampes, demourant en sa maison près l’Ostel Dieu Nostre Dame d’Estampes, tenant d’une part à Lyon Bonnyn cordonnier, aboutissant d’un bout à la rue de la Cordonnerie. [...] Lyon Bonnyn et Jehan Bonnyn son filz, cordonniers demourant en leur maison assise en la rue de la Cordonnerie, tenant d’une part à la vefve e[t] hoirs Hervy Sauvages, poillier, aboutissant d’un bout à ladite rue de la Cordonnerie. [...] La vefve et hoirs feu Hervy Sauvaige, poillier, où demeure à present Jehan Touchard boucher, tenant icelle maison d’une part à Lyon Bonnin, d’autre part à la rue du Ronneau, aboutissant d’un bout à la dicte rue de la Savaterie.




4. Prosopographie administrative

     Notre document contribue aussi modestement à compléter notre connaissance de la série des officiers du bailliage en cette fin du XVe siècle.

     1) Le prévôt. En ce 20 juillet 1480, le prévôt est déjà Jean Laurent, qui jusqu’alors n’était signalé comme tel que depuis le 27 février 1481 (5); il tiendra ce poste au moins jusqu’en 1497 (6).

     (5) Paul Dupieux, Les Institutions royales au pays d’Étampes, 1931, p. 91, note 1, alléguant des pièces d’archives du Loiret depuis détruite en 1940.
     (6) Pierre Plisson, Rapsodie, éd. Forteau in Annales du Gâtinais (1909), p. 246.
     2) Le tabellion de la ville et du comté d’Étampes est à la même date un certain Pierre Fontaine, qui jusqu’à présent à ma connaissance n’était pas encore signalé, en tout cas ni par Paul Dupieux, ni par moi-même.
     Ce renseignement est bien embarrassant, car il vient compliquer une situation embrouillée que nous avions déjà du mal à cerner.


     a) Le 20 novembre 1473, Louis XI avait nommé à vie à la fois greffier et tabellion Hervé de la Coste (7). Nous le voyons encore clairement en fonction de tabellion le 19 août 1478, avec pour substitut Oudinet Lemort (8).
     Cependant le comté d’Étampes avait donné à Jean de Foix par des lettres patentes d’avril 1478 enregistrées le 27 mai de la même année. Celui-ci voulut bientôt donner la charge de tabellion de la ville et du comté  à sa guise et en dépouilla Hervé de la Coste, qui lui intenta un procès devant le prévôt, puis le bailli. La procédure arriva en appel devant le parlement de Paris le 28 juillet 1486 (9). Il apparaît que ces procédures furent vaines. En 1486, Hervé de la Coste mentionne comme ses adversaires, outre le comte d’Étampes:
Louis Beloncle, Jehan le Tellier et Pierre D[o]dier, interessez et defendeurs à la dite provision (9). Ces trois personnages semblent donc s’être succédés dans la charge de tabellion entre 1478 et 1486. Toutefois ces données ne concordent pas avec celles que nous avons pu jusqu’ici glaner par ailleurs.

     (7) Lettres patentes enregistrées au Parlement le 7 mai 1474 (Archives nationales, Registre du Parlement, X.1a 1486, fol. 165r°, cité par Dupieux, Les Institutions royales, p. 95, note 2).

     (8) Cartulaire de Notre-Dame, éd. Alliot, n°LXXXI, p.92: par devant Oudinet Lemort, clerc substitut juré et commis pour et en l’absence de Hervy de la Coste, tabellion d’iceluy lieu.

     (9) D’après une pièce éditée par Dupieux, Institutions, pp. 243-244, pièce justificative n°IV. Je corrige en Dodier le nom de l’un de ces tabellions visiblement altéré en Didier soit par Dupieux ou l’auteur de la copie qu’il a éditée.
     b) Louis Beloncle est mentionné le 1er mai 1479 comme “tabellion à Estampes” (10); il ne paraît plus l’être en 1482 où il est cité seulement comme  procureur des dames de Longchamp à Étampes (11); il est encore cité comme notaire juré le 31 mars 1488 (12) et il est mort avant 1498 (13).
     c) Pierre Fontaine, d’après le texte du contrat que nous éditons ici, est tabellion le 20 juillet 1480 avec pour substitut François Gombault.
     d) Oudin de Monnerville est signalé tabellion le 25 juillet 1484, sans qu’on connaisse son substitut (
14), et à nouveau le 18 août 1485 (15).
    e) Jean Letellier est documenté comme tabellion le 8 mars 1490, avec pour substitut François Gombault
(16); mais l’on voit qu’il l’a déjà été nécessairement avant le 28 juillet 1486, où Hervé de la Coste le cite parmi ses rivaux qui ont usurpé cette charge.
     f) Pierre Dodier, de même, pareillement cité par Hervé de la Coste, n’est pas encore documenté à ma connaissance comme tabellion, mais il est mentionné en 1500 comme encore vivant et tenant une maison dans la censive des chanoines de Notre-Dame. En 1519, ce sont sont probablement ses fils qui sont respectivement tabellion et substitut du tabellion, Martin et Saincton Dodier (
17). Il est donc à peu près certain qu’il a bien été tabellion à un moment difficile à déterminer entre 1480 et 1486.

     L’apparition de ce tabellion jusqu’ici inconnu complique donc bien une situation déjà embrouillée.
     Il apparaît par là que, entre le
19 août 1478 et le 28 juillet 1486, soit en huit ans, cinq tabellions au moins se sont succédés à Étampes, ce qui suppose une durée moyenne d’exercice inférieure à deux ans.
     Dans l’état actuel de notre documentation, il semble donc bien que cette charge était affermé chaque année par le comte au plus offrant, et que, par suite, on pouvait l’exercer plusieurs fois, comme ce fut apparemment le cas de Jean Letellier, tabellion au moins une fois avant ou en 1486, puis en 1490.

     (10) AD91 E. 3896. Acte servant de couverture au censier de Longchamp pour 1482.
     (11) Ibid.
     (12) Inventaire de 1532, f°112v° (signalé par Jean-Marc Warembourg)
     (13) Censier de Longchamp pour 1498, éd. Gineste, n°14, 19, 82, 90, 93, 112, 125.
     (14) Cartulaire de Notre-Dame, éd. Alliot, n°LXXVII, p. 84.
     (15) Inventaire de 1532, f°113v° (signalé par Jean-MarcWarembourg)
     (16) AD91 E. 3895. Acte ayant servi de couverture au censier de Longchamp pour 1498.
     (17) Censier de Notre-Dame pour 1500, copie de 1519, éd. Gineste, n°0 et n°42.

     3) Le substitut du tabellion absent est alors un prêtre, Louis Gombault. C’est clairement un Étampois.
     A la génération précédente en effet, on trouve parmi les censitaires du fief de Foresta à Étampes, en 1457, une “Jehanne, vefve de feu Jehan Gombault” (16), et, en 1500 encore, parmi les censitaires de Notre-Dame, un  “Jehan Gombault, pour sa maison que faict le coing, assise au carrefour de Darnatal, tenant d’une part à Jehan Paris, aboutissant audict carrefour” (17). Il est probable que Jean Gombault I a eu pour fils aîné Jean Gombault II, héritiers de ses biens dans la paroisse de Notre-Dame, et pour fils cadet notre François Gombault prêtre, qui fit office de substitut pour les tabellions que nomma Jean de Foix, comte d’Étampes de 1478 à 1500.

     (16) Censier de Longchamp pour 1457, éd. Gineste, n°9 et n°12.

      (17) Censier de Notre-Dame pour 1500, éd. Gineste n°177.
     En effet il est encore  mentionné le 8 mars 1490  comme substitut de Jean Letellier, à l’occasion d’un acte qui nous a été conservé par hasard, servant de couverture au censier de Longchamp pour l’an 1498 (18).
     (18) AD91 E. 3895.
     4) Le garde du sceau de la prévôté est en ce même 20 juillet 1480 un certain Étienne Lepiat, qui nous était déjà connu dans cette fonction le 19 août 1478 (19).
     (19) Cartulaire de Notre-Dame, édition Alliot, n° LXXXI, p. 95.
     5) Un sergent de la prévôté nous était déjà connu, Ambroise Serveau, cité comme sergent dès 1484 par une pièce du cartulaire de Notre-Dame (20), et comme tenant cette même maison en 1500 (4). Nous apprenons ici qu’il la tenait de son père Simonet Serveau, décédé avant 1480.
     (20) Cartulaire de Notre-Dame, édition Alliot, n° LXXXI, p. 95.

5. Sur deux familles étampoises

     Enfin notre document jette un jour intéressant sur la vie de la paroisse et surtout du chapitre de Notre-Dame, qui paraît complètement investi par les fils cadets des notables de la paroisse. Nous voyons en effet que les proviseurs et marguilliers de la paroisse se font représenter d’une part par l’un des chanoines, Jean Delaporte, et d’autre part par un bourgeois du lieu, Jean Baudequin l’aîné.

     1) Or nous savons par le censier de 1500 que la famille Delaporte tenait une maison toute proche par derrière de l’église Notre-Dame, près de la rue Mauconseil (21)

     2) Quant à la famille Baudequin, elle habitait devant la porte même de l’église, du côté des halles, une maison que la veuve et les héritiers de Jean Baudequin l’aîné tiennent encore en 1500 (22). En 1482 puis 1498 sont signalées sur les franges de la censive de Longchamp, près du chantier d’Antioche, du côté de Villeneuve, des vignes appartenant à un Jean Baudequin qui doit être notre homme, ou son fils aîné (23). Dès l’année suivant notre contrat, à la mort du chantre Jean Olivier survenue le 2 décembre 1481, les chanoines, en l’absence de Jean de Foix, s’empressérent d’élire à sa place Simon Baudequin, probable fils de Jean Baudequin l’aîné, malgré la fureur du comte qui voulait donner cette charge à l’un de ses hommes, et qui n’y renonça qu’après des années de vaines procédures (24).
     
     Si l’on ajoute à cela que ce Simon Brodequin, une foix chantre, ne craignit en 1484 de tenir tête à l’archevêque de Sens (25), et qu’un Macé Baudequin fut plus un peu plus tard, en 1516, l’un des tout premiers échevins élus d’Etampes (25), nous avons dans l’histoire de cette famille un tableau saisissant de l’ascension de la bourgeoisie étampoise. Dès 1481 elle ne craint pas de résister frontalement à l’autorité comtale, ni en 1484 à l’autorité diocésaine. Bientôt elle triomphera également de la résistance des officiers royaux en obtenant de la reine, puis du Parlement de Paris, le droit de se constituer en véritable municipalité.
     (21) Censier de Notre-Dame pour 1500, éd. Gineste n°95: “Simon de la Porte, pour sa maison assise en ladicte rue de cul de sac pres le puis de Malconseil, tenant d’une part audict Boysquemin, aboutissant à la rue de cul de sac”. On trouve dès 1323 un “Jehan de la Porte” à Étampes censitaire des dames de Longchamp (éd. Gineste n°131).


     (22) Censier de Notre-Dame pour 1500, éd. Gineste n°95: “Jacquecte vefve et hoirs feu Jehan Baudequin l’aisné, demourans en leur maison assise devant la porte de l’eglise Nostre Dame du costé de vers les Halles, tenant d’une part aux hoirs feu Barthelemy Massue, aboutissant sur le puis ou carrefour de ladicte eglise”.

     (23Censier de Longchamp pour 1482, éd. Gineste, n°40; Censier de Longchamp pour 1498, éd. Gineste, n°56, n°81 et n°98.

     (24) Basile Fleureau, Antiquitez d’Estampes, p. 352.

     (25
Cartulaire de Notre-Dame, éd. Alliot, n°LXXVII.

     (26) Basile Fleureau, Antiquitez d’Estampes, p. 216.
*
*     *

     Ainsi donc, si modeste soit cette pièce d’archives, on ne peut que se féliciter qu’elle ait échappé au naufrage du chartrier de Notre-Dame d’Étampes. Il faut espérer qu’on en trouvera encore ça et là quelques autres qui nous permettront, par recoupement, de nous faire une idée toujours plus précise de cette période aussi mal documentée que passionnante.


     
Secteur concerné sur un plan des environs de 1815 (Archives municipales d'Etampes)
Secteur concerné sur un plan des environs de 1815 (Archives municipales d’Étampes)

Introduction
Texte

2. Texte
 
     A tous ceulx qui ces presentes lectres verront, Jehan Laurens (1), escuier, prevost d’Estampes, salut.
Pour les justifications et références de ces notes, voyez notre Introduction.
     (1) Première mention à ma connaissance de ce prévôt.
     Savoir faisons que par devant Françoys Gombault (2) prebstre substitut juré pour et en l’absence de Pierre Fontaine (3) tabellion de la ville et conté du dict Estampes, vindrent et furent presens en leurs personnes Hervy Sauvaige (4) et Lyon Bonnyn (5), marchans demourans en la parroisse Nostre Dame d’Estampes, lesquelx et chacun d’eulx recongnurent et confesserent sans aucune contraincte avoir prins et retenu à tiltre de rente annuelle et perpetuelle à tousjours et sans rappel de venerable et discrects les chantre (6) et chappitre de l’eglise collegial Nostre Dame d’Estampes et des proviseurs et marregliers (7) d’icelle eglise et fabricque, ce acceptant par venerable et discrecte personne messire Jehan de la Porte (8) prebstre chanoine et honnorable homme Jehan Baudequin l’esné (9) à present proviseurs de la dicte eglise pour et au prouffit de l’euvre et fabricque (10) d’icelle ou temps advenir,
     (2) Première mention connue. Encore cité dans cette fonction 8 mars 1490.
     (3) Successeur de Louis Beloncle mentionné comme tabellion  le 1er mai 1479, et prédécesseur de Jehan Letellier cité tabellion le 8 mars 1490.
     (4) Poêlier, décédé avant 1500.
     (5) Cordonnier encore actif dans cette maison avec son fils Jean en 1500.
     (6) Cette dignité, la plus haute du chapitre, est alors tenue depuis au moins 1466
par Jean Olivier, qui mourra le 2 décembre 1481.
     (7) Proviseurs et marguilliers sont les administrateurs des biens temporels de la paroisse.
     (8) La famille Delaporte semble habiter du côté de la rue Mauconseil, derrière la collégiale0
     (9) Habitant lui-même devant la porte de l’église, il paraît être le père d’un chanoine, Simon Baudequin, qui va être élu chantre l’année suivante, en l’absence et contre la volonté du comte, abbé laïc, qui voulait donner ce poste à l’un de ses hommes.
     (10) L’Œuvre, ou  fabrique, c’est personne morale et raison sociale de la paroisse.
     c’est assavoir une maison contenant une ferme entre deux quignons (11) avec une masure et ung petit jardin, le lieu ainsi qu’il se poursuit et comporte, assis en la rue de la Cordonnerie (12) du dict Estampes en la dicte parroisse Nostre Dame, tenant d’une part au pavé de la dicte rue, d’autre part à la veufve et heritiers feu Symonnet Serveau (13), aboutissant d’un bout aus dicts veufve et heritiers, et d’autre bout à la ruelle par laquelle on va au Ronneau (14);

     ceste presente prinse faicte moyennant et parmy la somme de quatre livres tournois de rente annuelle et perpetuelle à tousjours, que pour ce les dicts Sauvaige et Lion preneurs et chacun d’eulx par soy et pour le tout en ont promis, promectent et seront tenuz d’en rendre et paier par eulx, leurs hoirs et ceulx qui de eulx aurons cause ou temps advenir, aus dicts proviseurs ou leurs successeurs au prouffit de la dicte euvre et fabricque doresenavant par chacun an à deux termes esgaulx, c’est assavoir Pasques et saint Remy (15) chacun par moictié, premier terme et paiement commencent au jour et feste de Pasques prochain venant, le second au jour de saint Remy prouchain venans après ensuivent et ainsi en continuant d’an en an et de terme en terme à tousjours,

     (11) Une ferme est en termes de charpenterie un “assemblage de pièces sur lesquelles posent d’autres pièces qui portent un comble”. Il s’agit donc évidemment d’une maison à colombage. Je n’ai pas trouvé d’explication pour le mot quignon qui semble devoir êre compris au sens de “pignon”; un quignon, étymologiquement coignon, est un morceau en forme de coin, spécialement de pain, d’où peut-être une confusion locale de ces deux mots, par analogie.
     (12) C’est le haut de la rue de la République, à partir de Notre-Dame jusqu’à Saint-Basile.
     (13) Parmi ces héritiers, Ambroise Serveau, cité comme sergent en 1484, et comme tenant cette même maison en 1500.
     (14) Aujourd’hui encore dénommée rue du Ronneau.




     (15) Date traditionnelle de versement du cens, le 1er octobre, alors que les tenanciers avaient pu vendre le produit de leurs moissons et de leurs vendanges.
     et si ont promis et seront tenuz les dicts preneurs et l’un pour pour le tout ediffier la dicte masure de bon ediffice et convenable selon le dict lieu (16) et icelle ediffice ensemble la dicte maison et tout le dict lieu et heritaige tenir, entretenir et soutenir en  en bon estat et valleur, tellement que la dicte rente de quatre livres tournois y puisse à tousjours estre prinse, receue et perceue par chacun an sans aucun dechiet ou diminucion,
     (16) Il apparaît ici que l’état de cette masure délabrée n’était plus tolérable à quelques pas de la collégiale Notre-Dame, dans ce qui était en train de devenir le quartier le plus huppé de la ville en reconstruction.
     si comme tout ce les dicts Sauvaige et Lyon disoient, et dont ils furent et se tindrent pour contents par devant et en la main du dict juré et laquel ilz promisdrent, par la foy et serment de leurs corps pour ce baillée corporellement, tenir, entretenir et avoir pour agreable tout le contenu de ses presentes et soubz l’obligacion de tous leurs biens et de chacun d’eulx par soy et pour le tout, et de leurs hers, meubles et immeubles, presens et advenir, tenir, entretenir, enterigner, acomplir, garder et avoir pour agreable, ferme et estable à tousjours ceste presente prinse et tout le contenu de ces presentes avecques ce la dicte rente de quatre livres tournois rendre et paier la dicte rente de quatre livres tournois rendre et paier chacun an par la maniere dessus dicte sans jamais contrevenir,  sur peine de rendre et paier touts coust, coustz, fraiz, misez, interest, dommaiges et despens qui fais seroient en ce pourchassent, dont ilz voudrent la porteur de ces presentes estre cru par son simple serment sans autre preuve faire, renonçans quant ad ce les dicts preneurs à toutes choses à ces lectres contraires.

     En tesmoing de ce nous, Estienne Lepiat (17), licencié en loix, garde du scel de la dicte prevosté, à la rellacion du dict juré, avons mis à ces lectres le dict scel. Donné le vingtiesme jour de juillet l’an mil CCCC et quatre vingts.


[Signé:] F. Gombault [paraphe]

     (17) Déjà cité dans ces fonctions le 19 août 1478.

Signature de François Gombault en date du 20 juillet 1480
     
Introduction
Texte

Source: Le document original ici transcrit pour la première fois par Bernard Gineste, septembre 2010.
BIBLIOGRAPHIE PROVISOIRE

Éditions

     François GOMBAULT (substitut du tabellion de la ville et comté d’Étampes), Contrat d’accensement [parchemin signé et autrefois scellé du sceau aux contrats de la prévôté d’Étampes], 20 juillet 1480, aujourd’hui conservé aux archives municipales d’Étampes sous la cote L.1.14.

     Bernard GINESTE [éd.], «François Gombault, notaire: Contrat d’accensement de deux maison à Étampes (20 juillet 1480) », in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/ che-15-14800720contrat.html, 2010.


Étampes au XVe siècle

     Corpus Médiéval Étampois: XVe siècle (liste des documents et études mis en ligne sur le moyen âge étampois sur le présent site du Corpus Étampois)


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