CORPUS HISTORIQUE ÉTAMPOIS
 
Jeanne de Châtillon
Lettre à Edouard Ier d’Angleterre
Étampes, 5 août 1278

Sceau de Jeanne de Châtillon (1271, © Sigillum)
Obole de Jeanne de Châtillon (Blois, 1279-1297, © cgb)
Statue d'Edouard Ier à Yorkminster
Sceau de Jeanne (1271)
Obole de Jeanne (Blois, 1279-1292) (© CGB)
  Édouard Ier (York Minster)
 
     Début août 1278, Jeanne de Châtillon, épouse de Pierre d’Alençon, cinquième fils de saint Louis, est de passage à Étampes. Étampes est le fief de sa belle-mère, la reine-mère Marguerite de Provence. Avec une autre grand dame du royaume, Jeanne de Dammartin, veuve du roi de Castille, et Marguerite elle-même, elle s’entremet auprès du roi d’Angleterre pour qu’il excuse le nouvel archevêque de Rouen Guillaume de Flavacourt et le dispense d’aller personnellement lui rendre hommage en Angleterre.
B.G., 2005
   
LETTRE DE JEANNE DE CHÂTILLON
Vendredi 5 août 1278
édition d’Adam Clarke (1816), saisie par The Anglo-Norman Online Hub (2005)


Obole de Jeanne de Châtillon (Blois, 1279-1297, © cgb)  
Obole de Jeanne de Châtillon (Blois, 1279-1292) (© CGB)

A.D.1278
Vendredi 5 août 1278
traduction provisoire par B.G.
1. A treshaut & tresnoble prince, son tres chier & tres ame cousin E’ par la grace de DIEU, Roy de Angleterre, Johanne, contesse d’Alencon & de Chartres, salut & veraie amour, & lue aparailliee à sa volente, & à son pleisir.
Au très haut et très noble prince son très cher et très aimé cousin Édouard par la grâce de Dieu roi d’Angleterrre, Jeanne, comtesse d’Alençon et de Chartres, salut et sincère affection, toute disposée à lui obéir et à lui plaire.
2. Sire, come honeurable pere en JESU CRIST, Guill’ par la grace de DIEU, arcevesque de Roen, nostre especiel ami vous doie feire homage, & il redoute mout la nier, & meesmement pur ce qu’il est mout grevez & travaillez du tous voyage, que il a fet par lonc tens, & à Rome & a ailleurs; pur quoy il ne puet mie aler à vous en propre persone, sanz grant peril de son cors;
Sire, comme le révérend père en Jésus Christ Guillaume par la grâce de Dieu archevêque de Rouen, notre ami particulier, doit vous rendre hommage, il se garde bien de s’y refuser; pour autant, vu qu’il est épuisé et très fatigué de tout le voyage qu’il a fait, fort longtemps, tant à Rome qu’ailleurs, il ne peut se rendre auprès de vous en personne sans mettre en péril sa santé.
3. Et seur se j’entens que madame la Reine vous prie per ses lettres, qe vous li vueillez feire tel grace, que vous le devant dit homage vueilliez receivoir per son procureeur especiel, en tel maniere, qe si tost com li diz arcevesque, nostre ame, saura que vous soies es partes de France, ou es parties de Gascoigne, où que ce soit, il soie prez & apareilliez de vous feire homage en propre persone si come il devra: A ce sujet j’apprends que Madame la reine vous prie par sa lettre de bien vouloir lui accorder la grâce de bien vouloir recevoir le dit hommage par le biais d’un procureur particulier, étant précisé que le dit archevêque, qui nous est cher, sitôt qu’il saura que vous serez quelque part en France ou en Gascogne, où que ce soit, il est tout disposé et prêt à vous rendre hommage en personne comme ce sera son devoir.
4. Si vous pri, sire, tant com je puis, que vous la priere ma dame vueilliez accomplir & mettre a euvre en ceste besoigne; & tant en feites, s’il vous plest, pur l’amour de lui & de moi, que nous vous en puissiens mercier & savoir grace, & que il aperceive que noz preres li aient valu envers vous. C’est pourquoi je vous prie, Sire, autant qu’il est en mon pouvoir, de bien vouloir accéder à la demande de Madame et de lui donner effet en cette affaire; et faites tant et si bien, s’il vous plaît, pour l’amour de lui et de moi, que nous puissions vous en remercier et vous en être reconnaissants, et qu’il se rende compte que nos prières ont eu de l’effet auprès de vous.
5. Nostre Sire vous gart. Que Notre Seigneur vous protège.
6. Donné à Estampes le Vendredi apres le saint Pere entrant Aoust. Donné à Étampes le vendredi suivant la fête de saint Pierre qui ouvre le mois d’août.
7. Ad eundem effectum ad Regem prædictum mittuntur litteræ à Margareta Reginæ Franciæ. Dans le même but, au susdit roi, est envoyée une lettre de la reine de France Marguerite.
8. Dat. apud Stampas die Jovis post inventionem beati Stephani.
Donnée à Étampes le jeudi après la fête de la découverte des reliques de saint Étienne.


NOTES

Sceau de Jeanne de Châtillon (1271, © Sigillum) 1. comtesse d’Alençon et de Chartres. Jeanne, fille de Jean de Châtillon, est comtesse d’Alençon de par son mariage en 1272 avec Pierre d’Alençon, cinquième fils de saint Louis et et de Marguerite de Provence. Elle a en outre reçu en dot dès 1263 le comté de Chartres (qu’elle revendra pour règler ses dettes en 1286 à son neveu Phillipe IV le Bel); elle n’héritera du duché de Blois que l’année suivante, en 1279, à la mort de son frère Jean.

Statue d'Edouard Ier à Yorkminster 1. son cousin. Au sens large. Tous les grands d’Europe sont alors apparentés, et notamment la famille royale d’Angleterre et celle de France, à laquelle Jeanne est alliée. Elle est belle-fille de saint Louis IX par son mariage avec Pierre de France, belle-sœur de Philippe III, tante de Philippe IV le Bel, et nièce de Charles d’Anjou.

2. Guillaume de Flavacourt. Flavacourt se trouve dans le Vexin français, à quelques kilomètres au nord-est de Gaillon. Notre Guillaume de Flavacourt, en latin Guillelmus de Flavacurte, ou de Flavacuria, fut dabord un simple chanoine de la cathédrale de Rouen. Eudes Rigaud, archevêque de Rouen de 1247 à 1275, mourut à Gaillon le 2 juillet 1275, mais son poste resta curieusement vacant jusqu’au 22 mai 1278, date à laquelle lui succéda enfin notre Guillaume de Flavacourt, jusqu’à sa mort survenue le  6 avril 1306.  Il ne faut pas surtout pas le confondre avec avec un autre Guillaume de Flavacourt, dit Guillaume II de Flavacourt, qui fut également archevêque de Rouen de 1356 à 1359, après avoir été évêque de Viviers de 1319 à 1322, puis évêque d’Auch et gouverneur du Languedoc de 1325 à 1356: cétait sans doute lun de ses neveux.

2. vous doie feire homage. Édouard Ier n’est pourtant pas duc de Normandie. Cette province a été reprise à son grand-père Jean-sans-Terre par Philippe Auguste en 1203. Son père Henri III bien avait tenté de récupérer ces territoires, mais il a été battu à Taillebourg et à Saintes par saint Louis en 1242. Au traité de Paris en 1259, il a même renoncé officiellement au titre du duc de Normandie. C’est seulement à partir de 1346 que les Anglais reprendront pied en Normandie. Sceau de Marguerite de Provence (1294) Il s’agit donc ici vraisemblablement des nombreuses seigneuries et autres bien temporels que l’archevêché de Rouen détenait outre-Manche depuis la conquête de l’Angleterre par les Normands en 1066, et c’est certainement à ce titre que l’archevêque de Rouen devait dès son investiture rendre hommage au roi d’Angleterre, théoriquement en Angleterre même, comme le reconnaît ici sans difficulté Jeanne de Châtillon, belle-sœur de Philippe III.
 
3. Madame la Reine. Il s’agit ici vraisemblablement de la lettre de Jeanne de Dammartin, veuve du roi de Castille et de Léon Ferdinand III, que nous reprenons ci-dessous en Annexe. 

6. Le saint Pere entrant Aoust. Il s’agit de la fête de Saint-Pierre-aux-Liens, le 1er août, qui tombait un mardi en 1278. L’acte est donc du vendredi 5 août 1278.

7. Marguerite de Provence, veuve de saint Louis depuis 1270, est baronne douairière d’Étampes depuis lors. La différence de date entre les deux actes semble indiquer que Marguerite est arrivée à Étampes seulement dans l’intervalle, et que larchevêque de Rouen a vraisemblablement passé à Étampes tout le mois daoût.

8. L’invention de saint Étienne. Cette fête, le 30 août, tombait un lundi en 1278. L’acte est donc du jeudi 1er septembre 1278.

Jeton de Guillaume de Flavacourt évêque d'Auch
Jeton de Guillaume II de Flavacourt, probablement un neveu du nôtre (© CGB)


Toute observation relative à ces traductions ou aux notes qui les accpmpagnent sera la bienvenue. B.G.
ANNEXE
LETTRE DE JEANNE DE DAMMARTIN
veuve de Ferdinand III de Castille

sans indication de date ni de lieu
édition d’Adam Clarke (1816), saisie par The Anglo-Norman Online Hub (2005)


Obole d'Abbeville (1271-1279)
Obole frappée à Abbeville par Jean de Nesle époux de Jeanne de Dammartin, vers 1271-1279

A.D.1278
Vendredi 5 août 1278
traduction provisoire par B.G.
1. A treshaut homme, & tresnoble, & son treschier filz Eduart, par la grace de DIEU, Roy d’Engleterre, &c. Jehane, par la meisme chele grace, Roine de Castele & de Lyon, contesse de Ponter, &c. saluz, & bone amour. Au très haut et très noble prince et son très cher fils Édouard par la grâce de Dieu roi d’Angleterrre, etc., Jeanne, par cette même grâce reine de Castille et de Léon, comtesse de Ponthieu, etc, salut et pleine affection.
2. Biaus fiez, comme je vous eusse autre foiz proie, par mes lettres de la bosoigne le archevesque de Roen, d’endroit l’omage q’uil vous doit fare, ke vous son homage vaussissies rechevour par procureur, duskes a chou qe vous passeries la mer, pour chou q’uil est greves de la voie de Rome, la ou il a molt en a faire; Et me sires vous en prie par ses lettres, je vous pri en tant come je puis, ke vous le proiere mon seigneur, & le nostre vuellies faire, se vous faire le poes en nule maniere, s’eu [?en?] faites tant qe il se puist apercheuoir que mes prieres li aient en aucune chose pourfice, & q’uil nous en puist merchier.

Beau-fils, comme je vous ai déjà prié une fois par ma lettre au sujet de l’affaire de l’affaire de l’archevêque de Rouen, quant à l’hommage qu’il doit vous rendre, que vous vouliez bien recevoir son hommage par le biais d’un procureur spécial, jusqu’au moment où vous franchirez la mer, vu qu’il est épuisé par son voyage à Rome, où il a beaucoup d’affaires en cours, Monseigneur aussi vous en prie par sa lettre. Je vous prie autant qu’il est mon pouvoir de bien vouloir accéder à la prière de Monseigneur et à la nôtre. Si vous ne pouvez l’accorder en aucune manière, faites en sorte qu’il puisse se rendre compte que mes prières lui aient été de quelque profit, et qu’il puisse nous en remercier.
3.  DIEUX soit avec vous. Que Dieu soit avec vous.

  NOTES

     1. Jeanne... reine de Castille et de Léon. Cette Jeanne, comtesse de Dammartin et de Montreuil, qui devait mourir l’année suivante, en 1279, à Abbeville dans son fief de Ponthieu, était la fille de Simon II comte de Dammartin et de Marie de Ponthieu. Elle avait épousé en 1237 Ferdinand III Castille et de Léon (1201-1252), alors veuf de Béatrice de Souabe, et qui sera canonisé en 1671. Veuve en 1252, elle s’était remariée à Jean de Nesle en mai 1260, qui tint le duché de Ponthieu jusqu’à la mort de sa femme à Abbeville comme le montre la monnaie ci-dessous qui porte en légende:  «IOh COMES PONTI» et «ABB(AT)IS / VILLE», c’est-à-dire «Jean comte de Ponthieu» et  «à Abbeville».
     Alphonse X, depuis sur le trône de Castille, n’est pas son fils, mais c’est bien l’une de ses filles, Éléonore de Castille (1244-1290) qu’avait épousée Henri Ier dAngleterre.

     2. Beau-fils. Henri Ier Plantagenêt avait épousé en 1254 Éléonore de Castille (1244-1290)fille de Ferdinand III et de Jeanne de Dammartin, dite aussi Éléonore de Ponthieu parce qu’elle lui avait apporté ce fief en dot. Henri n’en prit toutefois possession qu’à la mort de Jeanne de Dammartin en 1279, qui en jouit jusqualors en compagnie de son deuxième époux Jean de Ponthieu, auprès duquel elle mourut à Abbeville un an après avoir écrit cette lettre.

Obole d'Abbeville frappée par Jean de Ponthieu, fils de Jeanne de Dammartin (1271-1279)
Obole frappée à Abbeville par Jean de Nesle époux de Jeanne de Dammartin, vers 1271-1279

Toute observation relative à ces traductions ou aux notes qui les accpmpagnent sera la bienvenue. B.G.
B.G.
COMMENTAIRE
ÉTAMPES, Q.G. DU PARTI ANGLOPHILE EN 1278 ?

       En France Philippe III le Hardi règne depuis la mort de son père saint Louis en 1270. Depuis 1271 il a hérité de son oncle Alphonse de Poitiers le comté de Toulouse, le Poitou et l’Auvergne, qu’il incorpore au domaine royal, comme il le fera à la mort de son frère Pierre en 1283 pour le Perche et le comté d’Alençon, et pour les comtés de Nemours et de Chartres, achetés en 1274 et 1286 (ce dernier à notre Jeanne de Châtillon, sa belle-sœur). Son règne est donc marqué par une nette extension du domaine royal, largement préparée sous le règne précédent de saint Louis (1).

     Cependant on est encore très loin de la monarchie absolue et le roi ne paraît pas tout à fait libre de ses mouvements dans le royaume ni même au sein de sa propre cour, divisée en deux partis. Marie de Brabant sa nouvelle épouse depuis 1274, réussit en cette même année 1278 à obtenir la tête de Pierre de la Broce (ou de la Brosse), ancien chirurgien et valet de chambre de Louis IX que ses seuls mérites avaient porté au faîte des honneurs. La nouvelle reine favorise le parti angevin, où se fait remarquer surtout Charles d’Anjou, tandis que la reine-mère, Marguerite de Provence, penche plutôt du côté des Anglais.

Philippe III le Hardi
       Édouard Ier Plantagenêt (1239-1307) est sur le trône d’Angleterre depuis 1272, mais il est en fait au pouvoir depuis 1265. Il contrôle en France la partie littorale de la Gascogne, mais non plus la Normandie, qui a été arrachée en 1203 par Philippe Auguste à son grand-père Jean-sans-Terre. C’est seulement à partir de 1346 que les Anglais reprendront pied en Normandie.

       Son père Henri III bien avait tenté de récupérer en France les territoires reconquis par Philippe Auguste, mais il a été battu à Taillebourg et à Saintes par saint Louis en 1242. Au traité de Paris en 1259, il a même renoncé officiellement au titre du duc de Normandie.

     On peut donc se demander à quel titre l’archevêque de Rouen doit à cette date hommage au roi d’Angleterre, comme le reconnaît ici sans difficulté Jeanne de Châtillon. Il est probable que l’archevêché de Rouen détenait outre-Manche plusieurs seigneuries et autres biens temporels dont il avait été doté à différentes époques depuis la conquête de l’Angleterre par les Normands en 1066, et que c’est à ce titre que l’archevêque de Rouen devait dès son investiture rendre hommage au roi d’Angleterre, théoriquement en Angleterre même.

Statue d'Edouard Ier à Yorkminster
       C’est dans ce contexte que Guillaume de Flavacourt devient archevêque de Rouen, le 22 mai 1278, presque trois ans après la mort de son prédécesseur Eudes Rigaud, mort à Gaillon le le 2 juillet 1275. Sur la raison de cette longue vacance du siège archiépiscopal de Rouen, comme du voyage de Guillaume de Flavacourt à Rome «et ailleurs», comme le dit Jeanne de Châtillon, nous ne savons rien à l’heure qu’il est et nous espérons à ce sujet des éclaircissements d’internautes érudits, spécialement rouennais.

     Toujours est-il que, soit fatigue réelle, ou raison de prudence, ce prélat cherche des appuis à la cour de France pour l’excuser auprès du roi d’Angleterre de ne pas se rendre auprès de lui pour lui rendre l’hommage féodal qu’il est théoriquement obligé de lui rendre personnellement en Angleterre.

      Il semble avoir obtenu en ce sens une lettre du roi lui-même, Philippe III le Hardi, si c’est bien ce que veut dire Jeanne de Dammartin. En tout cas il sollicite aussi des lettres de recommandations de hautes princesses du parti anglophile, dont le quartier général semble avoir été Étampes, au moins en cette année 1278. Il obtient d’abord une lettre de Jeanne de Dammartin, veuve de Ferdinand III de Castille et belle-mère de Henri III. C’est habile, car le roi d’Angleterre est son gendre, et il sait qu’à sa mort le comté de Ponthieu lui reviendra. Elle mourra de fait l
année suivante.

     L’archevêque sollicite encore une lettre de Jeanne de Châtillon, comtesse de Chartres et d’Alençon et belle-
sœur de Philippe III le Hardi. Cette lettre est rédigée à Étampes le 5 août 1278. Puis encore une autre de la reine-mère Marguerite de Provence, parvenue semble-t-il à son tour à Étampes entre-temps, puisque c’est seulement le 1er septembre qu’elle rédige pour sa part la lettre demandée, encore à Étampes, qui fait partie de son douaire depuis la mort de saint Louis en 1270.

     La présence du roi lui-même est également attesté peu après à Étampes en 1278 puisqu’il y donne en novembre des lettres patentes qui autorisent la reine-mère à faire une donation aux religieuses de Villiers, document cité par Dom Fleureau dans ses Antiquités d’Estampes, page 138.

     Ces documents attestent de l’importance que conserve au treizième siècle la ville d’Étampes dans le domaine royal. Jeanne de Châtillon, il est vrai, en tant que comtesse de Chartres, est là en visite de voisinage, et Marguerite de Provence est chez elle. Mais le roi lui-même y arrive ensuite. Tout ce beau monde est sans doute hébergé dans le Palais dit du Séjour, où se trouve actuellement le Palais de Justice, rue Saint-Antoine, et qui conserve encore alors ses quatre tourelles, dont Basile Fleureau nous a conservé le souvenir.

     On peut de plus se représenter le luxe dans lequel vivaient sur le pays ces grands du royaume de passage à Étampes, par le témoignage de Jeanne de Châtillon elle-même sur son lit de mort, pour citer Marie-Pierre Dion:
«Elle évoque fréquemment durant son agonie la vie luxueuse qui fut la sienne auparavant, parlant par exemple des sergents-fourriers qui préparaient à l’avance ses déplacements, précaution qui lui est refusée au moment de cet ultime voyage (folio 41).»


Bernard Gineste
Sceau de Jean de Nesle, futur époux de Jeanne de Dammartin (1243)


     (1) Mme Hennie Claude, spécialiste de la période qui a publié une biographie de Robert III d’Artois, 1287-1342, Robert III d’Artois, l’homme sali (Paris, La Bruyère, 2007), nous communique les observations suivantes, jointes à des éloges bien agréables pour ce modeste travail:
     «Le Hardi avait une liberté que certains rois suivants n’ont pas eue, mais il a hérité d’un Royaume en plein marasme, puisque le règne de son père a alterné entre une rigueur quasi-religieuse et le plus grand désordre.
     
«Par exemple, depuis le traité de Paris signé avec Henri III, Louis IX n’était pas retourné sur les terres continentales du roi d’Angleterre.
     
«Philippe III a donc fait au mieux et au plus vite. Malheureusement, ses 15 années de règne n’ont pas suffi à asseoir ses réformes et les transformer en coutumes (dans le sens traditions).
     
«On sait ensuite ce que Philippe IV le Bel a fait du pouvoir.» (courriel du 18 juin 2008).


 




Toute correction, correction ou contribution seront les bienvenues. Any criticism or contribution welcome.
Source des textes: texte de l’édition d’Adam Clarke de 1816, d’après la saisie de The Anglo-Norman Online Hub, en ligne en 2005.
BIBLIOGRAPHIE PROVISOIRE
  
Éditions

     Note sur le recueil de textes diplomatiques appelé Foedera. Nommé historiographe du roi en 1692, Thomas Rymer (1641-1713) commença en 1693 à éditer un ouvrage réunissant tous les documents publics témoignant des relations entre l’Angleterre et les autres nations de 1101 à 1654. S’inspirant pour la méthode du Codex juris gentium diplomaticus de Leibniz, cet ouvrage en quinze volumes in-folio parut de 1704 à 1714 et fut augmenté de cinq derniers volumes jusqu’en 1735 par Robert Sanderson.
     Rapin publia des résumés de son contenu qui furent publiés en anglais sous le titre Acta Regia en 1726-1727.
     Une deuxième édition en 17 volumes en fut donnée à Londres (chez Tonson) par George Holmes de 1727 à 1729.
     Un troisième édition en dix volumes parut à La Haye de 1739 à 1745.
     Une nouvelle édition, qui passe pour la meilleure, bien que très incomplète puisqu’elle ne couvre que les années 1069 à 1383, parut à Londres de 1819 à 1833 (En fait cependant le 4e volume, imprimé dès 1833, ne fut publié qu’en 1869). C’est le docteur Adam Clarke qui avait été chargé de remonter jusqu’au moment de la conquête de l’Angleterre par les Normands, assisté par Frederick Holbrook, puis John Caley.
     Notre lettre écrite par Jeanne de Châtillon à Étampes en 1278 est publiée à la page 561 du premier volume, publié par Clarke en 1816.
     De 1869 à 1885, T. D. Hardy a publié à Londres (chez HMSO) un Syllabus of Documents in Rymer’s ‘Foedera’ en trois volumes.
     Tout récemment une équipe supervisée par David Trotter a entrepris de numériser et de mettre en ligne ceux de ces textes qui sont rédigés en français, d’après la dernière et meilleure édition des Foedera, sur le site The Anglo-Norman Online Hub, originellement consacré à la refonte du Dictionnaire anglo-norman que dirige David Trotter.
     C’est le texte numérisé par cette équipe que nous reprenons dans la présente page.

     Thomas RYMER (1641-1713), Robert SANDERSON, Adam CLARKE (?1760-1832), Frederick HOLBROOKE (†1850) & John CALEY, Foedera. Conventiones, literæ, et cujuscunque generis acta publica, inter reges Angliæ et alios quosvis imperatores, reges, pontifices, principes, vel communitates, ab ingressu Guilemi I in Angliam ... ad nostra usque tempora, habita aut tractata, edited by Thomas Rymer & Robert Sanderson. Additions and corrections by Adam Clarke and Frederick Holbrooke [
«Traités. Conventions, lettres et actes publics de tous genres entre les rois dAngleterre tous les autres empereurs, rois, pontifes, princes ou collectivités, depuis lentrée de Guillaume Ier en Angleterre... jusquà notre époque, édités par Thomas Rymer et Robert Sanderson. Avec des additions et corrections opérées par Adam Clarke et Frederick Holbrooke»; 4 volumes, 1816-1869 (t.1: AD 1256-1307 (introduction de XII p.); t.2:Volume 2: AD 1307-1343; t.3: AD 1344-1377; t.4: AD 1377-1383)], London [Londres], Record Commissioners, London.

     David TROTTER (project director),  Andrew ROTHWELL (project digitisation supervisor), Siân PILBOROUGH, Russell KNEATH & Michael BEDDOW (XML markup) [éd.], «Foedera, etc.: A.D.1278», in ID., The Anglo-norman Online Hub, http://www.anglo-norman.net/xslt/texts/foedera1.xml, en ligne en 2005.

     Bernard GINESTE [éd.], «Jeanne de Châtillon: Lettre d’Étampes à Édouard Ier Plantagenêt (1278)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-13-1278jeannedechatillon-edouard1er.html, 2005.

Sceau de Jeanne de Châtillon (1271, © Sigillum) Sur Jeanne de Châtillon

     Brigitte BEDOS-REZAK, «About the Cover: An Image from a Medieval Woman’s World: The Seal of Jeanne de Chatillon, Countess of Alencon (1271)», in Contance BERMAN [éd.], The Worlds of Medieval Women: Creativity, Influence, Imagination, Morgantown, West Virginia University Press, 1985, pp. ?-?.

Obole de Jeanne de Châtillon (Blois, 1279-1297, © cgb)       CGB (Compagnie Générale des Banques), «Blésois – Comté de Blois – Jeanne de Châtillon (1279-1292)», in ID., cgb.fr, monnaieshttp://www.cgb.fr/monnaies/vso/v22/fr/monnaies514f.html, en ligne en 2005.

      Henri PLATELLE, «Les Regrets de la comtesse Jeanne d’Alençon (morte en 1292), belle-fille de saint Louis. Un nouveau manuscrit; une nouvelle version; un modèle religieux», in Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France (1990), pp. ?-?.

     Marie-Pierre DION, «les Regrets de la comtesse Jeanne de Blois» [description du manuscrit 1202 de la Bibliothèque Municipale de Valenciennes], in ANNEAU CULTUREL DE VALENCIENNES, Les Manuscrits de la Bibliothèque, http://www-01.valenciennes.fr/bib/accueil/manus1202.asp, en ligne en 2005.

     Extrait: «En dépit de leur titre, ces Regrés ne relèvent pas du genre de la «plainte funèbre» mais contiennent la relation précise et minutieuse de la maladie qui emporta en six jours Jeanne de Châtillon, comtesse de Blois et d’Alençon (1253? - Blois, 29 janvier 1292). Riche de détails concrets mais néanmoins stylisé et dramatisé, ce journal est aussi un texte édifiant, un «miroir» présentant à travers une mort exemplaire un modèle de mort chrétienne.
     «Descendante de Gautier d’Avesnes d’où lui viennent de riches terres dans le nord, Jeanne de Châtillon était une haute princesse, belle-fille de saint Louis par son mariage avec Pierre de France, belle-sœur de Philippe III, tante de Philippe le Bel et nièce de Charles d’Anjou. Elle évoque fréquemment durant son agonie la vie luxueuse qui fut la sienne auparavant, parlant par exemple des sergents-fourriers qui préparaient à l’avance ses déplacements, précaution qui lui est refusée au moment de cet ultime voyage (folio 41).»


Obole d'Abbeville frappée par Jean de Ponthieu, fils de Jeanne de Dammartin (1271-1279) Sur Jeanne de Dammartin

     CGB (Compagnie Générale des Banques), «Picardie – Comté de Ponthieu – Jean de Nesle et Jeanne de Ponthieu (1251-1279)», in ID., cgb.fr, monnaies, http://www.cgb.fr/monnaies/vso/v22/gb/monnaiesgbda53.html, en ligne en 2005.

Sur Guillaume I de Flavacourt (le nôtre)

     L. GRAVES, Précis statistique sur le canton du Coudray-Saint-Germer, arrondissement de Beauvais (Oise) [in-8°; 128 p.; carte], sans mention d’éditeur, ni de date [avant 1894], p. 48 [cité par MARGRY 1894].


     Extrait: «La petite commune de Flavacourt, située dans le pays de Thelle, à l’extrémité du département de l’Oise, a été le théâtre de grands événements pendant les guerres livrées dans le Vexin français entre les rois de France et les ducs de Normandie, et plus tard lors de la lutte qui, pendant plusieurs siècles, s’engagea entre la France et l’Angleterre. Elle commandait le plateau qui s’étend entre Chaumont, Gisors, Gournay et Beauvais, et les ruines de son château témoignent de l’importance qu’elle avait à cette époque.»

     Markus SCHLICHT, « Pour la plus grande gloire de l’archevêque: l’architecture de la cathédrale de Rouen sous Guillaume de Flavacourt (1278-1306)», in Revue de l’Art 138 (2002/IV), pp. 5-18.


Sur Guillaume II de Flavacourt (sans doute son neveu)

     Am. MARGRY & Eugène MÜLLER (1834-1918) [éd.], Fragment d’un compte des recettes du domaine du roi dans le bailliage de Senlis de l’année 1332, par MM. Margry et l’abbé E. Müller [32 p.; extrait du Bulletin du Comité archéologique de Senlis], Senlis, E. Dufresne, 1894 [dont une réédition numérique en mode image, 1995, sur son site Gallica, http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-67340, en ligne en 2005], pp. 17-18.


     Extrait: «Rachata et Releveya. — De homagio quod fecit domino Regi Robinetus de Abbecourt, scutifer, de XXX libris terre ad partes quas habet in et supra maioria de calido monte in welcassino de dono Guillelmi de flavacurte avunculi sui, sibi facto: pro rachato dicte terre, pro toto, [p.18] XXXI. (Iste XXXI. capiuntur super Regem, inter partes tornatas huius computi, per litteras Regis de dono [Mention écrite au-dessus de texte, en interligne]).»
 
Jeton de Guillaume de Flavacourt évêque d'Auch      Nicolas-Joseph-Jules ROUYER (1820-1898), «?» [sur un jeton de compte de Guillaume de Flavacourt], in Revue Numismatique, 1884, p. 324.

     CGB (Compagnie Générale des Banques), «Jeton de compte, Guillaume de Flavacourt archevêque d’Auch puis de Rouen», in ID., cgb.fr, monnaies, http://www.cgb.fr/monnaies/jetons/j20/fr/monnaiesad98.html?depart=157&nbfic=1000, en ligne en 2005.

    ARCHIVES MUNICIPALES DE TOULOUSE, «AA45/28 : Mandement de Guillaume de Flavacourt, archevêque d’Auch, lieutenant du roi en Languedoc, aux capitouls de Toulouse: Toulouse, 23 novembre 1349» & «AA45/8 (ref: AA45/11): Lettres patentes de Guillaume de Flavacourt, archevêque d’Auch et Pierre de La Palu, capitaines et lieutenants, du roi de France en Languedoc; Agen, 17 octobre 1340», in Archives Municipales de Toulouse [site officiel], http://www.archives.mairie-toulouse.fr/fonds/inventaire/articles/AA45/aa45_028.htm & http://www.archives.mairie-toulouse.fr/fonds/inventaire/articles/AA45/aa45_008.htm, en ligne en 2005.

Varia. Sur un clerc rouennais d’origine étampoise au 13e siècle

     Bernard GINESTE, «Polyptyque et obituaire de Rouen: Jean d’Étampes, chantre à Rouen et curé d’Harcanville, vers 1244», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cls-13-1244jeandetampesarouen.html, 2004.



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