CORPUS HISTORIQUE ÉTAMPOIS
 
 
Édouard Charton
L’hiver 1709
1854-1875
 
   
Le secours du potage  
Le secours du potage, à Paris, pendant la famine de 1709.
Dessin de Sellier, d’après une estampe du dix-huitième siècle.
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     Nous rendons hommage ici à Édouard Charton en réunissant trois articles de son Magasin pittoresque consacrés au terrible hiver de 1709, dans l’un desquels il parle à deux reprises d’Étampes, où l’on trouvait quatre cents pauvres, et aux alentours de laquelle périrent de froid peut-être trente voyageurs sur la route. 
 
LA MISÈRE DE 1709.
Le Magasin pittoresque 22 (1854), pp. 170-172.
 

     Nous extrayons les détails qui suivent d’un placard imprimé à Paris, par les soins d’un comité de charité, sous le titre de Nouvel advis important sur les misères du temps.

Détails de la famine et des misères publiques
de l’Orléanais et du Blésois.


     «Le P. recteur du collège des jésuites d’Orléans, qui a la charité d’aller à deux et trois lieues aux villages d’alentour pour instruire les pauvres, écrit depuis peu qu’en cette ville-là quantité de dames, par un rare exemple, sans se rebuter ni de la longueur des chemins, ni du mauvais temps, ni de la puanteur des pauvres, vont elles-mêmes à six et huit lieues faire de leurs propres mains les potages et en distribuent d’ordinaire un fort grand nombre; mais que si la main de Dieu n’y est employée, et s’il ne vient de plus grand secours, il faut que le tiers de ces peuples-là périsse, et qu’il est impossible de les voir sans pleurer de compassion.

     De Romorantin, du 18 avril, on mande qu’outre mille pauvres qui y sont déjà morts de misère, il s’y en trouve encore près de deux mille autres qui languissent et qui sont aux abois, la plupart n’ayant rien que leur métier, dont il ne travaille plus, personne ne les occupant. Que M. de Fortia, intendant de la province, y étant allé lui-même pour voir ce qui en était, sait par sa propre expérience à quelle extrémité est réduite cette pauvre ville, où la plupart sont comme désespérés, et dont il y en a même qui se déchirent, qui se donnent des coups de couteau et qui se tuent, et dont on a fait le procès de crainte des suites.

     «Un vertueux ecclésiastique, qui a voulu être témoin oculaire de ce qu’on disait, écrit de Blois, du 5 mai, qu’il a trouvé, en passant par Étampes et par Angerville, quatre cents pauvres; que la forêt d’Orléans en est pleine; qu’à Orléans même il se trouva accablé de plus de deux mille, que les portes de son hôtellerie furent enfoncées, les murailles escaladées, quelques-uns blessés, pour avoir quelque morceau de pain qu’il faisait distribuer; qu’à la Chalerie il fut investi de plus de deux cents, à à Meun de plus de cinq cents, lesquels étaient tous languissants, comme à l’agonie, et à Beaugency de même; qu’à Blois il en trouva un dans la rue qui tirait la langue d’un demi-pied de long et qui expirait de faim; qu’à Onzain il prêcha à quatre ou cinq cents squelettes, des gens qui, ne mangeant plus que des chardons crus, des limaces, des charognes et autres ordures, sont plus semblables à des morts qu’à des vivants; que la misère passe tout ce que l’on en écrit, et que sans un prompt remède il faut qu’il meure dans cette province seule vingt mille pauvres.»

Du pays chartrain et du Vendômois.

     «Sans parler d’Illiers et des environs de Chartres, où il est déjà mort plus de trois cents personnes de faim, du Vendômois, on écrit de Montoire, du mois d’avril, qu’outre les extrémités qu’on souffre là comme ailleurs, le désespoir a rendu le brigandage si commun que personne ne s’en croit à couvert; que depuis peu huit hommes ont massacré une femme pour avoir un pain qu’elle portait, et qu’un homme, pour défendre le sien, en a tué un autre qui venait le lui prendre, et que, sur les grands chemins, il y a des gens masqué qui volent; qu’il est commun dan tout ce pays-là de faire du pain de la fougère toute seule, concassée, ou avec la septième partie de son, et de potage avec le gui des arbres et des orties.

     «Un ecclésiastique d’une paroisse de Paris écrit en ces termes, du 10 mai:
     «J’ai parcouru depuis trois semaines la Beauce, le Blésois [p.171] la Touraine, le Chartrain et le Vendômois. Dans la plupart des villes et villages, on y meurt à tas, on les enterre trois à trois, quatre à quatre, et ion les trouve morts ou mourants dans les jardins et sur les chemins. Entrant aujourd’hui à Vendôme, j’ai été assiégé par cinq ou six cents pauvres, qui ont les visages cousus et livides, les viandes horribles dont il se nourrissent produisant sur leurs visages un limon qui les défigure étrangement. Dans les faubourgs de cette ville, on voit des gens couchés par terre qui expirent sur le pavé, n’ayant pas même de la paille pour mettre sous leur tête, ni un morceau de pain.»


Du Gâtinais.

     «On écrit de Montargis, du 16 avril, par attestations de premiers magistrats et des ecclésiastiques, que le nombre ordinaire des pauvres, tant de ceux qui y accourent du voisinage que de la ville, est de plus de deux mille depuis plusieurs mois; qu’on ne peut fournir aux sépultures des morts; que plus de soixante villages alentour sont réduits à la même extrémité, et que, sans les charités du dehors, il faut que tout meure.
    
     «Et de Bléneau, dès le mois de mars, on mandait que les habitants étaient si languissants qu’on n’en pouvait raisonnablement attendre que la mort; que sept malades étaient morts de faim en une même maison en huit jours; que les femmes voyaient mourir leurs enfants à la mamelle, sans avoir ni pain ni lait à leur donner.

     «Et du 17 mai, que, dans la paroisse de Bouzy, proche Lorris, une femme, désespérée de la faim, tua deux de ses petits enfant et ensuite s’étrangla elle-même.»


Du Berry.

     «Outre ce que les relations précédentes en ont dit, et outre toutes les misères qu’ils souffrent là comme ailleurs, il suffit d’ajouter, du 7 avril, qu’à Bardieu,de deux mille communiants, il n’y a jour qu’il n’en meure cinq ou six de seule nécessité; qu’en plusieurs endroits, lorsque les chiens trouvent quelque chose de mangeable, les pauvres se jettent dessus pour le leur arracher; que ceux qui achètent du blé sont obligés de s’armer, de peur d’être volés, et que ceux qui ont quelque chose à vivre sont contraints de se garder comme en temps de guerre.

Du pays du Maine et du Perche.

     «On écrit du Mans que les aumônes qui se font à la Couture et Saint-Vincent attirent si grand nombre de pauvres, qu’il y a en a plus de dix-huit mille qui vont mourant de faim. Les uns sont dans leurs maisons, sans secours, et y meurent; la plupart se glissent dans les cours et dans les écuries, dont on ne peut avoir le cœur de les faire sortir. On en trouve en chemin, à raison de leur grande faiblesse; d’autres dans les rues et aux halles, mais en si grand nombre qu’on ne peut fournir à les assister; et ceux de dehors ne laissent pas de continuer d’y venir, quoiqu’ils voient périr leurs semblables, leur étant encore plus impossible de subsister en leurs village. Plusieurs étant arrivés, ne durent que du soir au lendemain; et néanmoins, plus il en meurt, plus on ne voit; et bien qu’à voir ce prodigieux nombre il semblerait que la campagne en devrait être déserte, cependant toutes les paroisses circonvoisines en sont pleines, et de passants qui crient par les chemins: «Miséricorde, mon Dieu! Miséricorde! Faut-il que nous mourions de faim!» Ils se mettent à genoux, les larmes aux yeux, les mains jointes.

     «Le Perche est en pareille misère, car, dans la seule ville de Mortagne et dans la banlieue, on y compte plus de quinze mille pauvres, dont grand nombre meurt tous les jours, et le curé de Saint-Victor, entre autres, va ramasser leurs corps le long des haies.»


De la Touraine.

     «Un ecclésiastique destiné au secours des pauvres de cette province et d’autres personnes très-dignes de foi assurent qu’à Amboise les misères y sont à tel excès, qu’on y a vu plusieurs hommes et femmes se jeter sur un cheval écorché, en tirer chacun leur morceau, et n’y laisser rien de reste; qu’il s’y est trouvé une fille orpheline morte de faim après s’être mangé une main, et un enfant ses doigts; et que c’est quasi l’état général de quarante-six paroisses qui l’environnent.

     «Qu’à Loches et à Beaulieu, les pauvres y sont au nombre de seize cents, qu’il y meurent en si grande quantité  qu’on les met six à six dans une fosse, et qu’on n’a jamais vu désolation pareille.

     «Qu’à Ligueil, de quatre cents feux, on comptait déjà, dès le 17 avril, deux cents pauvres dans la dernière misère.

    
«Qu’à Boulay, de cinq cents communiants, il y en a quatre cents à la mendicité, malades pour la plupart, et qui jettent des cris si effroyables qu’il est impossible de voir cette désolation sans douleur extrême, et qu’on ne saurait représenter par de plus vives images l’état qui précédera le jugement dernier. Ce sont les paroles de gens de bien qui le voient, qui en gémissent et qui l’écrivent.

    
«Qu’à Marmoutiers, dès le mois d’avril, il s’y trouva sept à huit mille pauvres de Tours et de la campagne, dont quarante-cinq moururent étouffés à la distribution, ainsi qu’il paraît par le rapport des pères bénédictins, et que, dans les deux seules paroisses voisines, plus de deux cents y sont morts de faim.

     «Qu’à la paroisse de Saint-Christophe, de quinze cents personnes, il y en a près de la moitié mortes ou de misérables.

     «Qu’à Sepmes, à Lignières, à la Croix, à Dierré, à Saint-Épain, à Francueil, à Luzillé, à Buzançois et en tous les villages de ce pays-là, que l’on a visités en grand nombre, on copte les pauvres et les morts à centaines et à milliers; qu’il y a des lieux où, de quatre cents feux, il ne reste que trois personnes; que depuis peu, du 10 mai, un enfant, pressé de la faim, arracha et coupa avec les dents un doigt à son frère, qu’il avala, n’ayant pu lui arracher une limace qu’il avait avalée; qu’il s’en trouve de si faibles que les chiens les ont en partie mangés; qu’à Beaumont-la-Ronce, le mari et la femme étant couchés sur la paille et réduits à l’extrémité, la femme ne put empêcher des chiens de manger le visage de son mari, qui venait d’expirer à son côté, tant elle était débile.

    
«Enfin, quoi que disent les lettres et relations, elles ne sauraient exprimer l’excès d’une si grande désolation; que grande partie des curés se contentent de soupirer et de pleurer, sans écrire, et qu’il est difficile d’apprendre des misérables mêmes leurs misères dans l’état où ils sont; et que ce qui est encore plus à craindre est l’avenir, étant impossible que le peu de blé semé, quand il sera près de mûrir, puisse échapper des mains des pauvres, ou qu’il se trouve assez de gens pour le moissonner.

    
«Tout ce que dessus est très-véritable, étant écrit par témoins oculaires, gens de bien et de capacité, et très-dignes de foi, qui en ont donné des témoignages authentiques et dont on garde les originaux.»

     Voici, sur le même sujet, un document inédit qui nous est communiqué par un habitant de Chartres:

     «Le 5 janvier 1709, à cinq heures du soir, il tomba de l’eau; le lendemain, jour des Rois, au matin, il y avait un [p.172] pied de neige; enfin un froid si furieux et rude que l’on n’en a jamais senti un pareil, qui a continué jusqu’au vingt-cinquième jour de la Conversion de saint Paul; en sorte que la mer, le Tibre, le Danube, le Rhin, et toutes les rivières et fleuves à flux et reflux ont été glacés plus de 12 à 15 pieds de haut, et en les endroits les moins creux tout le poisson était gelé. Les hommes gelaient sur les chemins; en sorte que depuis Paris à Orléans, on dit que plus de trente hommes sont morts de froid. Des vaches, boucs, chèvres, moutons et agneaux d’un an, ont été trouvés morts et gelés en leurs étables; les volailles et pigeons morts, les pieds gelés; les perdrix et oiseaux trouvés morts que les corbeaux tuaient, et mangeaient jusqu’à des lièvres; les lapins morts dans les terriers par la quantité de neige que le vent a emportées et amoncelées par endroit; en sorte que tous les blés en étaient découverts et ont été entièrement gelés. Les pêchers, abricotiers et pruniers, pour la plupart, sont morts de gelée, comme les cerisiers, romarins, rosiers, houx, genièvres, absinthes, et généralement tous les aromates, oseilles, etc. Les vignes sont tellement gelées qu’on sera obligé de les couper au pied. Depuis le 25 janvier, la gelée a recommencé à deux ou trois reprises pendant le mois de février, et encore le 10 mars, qui a duré jusqu’au 15 dudit mois avec de la neige, tellement que l’hiver de 1606 et celui de 1684 n’étaient rien en comparaison de celui de 1709. On dit qu’un cavalier qui venait de Paris par le pont de Sèvres pour aller à Versailles, fut arrêté au bureau dudit pont et fut trouvé mort sur son cheval, enveloppé de son manteau rouge; et de quoi l’on n’a jamais entendu parler, plus de trente bêtes asines ont été trouvées mortes dans leurs étables: aussi, depuis le 1er février jusqu’au 14 avril, le blé a doublé de prix, tellement qu’il vaut aujourd’hui 23 livres le setier, et le pain 22 sous les neuf livres… Le blé augmente toujours, et aujourd’hui 15 juin, il passe 35 livres le setier, et le pain 35 sous (1), parce que les blés ont manqué universellement par toute la France, excepté en Normandie, au Perche et sur les côtes de Bretagne, où l’on espère avoir de quoi faire la semence, encore ne sera-ce que par endroit; en sorte que du blé de 1709, il n’en sera point du tout mangé (2)».
     (1) Le pain, en temps ordinaire, valait 7 ou 8 sous les neuf livres.

     (2) Extrait du Journal de Jean Bouvart, bourgeois de Chartres, manuscrit de famille conservé par un descendant de Bouvart.
   
HIVER DE 1709.
Le Magasin pittoresque 24 (1856), pp. 50-51.
 
 
    Un de nos lecteurs d’Alençon veut bien nous communiquer la note suivante, écrite, le 20 août 1710, sur le registre des baptêmes par un pauvre prêtre de campagne, le curé de Feings, à trois lieues de Mortagne:

     «…Le lundi 7e janvier commença une gelée qui fut, ce jour-là, la plus rude journée et la plus difficile à souffrir. Elle dura jusqu’au 3 ou 4 février. Pendant ce temps-là, il vint de la neige d’environ demi-pied de haut; cette neige était fort fine; elle se fondait difficilement. Quelques jours après qu’elle fut tombée, il fit un vent fort froid, entre bise et galerne (vent du nord-ouest), qui la ramassa dans les lieux bas; il découvrit les blés qui gelèrent presque tous. Les arbres gelèrent aussi. Il n’y eut point d’espèces d’arbres [p.51] dont il n’y eût beaucoup de gelés (3); les chênes mêmes, qui semblent être des plus durs, furent gelés en grand nombre, particulièrement ceux qui avaient été ébranchés depuis peu, qui moururent presque tous par canton. Beaucoup de pommiers parurent n’être pas morts; ils poussèrent des feuilles et des fleurs, et moururent ensuite; d’autres portèrent des pommes en 1709, et sont morts cette présente année 1710… Je reviens aux blés que j’ai dit avoir été gelés. Peu de personnes connurent qu’ils étaient morts au premier dégel, quoiqu’ils le fussent aussi bien que les arbres… Je m’en aperçus des premiers; je le dis à Mortagne; mais comme les blés commençaient à enchérir, on me fit entendre qu’il n’en fallait rien dire de peur de les faire enchérir trop vite. A la fin du mois de février, il se fit encore de grandes gelées à qui on attribue faussement partout la perte des blés. La terre était pour lors découverte, car la neige se fondit dès la seconde semaine de février… Cette même année 1709, on sema tant d’orge et on en ramassa tant, que de huit livres qu’on avait vendu le boisseau (4 décalitres), il est descendu à 50 sous et un écu le boisseau à ce jour, 1er mai 1710. Depuis cedit jour 1er mai, le blé, je veux dire tous les grains, n’ont guère enchéri jusque vers la fin de juin, et pendant le mois de juillet il se sont vendu un tiers ou une moitié plus cher, jusqu’à ce qu’on ait été vers la deuxième semaine du mois d’août, que le seigle est revenu à 25 sous le boisseau, mesure de Mortagne; et ainsi des autres grains à proportion. Les arbres fruitiers sont si infructueux cette année que je ne crois pas qu’on puisse faire de tous les fruits qu’on cueillera dans cette paroisse une pipe de cidre, qui vaut maintenant 100 francs la pipe.









     (3) On remarqua l’année suivante, en fendant le tronc des arbres gelés, qu’il s’en exhalait une odeur insupportable.
     «Les maladies commencèrent vers le mois d’août 170, et ont continué jusqu’à présent… Le pourpre, la petite vérole, la rougeole, la dysenterie, la fièvre continue avec transport au cerveau, se sont trouvés tous ensemble en même temps dans plusieurs maisons; et il y en a eu qui n’ont pas plutôt guéris de quelqu’une de ces maladies qu’ils ont été attaqués par d’autres dont ils sont morts ensuite.»

     Le relevé des registres de l’état civil de Feings, ajoute notre correspondant (4), présente cet effrayant résultat: Année 1709, 27 décès; — année 1710, 56 décès; — 83 décès pour des deux années. En 1708, il était mort à Feings 15 personnes; en 1711, il n’en mourut que 5: différence, 63 décès entre la mortalité de 1709 et 1710, et celle des deux années qui précédèrent et suivirent: la mortalité fut la même dans tout le pays.

     (4) M. Léon de la Sicotière.
     On a moins de détail sur ce qui se passa à Alençon; on lit toutefois dans un vieux manuscrit qu’au retour du beau temps la ville tira des grains du Mont-Saint-Michel et de Granville; mais on ne pouvait les amener que sous bonne escorte pour les soustraire au pillage; partout les populations menaçaient de se révolter; le blé valut à Alençon jusqu’à 7 livres le boisseau du pays (2 décalitres), c’est-à-dire deux ou même trois fois plus cher que dans les années extraordinaires. Le cidre se vendait jusqu’à 14 sous le pot dans les auberges (5). D’après les intentions formelles du roi, on n’employa vis-à-vis du peuple que des mesures de prudence et de douceur; mais tous les citoyens, sans distinction de rang, de naissance, ni de profession, sans exception même en faveur des communautés, furent tenus de déclarer leurs approvisionnements de grains, farines et légumes, sous peine de galères et même de mort. (Arrêt du conseil du mois d’avril 1709.)

     (5) On sema avec succès de l’orge parmi les blés.
     A Séez, l’épidémie sévit plus rigoureusement encore qu’à Alençon. Le charbon et le scorbut se joignirent aux maladies courantes, et pendant plusieurs mois on enterra douze à douze ou quinze à quinze personnes par jour. Le chapitre perdit douze de ses membres; l’évêque lui-même, Louis d’Aquin, succomba à l’âge de quarante-cinq ans. On fuyait cette malheureuse ville comme un séjour empesté.

     Soixante-dix ans après, Roucher, dans son poëme des Mois, décrivait les horreurs de l’hiver de 1709 dans des vers qui furent longtemps célèbres, et qui prouvent combien durable en avait été le souvenir.
Vieillards dont l’œil a vu ce siècle à son aurore,
Nestors français, sans doute il vous souvient encore

De ce neuvième hiver, de cet hiver affreux,
Qui fit à votre enfance un sort plus désastreux.
Janus avait rouvert les portes de l’année;
Et tandis que la France, aux autels prosternée,
Solennisait le jour où l’on vit autrefois
Le berceau de son Dieu révéré par des rois,
Tout à coup l’aquilon frappe de sa gelée
L’eau qui, des cieux naguère à grands flots écoulée,
Écumait et nageait sur la face des champs:
C’est une mer de glace; et ses angles tranchants,
Atteignant les forêts jusques à leurs racines,
Rivaux des feux du ciel, les couvrent de ruines;
Le chêne des ravins, tant de fois triomphant,
Le chêne vigoureux crie, éclate et se fend.
Ce roi de la forêt meurt. Avec lui, sans nombre,
Expirent les sujets que protégeait son ombre.
…………………..
Brillante Occitanie, hélas! Encor tes rives
Pleurent l’honneur perdu de tes rameaux d’olives!
L’hiver s’irrite encor; sa farouche âpreté
Et du marbre et du roc brise la dureté:
Ouverts à longs éclats, ils quittent les montagnes,
Et, fracassés, rompus, roulent dans les campagnes.
L’oiseau meurt dans les airs, le cerf dans les forêts,
L’innocente perdrix au milieu des guérets;
Et la chèvre et l’agneau, qu’un même toit rassemble,
Bêlant plaintivement, y périssent ensemble;
Le taureau, le coursier, expirent sans secours:
Les fleuves, dont la glace a suspendu le cours,
La Dordogne et la Loire, et la Seine et le Rhône,
Et le Rhin si rapide et la vaste Garonne,
Redemandent en vain les enfants de leurs eaux.
L’homme faible et percé jusqu’au fond de ses eaux,
Près d’un foyer ardent croit tromper la froidure;
Hélas, rien n’adoucit les tourments qu’il endure.
L’impitoyable hiver le suit sous les lambris,
L’attaque à ses foyers, d’arbres entiers nourris;
Le surprend dans sa couche, à ses côtés se place,
L’assiège de frissons, le roidit et le glace..
Le règne du travail alors fut suspendu,
Alors dans les cités ne fut plus entendu,
Ni le bruit du marteau, ni le cri de la scie;
Les chars ne roulent plus sur la terre durcie:
Partout un long silence, image de la mort.
Thémis laisse tomber son glaive, et le remord
Venge seul la vertu de l’audace du crime.
Tout le courroux des Dieux vainement nous opprime,
Leurs temples sont déserts; ou si quelques mortels
Demandent que le vin coule encor aux autels,
Le vin, sous l’œil des dieux que le prêtre réclame,
S’épaissit et se glace à côté de la flamme…

     Le thermomètre descendit à un degré correspondant à 23 au-dessous de celui auquel Réaumur donna plus tard son nom, c’est-à-dire beaucoup plus bas qu’en Sibérie dans les hivers ordinaires, où le froid n’est que de 15 à 16 degrés Réaumur.

 
PRÉJUGÉS POPULAIRES. LES FAMINES.
Le Magasin pittoresque 43 (1875), pp. 108-111.
 
   
     L’ignorance a la vue courte et le jugement prompt: ainsi lui arrive-t-il souvent de déraisonner. Une de ses erreurs ordinaires, par exemple, est, lorsque deux faits se suivent et se touchent pour ainsi dire, de conclure que le second est la conséquence du premier (6). Ainsi, une comête paraît, presque aussitôt une guerre survient: donc la comête a annoncé la guerre. Combien de gens croient encore que c’est l’étoile caniculaire (Sirius) qui est la cause des grandes chaleurs, bien que son lever ne coïncide même plus avec elle! Une année la terre s’est couverte de riches moissons: Vive le gouvernement! L’année suivante la récolte a manqué: A bas le gouvernement! On a vu un étranger se pencher sur une citerne; le soir ou le lendemain une épidémie se déclare: nul doute, l’étranger a empoisonné l’eau; si l’on peut se saisir de lui, on l’assomme.




     (6) C’est le sophisme appelé en philosophie Post hoc, ergo propter hoc; — Après cela, donc à cause de cela; — Cela est arrivé à la suite de telle chose, donc cette chose en est la cause.
     Il en est de même du boulanger.
     Le pain est cher; c’est le boulanger qui le vend; donc le boulanger est un coquin qui veut s’enrichir en affamant le peuple: pendons le boulanger!
     Au moment où on lui met la corde au cou, le boulanger s’écrie: — Mais, bonnes gens, si je vends le pain cher, c’est que le meunier me fait payer cher la farine.
     — Au fait, c’est possible; nous n’y avions pas songé. Allons pendre le meunier!
     — Le meunier! Mais, si c’est lui qui est en effet le marchand, il ne vend cher la farine que parce qu’on lui a vendu cher le blé.
     — Alors, mort au marchand de grains!
     — Mais moi-même, dit le marchand au désespoir, j’ai acheté cher au fermier le froment, l’orge et le seigle. Voici les quittances.
     — Sus! Sus au fermier!
     Le fermier se récrie à son tour:
…..— La terre a été stérile, ou l’intempérie a détruit les récoltes. Il a fallu payer le loyer de la ferme, les impôts, les engrais, les serviteurs, nourrir les bestiaux, pourvoir au déficit de l’année dernière. On a vendu jusqu’au grain nécessaire pour l’ensemencement prochain. Il en faudra racheter d’autres à prix d’or (7). Devions-nous refuser d’accepter le juste prix qui nous était offert? Le laboureur sera-t-il condamné à labourer par charité? e s’il n’y a pas de blé, sera-t-il responsable?

     Mais voilà des raisonnements trop compliqués pour la foule ameutée: la passion ne les comprendra pas (8). Eh quoi! boulangers, meuniers, marchands de grains, fermiers, seraient tous innocents si on voulait les croire! A [p.109] qui donc pourrait-on s’en prendre? Il faut cependant que quelqu’un soit coupable!


     Les causes réelles échappent à tous ces malheureux qui souffrent et n’ont aucune notion claire de la vérité des faits.
     (7) Voy., sur la siituation du fermier aux temps de disette, le chapitre VI du livre de M. Victor Modeste intitulé: De la cherté des grains et des préjugés populaires, etc. — Chez Guillaumin.

     (8) «Les blés ont manqué dans toute la France, excepté en Normandie, au Perche et sur les côtes de Bretagne, où l’on espère avoir de quoi faire la semence, encore ne sera-ce que par endroit. En sorte que du blé de 1709 il n’en sera point du tout mangé.» (Journal de Jean Bouvart.) — Voy. notre t. XXII, 1854, la Misère de 1709.


     On peut bien supposer que pendant les disettes de 1684, 1693-1694, et surtout pendant l’horrible famine de 1709, où tant de milliers de Français expirèrent au milieu des souffrances les plus affreuses, en ces temps sinistres que nous avons déjà décrits (9), plus d’une mère, pressant sur son sein amaigri son enfant près d’expirer, murmurait tout bas: — le roi ne sait donc pas que nous mourons de faim!
     (9) Tome X, 1842, p. 166; t. XXIV, 1856, p. 50.


     En 1709, le roi savait. Son conseil, le Parlement, le lieutenant de police (d’Argenson), toutes les juridictions mettaient la main à l’œuvre pour modérer le fléau. Une chambre de justice avait été instituée pour juger les contraventions aux lois et aux règlements sur les subsistances: on punissait ceux qui achetaient du blé pour le revendre, c’est-à-dire qu’on croyait bien faire en empêchant le commerce des grains.
     «Les magistrats, écrivait d’Argenson à Desmarets, veulent tout mettre en règle, et les marchands veulent tout laisser en liberté.» (
10)
     On avait établi dans les provinces une taxe extraordinaire [p.110] pour la subsistance des pauvres. On avait ouvert des ateliers publics, ce qu’on a appelé de notre temps des ateliers nationaux, et, afin de faire travailler les ouvriers moyennant un peu de pain médiocre pour salaire, on leur donna à abattre une butte assez élevé qui séparait les portes Saint-Denis et Saint-Martin. Cela n’empêcha pas des émeutes fréquentes: celle du 20 août s’étendit du faubourg Saint-Martin au faubourg Saint-Antoine.



     (10) Nous savons aujourd’hui, mais après combien d’épreuves, qui, des magistrats ou des marchands, avait raison», a dit M. Pierre Clément, de l’Institut, dans son bel ouvrage de la Police sous Louis XIV.
     «Il ne nous reste qu’une ressource, dit d’Argenson, c’est d’obliger tous les boulangers à mettre au moins un moitié d’orge dans tous les pains. — J’ai fait arrêter huit ou dix paysans qui avaient acheté de l’orge dans les fermes, et le Parlement en murmurait déjà.» (11)
     «Partout les mesures les plus arbitraires accrurent, suivant l’usage, la violence du mal, et les distributions de blé, de pain et d’argent n’y remédièrent que faiblement.» (12)


     (11) «Convenons que le Parlement n’avait pas tort d’en murmurer.» (Pierre Clément)

     (12) Idem.
     Les estampes de ce temps-là nous apprennent que l’on avait distribué à Paris, non-seulement du pain (13), mais des soupes. Celle que nous reproduisons aujourd’hui est l’une des plus intéressantes. On lit au-dessous ce mauvais quatrain, dont nous respectons l’orthographe:
     (13) Voy., t. X, 1842, p. 168, l’estampe représentant une distribution de pain au Louvre.

LE SECOURS DU POTAGE.
L’indigent secouru d’un zele charitable,
D’une soupe apprestée on luy remply son pot.
En arriuant chez luy il peû se metre à table,
Toute chauche (sic) quelle est la manger sans dire mot.
(A Paris, chez Leroux, à la place aux Veaux, au bout du pont Marie, a ljamge Ste Geneuieue, avec Pril. du Roy.)

     Quand enfin les misères vinrent à être plus supportables, quand le prix du pain commença à baisser, on vit paraître d’autres estampes, où le peuple en allégresse affirmait encore ses préjugés, sa haine surtout contre les boulangers, mais en même temps chantait les louanges du grand roi, qui, par un acte de sa volonté (quoique un peu tardif), avait fait renaître l’espérance et la joie. Nous avons sous les yeux une de ses estampes, assez rares: elle représente les gens du peuple mangeant, buvant, chantant et dansant au son du violon; au-dessous on lit une Chanson nouvelle sur le rabais du pain, sur l’air: Je n’iray plus, etc. Les couplets n’ont pas grand mérite, mais ils nous semblent avoir une valeur historique: ils témoignent bien de l’état des esprits.

Dans tous les endrois de la France,
L’on va voir à cette fois
Chacun sortir de souffrance
Par les soins de nostre grand roi.
Nous mangerons du pain blan,
Grâce à Dieu et Mr. Du Pille (14).
Nous mangerons du pain blan
A six liards, deux sols, six blans

Hommes, femmes, garçons, filles,
Réjouissons-nous maintenant:
Chacun dedans sa famille
Aura du soulagement.
Nous mangerons du pain blan, etc.

Malgré vos ruses et malices,
Tous vauriens boulangers,
Qui faisiez par artifice
Toujours rencherir le bleds.
Nous mangerons du pain blan, etc.

Vous couriez de vile en ville
Et de marché en marché,
Chez Guillaume, Iaques, Gille,
Leur faire cacher les bleds.
Nous mangerons du pain blan, etc.

Vous vouliez faire une somme,
Et boursoyant tour à tour
Tous les boulangers, méchans hommes,
Croyant empescher les fours.
Nous mangerons du pain blan, etc.

Quel désespoir! quelle misère!
Se disent les boulangers;
Les fours du Louvre, faut croire,
Vont fournir tous les quaré.
Il nous faudra à present
Demeurer les bras balans.

S’il y alloit dans nos boutiques
Des pauvres acheter du pain,
Vous les chassiez au plus viste,
Comme des vrais inhumains;
Mais nous mangerons du pain blan, etc.

Faut prier Dieu qu’il preserve
Le Roy et nostre Dauphin,
Et en tous lieux il conserve
Le grand Duc d’Orléans.
Nous mangerons du pain blan,
Grâce à Dieu et Mr. du Pille.
Nous mangerons du pain blanc,
A six liards, deux sols, sic blans.





     (14) Nous n’avons pas encoe découvert ce qu’était ce M. du Pille. Quelqu’un de nos lecteurs nous l’apprendra peut-être, et alors nous le ferons savoir à tous les autres.
     Aujourd’hui, sur plus d’un point de notre pays, l’ignorance pourrait encore tenir le même langage; heureusement les progrès qui se sont accomplis depuis le dernier siècle dans la législation, l’administration, la science économique, et surtout dans l’agriculture, ne lui en donneront plus l’occasion. L’instruction, en se répandant de plus en plus, dissipera en même temps les préjugés et les brutalités qui sont la honte d’un peuple.

      Nous ne voulons toutefois parler en ce moment que des progrès qui se rapporte au sujet de cet article, c’est-à-dire à la production du blé et à la vente du pain. C’est une satisfaction de pouvoir démontrer ces progrès plutôt par les faits eux-mêmes que par des raisonnements.

     Remarquons d’abord que la production de blé en France est, d’une manière absolue, très-supérieure en quantité à ce qu’elle était avant ce siècle. Les agriculteurs, mieux éclairés, ne laissent plus de repos inutiles à la terre et lui font rendre davantage dans les années du culture. Avant 1789, il y avait plus de 11 millions d’hectares en jachères; aujourd’hui il y en a à peine 6 millions, et l’alternance des cultures tend de plus en plus à ne laisser aucune terre en non-valeur. (15)

     (15) Victor Modeste.
     L’agriculture a aussi perfectionné ses procédés et acquis plus de ressources. On s’entend mieux aux engrais, au drainage; les instruments de travail, la charrue, la herse, se sont améliorés. On épargne sur la semence qu’on prodiguait sans profit.
     En moyenne, le même hectare qui rendait 7 hectolitres sous Louis XIV, et 8 en 1789, en rend aujourd’hui 16.

     Mais la production ne s’est pas seulement accrue en quantité, elle s’est améliorée dans sa nature et, de plus, partagée en un plus grand nombre de produits. Le froment a pris la plus grande partie de la place qu’occupaient autrefois le sarrasin et les céréales inférieures: il a gagné 49 pour cent.
     L’introduction de nouvelles cultures conjure aussi les dangers de disette, les intempéries ne frappant pas toutes [p.111] les natures de récoltes à la fois: si le froment et seigle viennent à manquer, les populations peuvent trouver des ressources dans 86 millions d’hectolitres de pommes de terre, produit que nos pères ignoraient, et aussi dans 6 millions de légumes secs et dans l’horticulture.
     Il faut aussi signaler les progrès de la meunerie, mieux outillée, plus active, plus intelligente. Avec la quantité de grains qui ne rendait, il y a cent ans, que 100 en farine blanche, la meunerie obtient aujourd’hui 150 au moins, et jusqu’à 180 et même 190.

     Est-ce tout?  La rareté des disettes dans notre siècle n’avait-elle point d’autres causes? Non sans doute.
     Autrefois, dès que la famine sévissait dans une ville, dans une province, l’administration songeait naturellement, comme aujourd’hui, à faire venir à tout prix des grains des pays où les récoltes avaient été bonnes ou qui avaient des réserves considérables. Mais, pour acheter, il faut avoir de l’argent ou du crédit; or le gouvernement était le plus souvent très-pauvre: qui sait un peu l’histoire ne saurait songer un moment à le nier. Il y avait apparence de grande richesse à la cour, mais pénurie dans la caisse de l’État et misère dans le reste de la nation (16).

     (16) Voy. les Tables, et notamment les articles sur Vauban.
     Est-il besoin enfin de rappeler que les marchandises surchargées de droits, étaient arrêtées, non-seulement aux frontières du pays, mais à celles des provinces? Et, comme on l’a vu plus haut, on n’était pas libre d’acheter. L’idée de la liberté du commerce ne faisait encore que poindre. Aujourd’hui, dès qu’on prévoit une disette, il y a émulation de toutes parts pour faire arriver des provisions de blé nécessaires. Sans doute, on est et l’on sera peut-être toujours exposés à payer le pain plus cher à certaines époques qu’à d’autres; mais on peut dire sans témérité que désormais, en temps de paix, les famines sont impossibles.

   
Le secours du potage  
Le secours du potage, à Paris, pendant la famine de 1709.
Dessin de Sellier, d’après une estampe du dix-huitième siècle.
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Source: la réédition numérique en mode image par la BNF du Magasin pittoresque. Saisie en mode texte: Bernard Gineste, 2003.
BIBLIOGRAPHIE PROVISOIRE
 
 Sur l’hiver 1709

     ANONYME [un comité de charité, selon CHARTON 1856], Nouvel advis important sur les miseres du temps [pièce in-4°], Sans nom de lieu ni d’éditeur, 1662 [conservé à la BNF].

     Édouard CHARTON [dir. (1807-1890)], «La misère de 1709», in Le Magasin pittoresque 22 (
1854) [dont une édition numérique en mode image par la BNF, gallica.bnf.fr, N031437, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031437.htm, en ligne en 2003; dont une réédition en mode texte par le Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/che-18-1709hiver-charton.html
#1854, 2003], pp. 170-172.

     
Édouard CHARTON, «L’hiver de 1709», in Le Magasin pittoresque 24 (1856) [dont une édition numérique en mode image par la BNF, gallica.bnf.fr, N031439, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031439.htm, en ligne en 2003; dont une réédition en mode texte par le Corpus Étampoishttp://www.corpusetampois.com/che-18-1709hiver-charton.html#1856, 2003], pp. 50-51.

     
Édouard CHARTON, «La famine de 1709», in Le Magasin pittoresque 43 (1875) [dont une édition numérique en mode image par la BNF, gallica.bnf.fr, N031461, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031461.htm, en ligne en 2003; dont une réédition en mode texte par le Corpus Étampoishttp://www.corpusetampois.com/che-18-1709hiver-charton.html#1875.html, 2003], pp. 108-111.
 
     Léon MARQUIS, Les Rues d’Étampes et ses monuments,
1881, p. 129 [note sans références précise, mais surtout brouillonne et franchement inexacte]:
     «En 1709, l’année du grand hiver, la misère fut grande à Étampes, car un prêtre, passant par Étampes et Angerville, rencontra plus de quatre cents pauvres et trente hommes morts de froid sur la grande route (Magasin pittoresque).»
     [A comparer avec le texte réel  du Magasin pittoresque 22 (1864), p. 170: «un vertueux ecclésiastique (…) a trouvé, en passant par Étampes et par Angerville, quatre cents pauvres.»; ibid. p 172: par ailleurs , selon un bourgeois de Chartres: «Les hommes gelaient sur les chemins; en sorte que depuis Paris à Orléans, on dit que plus de trente hommes sont morts de froid»]
    Pierre RAOUL, «Les grandes misères de l’hiver 1709», in Autour d’Ecuras. Journal d’Histoire locale, monuments, folklore [par Mme Fils Dumas-Delage. ISSN : 1153-0014] 4 (décembre 1990) [dont une édition numérique en ligne, http://perso.wanadoo.fr/lamotte/ecuras/no4gra.htm en ligne en 2005].
 
     Therry SABOT, «Les "grands hyvers" 1693/1694 et 1709/1710» [notice en lien avec plusieurs pages compilant de précieuses notations relevées par des généalogistes sur des registres paroissiaux], in Histoire-Généalogie.Com, http://www.histoire-genealogie.com/themes_detude/histoire_generale/moderne/hiver.htm, en ligne en 2003.

     Therry SABOT, «» [notice en lien avec plusieurs pages compilant de précieuses notations relevées par des généalogistes sur des registres paroissiaux], in Fil d’Ariane. Site de l’Association de Recherches historiques en Val de Seine, Val d’Ecole, Pays de Bière, Gâtinais Français, http://www.histoire-genealogie.com/themes_detude/histoire_generale/moderne/hiver.htm, en ligne en 2003.

 
Sur l’hiver de 1740

     ANONYME [dir. (1807-1890)], «L’hiver de 1740. Correspondance d’un observateur météorologiste au dernier siècle» [la situation à Rouen], in Le Magasin pittoresque 46 (
1878) [dont une édition numérique en mode image par la BNF, gallica.bnf.fr, N031461, http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n031461.htm, en ligne en 2003], p. 356.

Sur le Charton et le Magasin pittoresque

     Marie-Laure VINCENT-AURENCHE, Édouard Charton et l’invention du Magasin Pittoresque 1833-1870. Thèse d’État. Lettres et Arts. Lyon 2 [22 cm; 2 vol.; 515 folios non paginés; broché; bibliographie pp. 494-507], Lyon, par l’auteur, 1999.

     Marie-Laure AURENCHE, Édouard Charton et l’invention du Magasin Pittoresque. 1833-1870 [23 cm; VIII+534 p.; relié; illustrations; index; bibliographie pp. 493-510], Paris, Honoré Champion [«Romantisme et modernités»],
2002.



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